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lundi 28 septembre 2026

L'illusion du contrôle

Donald Trump et Vladimir Poutine sont déchaînés. Je ne veux pas dire par là qu'ils sont fous furieux et incapables de contrôle sur eux-même (même s'ils peuvent l'être parfois), mais qu'ils ne sont gênés par aucune des chaînes (la Morale, la Loi, la Tradition, l'empathie, etc) qui nous retiennent ordinairement. Ce sont deux sociopathes à la tête de leur Etat respectif et qui considèrent qu'aucune règle ne s'applique à eux (règles que de toute manière personne n'essaie de faire respecter lors qu'ils les enfreignent). Ce ne sont pas les seuls chefs d'états dans ce cas (la plupart des dictateurs ont ces mêmes caractéristiques), mais il est rare que cette absence de limite s'applique aussi aux relations internationales. Cette rareté explique peut-être pourquoi "on" (les diplomates, les autres chefs d'états, etc) essaient de normaliser leurs relations avec eux et essaient de les contrôler, en vain.

 


Personne ne contrôle Trump

En théorie, le pouvoir du président des Etats-Unis est fortement limité: par la Constitution, par la Loi, par la Justice, par l'opposition politique, et parfois aussi par les médias quand ils font bien leur travail. En pratique, la Cour Suprême réinterprète la Constitution pour plaire à Trump, la Loi n'est pas respectée par Trump (et la Justice ne le poursuit pas), l'opposition est amorphe et les média sont à la botte de Trump. Bref, Trump est la preuve même que le système américain de "check and balances" censé préserver la démocratie américaine a complètement échoué.

Or les autres dirigeants occidentaux continuent à traiter Trump presque normalement. Alors certes, cela s'explique en partie par les règles de la diplomatie. Mais il est frappant de voir le manque de réaction quand Trump menace d'envahir le Canada, le Groenland, l'Islande etc. Quand Trump impose illégalement des droits de douanes, les autres pays démocratiques ne répliquent pas (alors que les règles de l'OMC les autorisent à le faire). Trump s'essuie les pieds sur les Européens, les insulte quotidiennement et les Européens, en retour, font preuve d'une humiliante servilité. Pourquoi ?

La principale raison est que ces dirigeants estiment qu'ils peuvent "gérer" Trump en adoptant ce genre de comportement servile; le fait que Trump brandit immédiatement les pires menaces dès que quelqu'un ose lui résister n'aide pas non plus ces dirigeants à trouver le courage de s'opposer directement à Trump. Ils préfèrent souvent des actions plus discrètes (et plus efficaces). Pourtant, cette servilité ne fait qu'encourager Trump dans ses délires, et que c'est au contraire quand on lui résiste qu'il ne va pas plus loin. Car Trump est fondamentalement un imposteur et un lâche, un "bully" qui intimide et bluffe mais n'a pas l'intelligence, le courage et la ténacité nécessaire pour remporter un combat d'égal à égal. C'est d'ailleurs pourquoi la Chine tient tête à Trump si facilement.

En plus de la servilité, l'autre moyen employé par les dirigeants des autres états est de jouer sur la vénalité de Donald Trump et de le corrompre plus ou moins directement. Les pays du Golfe l'ont fait ouvertement et massivement. Et pourtant, ça n'a pas empêché Trump de les mépriser et de les mettre dans une situation horrible, sans même les prévenir, avec sa guerre contre l'Iran. En fait, les média se trompent (et nous trompent) en présentant Trump comme un "homme d'affaire" ou comme quelqu'un de "transactionnel". C'est l'image que Trump veut se donner, mais la vérité est bien plus cruelle que ça. Trump n'est pas un homme d'affaire: c'est un escroc, un arnaqueur, un "con man"; il a une mentalité de parrain mafieux ou de seigneur féodal. Il estime qu'il a tous les droits, et que les autres doivent lui verser de l'argent pas tant en échange d'un service que "parce qu'il est Trump". Un "deal" à la sauce Trump, c'est idéalement "tout pour moi, rien pour vous". Et si certaines contreparties sont prévues dans l'accord, de toute manière Trump ne les respectera pas. C'est littéralement ce qu'il a fait toute sa vie: trahir ceux qui signent des contrats avec lui. Ne pas les payer. Exiger toujours plus.

En fait, les deux seuls dirigeants que Trump n'a jamais trahi sont Netanyahou et Poutine. On se demande bien pourquoi. Mais même ces deux criminels de guerre corrompus n'arrivent pas à obtenir ce qu'ils veulent de Trump (en partie parce qu'ils demandent plus que ce que Trump peut faire).



Trump ne contrôle personne

D'un autre côté, Trump, malgré toutes ses menaces, ses proclamations mensongères de succès, etc, n'arrive que très rarement à avoir gain de cause à l'international. Durant son premier mandat, il n'a jamais réussi à obtenir du Mexique qu'ils construisent le mur à la frontière (pourtant une promesse de campagne majeure). Son "board of peace" censé remplacer l'ONU, bat de l'aile, personne ne veut l'aider dans sa guerre contre l'Iran. Le récent accord avec le Danemark sur le Groenland ne fait que reprendre les termes de l'accord de 1951. La liste de ses échecs est longue, celle de ses succès très courte: le Vénézuela (encore que de parler de "succès" pour ce qui est un énorme crime est exagéré) et c'est à peu près tout. Le Brésil, la Chine, le Canada, le Mexique lui résistent. L'Iran a vaincu la "première armée du monde" qui est incapable de faire face à des vagues de Shaheds bon marchés. Et les mid-terms s'annoncent désastreuses pour les Républicains, conséquence entre autres d'une politique économique inflationniste. Le contrôle qu’exerce Trump menace à tout moment de s'effondrer.



Personne ne contrôle Poutine

De même, Poutine est le maître incontesté de la Russie. La Russie n'est pas une oligarchie, car ceux qu'on nomme "oligarques" n'ont en fait aucun pouvoir; à tout moment, Poutine peut les faire emprisonner ou assassiner et récupérer leur fortune. La rébellion de Prigojine ayant échoué, tous baissent la tête et acceptent que le vieillard mène une guerre en Ukraine qui ne les arrange pourtant pas du tout. C'est pourquoi il est vain d'attendre le moment où "les Russes vont se révolter". 

Mais, comme pour Trump, ce manque d'opposition interne n'explique pas pourquoi les dirigeants étrangers ménagent autant Poutine et se laissent marcher sur les pieds. Certes, comparé à Trump, les dirigeants occidentaux osent s'exprimer verbalement contre Poutine. Mais quand il s'agit de prendre des actions concrètes, il n'y a presque plus personne. Quand les drones et missiles russes s'écrasent sur le territoire d'un pays de l'OTAN, on se contente de vagues protestations. Quand la télé russe menace de nous atomiser, il n'y a aucune réaction. Certes, il ne faut pas nourrir le troll. Et si nous ne faisons rien face aux vagues de drones et missiles russes, c'est en partie parce que nous n'avons pas (encore) les moyens militaires de contrer des vagues aussi massives.

Mais il n'empêche que, ce qui terrifie les Occidentaux, c'est "l'escalade". Ce n'est pas nouveau et j'en parlais déjà il y a trois ans. Les dirigeants occidentaux pense qu'en refusant l'escalade, ils peuvent contrôler en partie Poutine, du moins contrôler l'intensité du conflit. Ils se trompent. 

  1. Tout d'abord, c'est une erreur de croire que si on n'escalade pas, Poutine n'escaladera pas non plus. Cette erreur vient de cette fausse croyance comme quoi la Russie n'a pas d'agentivité, qu'elle ne fait que réagir aux actions des Occidentaux. C'est ignorer que la Russie a ses propres plans et peut très bien décider d'escalader de sa propre initiative.
  2. Ensuite, ce manque de réaction ne fait qu'encourager Poutine (comme Trump) qui ne s'arrêtera que là où on l'arrêtera par la force
  3. Enfin, la Russie et l'Ukraine sont en train d'acquérir une maîtrise sans égale de l'art d'utiliser les drones, au points qu'ils sont maintenant plus efficaces que les armées occidentales. Le seul moyen d'éviter d'être surclassés est justement de participer (à une petite échelle) à la guerre en Ukraine pour nous forcer à nous adapter.


Poutine ne contrôle personne

Loin d'être un maître stratège, Poutine apparaît surtout comme quelqu'un qui a foiré la plupart de ses plans. Il en est à plus de 4 ans de son "opération militaire spéciale", qui se déroule bien entendu selon le plan prévu. Ses raffineries sont en feu, y compris celle de Moscou, les Ukrainiens se sont permis le luxe de taper ses bombardiers stratégiques et ses terminaux pétroliers, il a perdu ses alliés au Venezuela et en Syrie, il a épuisé une bonne partie des stocks militaires nord-coréens en plus d'avoir complètement vidé  les siens. La flotte de la Mer Noire n'est plus que l'ombre d'elle-même et le "défilé de la victoire" s'est fait cette année sans un seul équipement militaire. 

Même si sa propagande présente l'armée russe comme dominante, sur le terrain, les Ukrainiens se portent bien mieux qu'en 2024 et 2025, et les gains nets russes sont quasi nuls en 2026 alors que les pertes s'accumulent. Récemment, l'opération Vivaldi a infligé une défaite tactique aux Russes, qui reculent maintenant face aux assauts ukrainiens. D'ailleurs, il se pourrait bien que les attaques ukrainiennes soient presque plus nombreuses que les attaques russes, et que l'initiative stratégique soit maintenant partagée. Poutine ne contrôle plus le tempo de cette guerre.



Conclusion

Tous les dirigeants politiques sont intimement persuadés d'être les maîtres du jeu, alors même que leurs plans s'effondrent, leurs prédictions sont démenties et leurs succès tournent au désastre. Je pense que c'est justement cette illusion du contrôle qui plonge le monde dans le chaos.



jeudi 23 avril 2026

Guerre(s) et paix à l'ère de la post-vérité

Si Tolstoï (miraculeusement ressuscité) devait écrire sur les guerres actuelles de la Russie, le titre de cet hypothétique roman serait probablement plus compliqué que celui qu'il a effectivement écrit sur la période Napoléonienne. Car désormais, l'ère de la post-vérité fait que ce qu'on appelle "paix" n'est plus la paix, la guerre ne s'appelle plus "guerre" mais "opération militaire spéciale", plus personne ne négocie quoi que ce soit durant les "négociations", dont on dit qu'elles "avancent" quand bien même on fait du sur-place pendant des mois, les combats continuent même pendant les "trêves" et les "cessez-le-feu" et le détroit d'Ormuz (à la fois ouvert et fermé) rivalise avec le chat de Schrödinger en tant que métaphore de la superposition des états quantiques.

Bref, les mots qui étaient auparavant utilisées pour décrire les conflits (et leurs fins) n'ont plus de sens. Comment s'y retrouver, alors que les média prennent pour argent comptant toutes ces déclarations absurdes et/ou mensongères sans jamais ou presque oser questionner leur véracité ?



Conversation avec un iranien

Ce billet (qui n'est pas une analyse, juste une réflexion personnelle) part d'une conversation que j'ai eu il y a un mois avec un iranien (exilé au Canada) au sujet des frappes israelo-américaines sur l'Iran, et de ce qui allait se passer par la suite. Quand je lui expliquais ma vision (guère optimiste) et l'impasse dans laquelle se trouvait (et se trouve toujours) Trump, autrement dit que les frappes aériennes n'allaient pas faire tomber le régime et que sans envoyer des troupes prendre Téhéran, ce qu'il ne fera pas, Trump ne pouvait pas décider de qui aurait le pouvoir, il a commencé à sortir, de plus en plus souvent, la carte "mais Trump a dit que":

  • mais Trump a dit que le peuple iranien allait se soulever
  • mais Trump a dit qu'il enverrait des armes
  • mais Trump a dit que tous les gardiens de la Révolution sont morts
  • mais Trump a dit qu'il allait prendre l'île de Kharg
  • etc
Cet échange était intéressant car il m'a permis de voir la fascination que peut exercer les mensonges de Trump, même sur quelqu'un qui n'est pas "MAGA" (loin de là) mais qui a envie de croire. Cet iranien, plutôt intelligent même si politiquement très naïf, sait bien que si les Mollah restent au pouvoir, la répression sur la population va devenir encore plus terrible, que les problèmes économiques iront en s'aggravant, et donc il est prêt à croire à n'importe quel message de Trump l'assurant que les USA vont faire tomber le régime iranien. Et j'avais beau lui dire que Trump n'en a rien à faire du peuple iranien, qu'il ne parle plus d'imposer un changement de régime et cherche plutôt à se dégager tout en refilant la patate chaude à ses "alliés", rien ne le faisait changer d'avis: Trump allait renverser le régime iranien à l'aide des Kurdes, il l'a dit. Et peu importent les contradictions d'un jour sur l'autre, il ne retient de Trump que ce qui lui plait, dans un mélange de biais de confirmation et de pensée magique. C'est ainsi que  naît la post-vérité, quand le réel compte moins que la parole que l'on veut croire. 


Corruption et mensonges

On a tous tendance à croire un discours qui nous annonce quelque chose que l'on désire. Trump (mais ce n'est pas le seul) est passé maître dans l'art d'exploiter cette faiblesse de l'esprit humain, non seulement en mentant à tour de bras, mais en exigeant que les autres se plient à son narratif mensonger. Alors, tout comme dans le roman d'Orwell, les mots finissent par perdre leur sens au point de désigner leur contraire. La guerre, c'est la paix. La liberté, c'est l'esclavage. L'ignorance, c'est la force.

Cette référence à 1984 permet aussi de rappeler que le problème n'est pas nouveau. Le totalitarisme a justement pour but de réécrire la réalité, en contrôlant tous les aspects d'une société, y compris (et surtout) l'information. Et, de ce point de vue, Trump n'est qu'un fasciste ordinaire. Ce qui le distingue de ses prédécesseurs, c'est l'époque dans laquelle on vit, une époque où triomphent la corruption et le mensonge.

La corruption n'a jamais autant été visible que depuis que Trump est revenu au pouvoir, et la guerre contre l'Iran l'illustre à merveille. Tout est à vendre: les pardons, les informations qui permettent les délits d'initiés, et tout est prétexte pour verser au parrain Trump ou à sa famille des sommes d'argent considérable: film sur Melania, nouvelle salle de bal, "Board of Peace", avion présidentiel payé par les Emirats Arabes Unis, etc. Et les garde-fous censés empêcher ce genre de comportement (parlement, justice, police) ne fonctionnent pas car ils sont au service du roi Trump. Et on l'a vu au Venezuela: Trump entend utiliser l'armée américaine comme un parrain mafieux utilise ses hommes de  mains pour terroriser les commerçants afin que ceux-ci lui versent de l'argent pour leur "protection". La "guerre" et la "paix" ne sont plus que deux facettes de ce chantage géopolitique permanent voulu par le mafieux-en-chef, et les intérêts des Etats sont oubliés pour privilégier les intérêts particuliers de quelques uns.

Et quand ce chantage ne tourne pas à l'avantage du mafieux (comme en Iran, où Trump affronte des dirigeants tout aussi corrompus), celui-ci ment comme un arracheur de dents. Et ça marche: non seulement ces mensonges sont repris dans les média (le plus souvent sans aucune vérification ni contradiction), mais, comme on l'a vu dans l'exemple plus haut, ils sont en grande partie crus. Le mensonge et la désinformation durant un conflit ne sont pas des choses nouvelles. Mais aujourd'hui, les moyens de créer du "faux" se sont démultipliés ces dernières années, notamment grâce à l'IA et aux réseaux sociaux. Et dans ce contexte, il est souvent bien difficile de distinguer le vrai du faux.


Une méthode pour résister

Face à ces mensonges omniprésents, certaines croient s'en sortir en variant leurs sources et en "écoutant toutes les opinions." Cela ne marche que rarement, justement à cause du biais de confirmation. Confronté à des opinions divergentes, ils vont choisir de croire celle à laquelle ils croyaient avant, et se persuader que cette opinion est plus rationnelle/meilleure que l'opinion opposée. Ce genre de spirale d'auto-confirmation est souvent ce qui arrive aux complotistes en tous genres, qui "font leur propre recherche" et ne sélectionnent que ce qui leur plait, même si certains, heureusement, arrivent à s'en sortir.

Une autre méthode, déjà nettement plus saine, est de ne croire que ce qui est "prouvé". Ne plus croire aux paroles des uns et des autres. S'en tenir aux faits, rien qu'aux faits, dans une forme de scepticisme absolu. Malheureusement, en pratique, c'est impossible, pour plusieurs raisons. Par exemple, Trump est-il un menteur ? Même si vous pouvez prouver que ce qu'il dit est factuellement faux et contradictoire avec ce qu'il disait précédemment, comment savoir s'il sait que c'est faux (et/ou qu'il n'a pas oublié sa déclaration précédente) ? Et, même en logique pure, on sait depuis un siècle que la question de Hilbert "est-ce que tout ce qui est vrai est prouvable?" a été répondue par le théorème d'incomplétude de Gödel: il existe des énoncés qui ne peuvent pas être prouvés ni vrai, ni faux. Et même sans aller jusque là, on peut facilement tomber dans le piège du "tout-OSINT", comme le faisait Macette Escortert. 

Je préfère une forme de scepticisme raisonnable, même si c'est moins confortablement intellectuellement. Autrement dit, je cherche à évaluer la véracité des dires des uns et des autres, en tenant compte de leur positionnement idéologique. C'est pourquoi je passe tant de temps, par exemple, à évaluer la fiabilité des chiffres publiés par les Ukrainiens. De manière générale, quand une information sort, j'évalue à la fois:
  • la fiabilité de son émetteur (E): en me basant essentiellement sur la fiabilité passée, sa méthode, et surtout s'il fait preuve d'auto-critique et sait reconnaître ses erreurs lorsqu'elles sont prouvées. Pour la guerre en Ukraine, les plus fiables selon moi sont des analystes comme Michel Goya, Timothy Snyder, Phillips O'Brien, Anders Puck Nielsen, Perun, Tatarigami, Donald Hill, ...
  • la fiabilité des preuves (P): y a t-il des preuves visuelles géolocalisées, est-ce des témoignages, des statistiques, etc, ou bien est-ce simplement une déclaration d'un politique ? Et surtout: y a t il d'autres informations fiables qui la contredisent ?
J'applique ensuite la formule suivante, E et P étant compris entre 0 (pas fiable) et 1 (absolument fiable), pour déterminer la fiabilité d'une information F (également compris entre 0 et 1):

F = P + (1-P) * E * 0,9

Autrement dit: si les preuves sont viables (P proche de 1), peu importe la fiabilité de l’émetteur. Si les preuves sont peu fiables, ou qu'il n'y a pas de preuves (P proche de 0), c'est la fiabilité de l'émetteur qui compte. J'ai mis un facteur de 0,9 car même si l'émetteur est extrêmement fiable fiable (E=1), mais qu'il n'y a aucune preuve (P=0), il y aura toujours un petit doute sur la véracité de l'info.

mardi 3 février 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de janvier 2026

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de janvier 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, mais à un rythme moins soutenu que les mois précédents, peut-être à cause d'une météo particulièrement froide. Ce mois-ci, ce sont surtout les frappes aériennes à longue portée et la situation internationale qui ont connu des évolutions majeures.

Comparaison de la rapidité de plusieurs offensives, par le CSIS



Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre), 902 (décembre), 1126 (janvier)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre), 34 (décembre), 46 (janvier)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre), 13 (décembre), 24 (janvier)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre), 25 (décembre), 19 (janvier) 
La remontée des chiffres annoncés se poursuit dans trois des quatre catégories. Les chiffres concernant l'artillerie reviennent au niveau du mois de septembre, avant leur baisse spectaculaire et leur remontée tout autant spectaculaire. Plus généralement, comparé au mois de novembre, il y a une remontée des pertes matérielles  (5 615) et baisse des pertes humaines (31 680), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson. 

Il est difficile d'interpréter ces variations. Je croyais avoir identifié une tendance significative en ce qui concerne les chiffres sur l'artillerie, mais la tendance s'est complètement inversée et on se retrouve au point de départ (avec des chiffres supérieurs à 1100 pertes / mois, dont 99% ne sont pas confirmées visuellement). Il y avait eu la même chose fin 2024, avec les chiffre MLRS qui avaient baissé au point d'être quasiment nuls, avant de remonter quelques mois plus tard sans explication.

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en janvier 221 pertes russes et 291 pertes ukrainiennes. C'est donc, de nouveau, un ratios terriblement mauvais pour l'Ukraine, comme toujours à cause d'un nombre de perte russe très bas (qui contraste fortement avec les chiffres annoncés par les Ukrainiens). Cela fait maintenant près d'un an que c'est ainsi. 


L'Ukraine perd la bataille de l'énergie

En janvier, la Russie a lancé environ 4600 drones et 130 missiles, des chiffres en baisse par rapport à décembre mais cette baisse ne signifie pas que l'Ukraine a été moins touchée par les attaques russes, bien au contraire. Déjà parce que le taux d'interception des missiles à baissé, ce qui fait que le nombre de missiles non-interceptés est à peu près le même (une soixantaine ont atteint leur but en décembre comme en janvier). Mais surtout, parce que les conséquences de ces frappes sur le réseau électrique ukrainien ont été dévastatrices. Tout au long du mois de janvier, il y a eu de très nombreuses coupures d'électricité en Ukraine, culminant par un "black out" complet. 

Et si, de son côté, l'Ukraine a continué de frapper les installations pétrolières russes, ces attaques ont été bien moins nombreuses que les mois précédents:

01/01 Raffinerie d'Ilsky

06/01 dépôts pétroliers de Usman et de Stary Oskol

07/01 un pétrolier en mer noire (origine de l'attaque incertaine)

10/01 dépôt pétrolier de Zhutovskaya

22/01 terminal pétrolier de Taman

23/01 dépôt pétrolier de Penza

Alors certes, les exportations russes en janvier ont atteint un niveau très bas, mais c'est plus l'effet des frappes des mois précédents que celles de janvier. Pourquoi l'Ukraine a-t-elle interrompu ces frappes ? Comme d'habitude, on n'a pas de certitudes, mais au moins deux hypothèses très plausibles.

La première est que les Ukrainiens n'ont pas les missiles/drones pour continuer ces frappes. En particulier, les missiles FP-5 Flamingo, qui avait été annoncés avec fracas en août 2025, n'ont toujours pas tenu leurs promesses et sont les grands absents de cette campagne aérienne. 

La seconde est que, une fois de plus, les Occidentaux (probablement le traître Trump) ont fait pression sur les Ukrainiens pour que ceux-ci interrompent leur campagne pour privilégier les "négociations" avec la Russie qui ne mènent à rien. Si c'est le cas, alors c'est complètement lamentable de la part des Occidentaux qui offrent à la Russie un répit inespéré.

Quoi qu'il en soit, le fait est que l'Ukraine a perdu la bataille de l'énergie: la Russie a réussi à détruire (ou du moins fortement endommager) son approvisionnement énergétique tandis que l'Ukraine n'a pas réussi à détruire (ou du moins fortement endommager) l'industrie pétrolière russe. 

Alors, face à ce résultat, certains se diront que l'Ukraine aurait mieux fait de ne pas se lancer dans cette bataille, selon le "raisonnement" que les frappes russes sur le réseau ukrainien sont une "riposte" face aux attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. C'est du moins le narratif russe, et comme toujours, il est mensonger. Que l'Ukraine frappe ou non les raffineries russes, ça ne change rien aux plans russes, qui ont toujours été de détruire le réseau énergétique ukrainien cet hiver (comme les hivers précédents). Donc, c'est une bonne chose que les Ukrainiens aient lancé cette campagne aérienne, et ça ne sert à rien de tenter de négocier une trêve avec les Russes, ceux ci ne la respecteront pas.



Les guerres de Trump

L'autre grande "nouvelle", si l'on peut dire, de ce mois de janvier 2026 est que Trump a officiellement enterré l'ordre international, qui était déjà malade depuis bien longtemps. Désormais, Trump s'estime en droit d'attaquer qui il veut (y compris les alliés des USA), quand il veut, comme il veut. Et c'est très exactement le genre de chaos qui profite à la Russie.

Certains ont dit que son raid  au Venezuela a été un coup dur pour la Russie, Maduro étant officiellement un allié russe. C'est oublier qu'en 2019, Poutine proposait déjà un "deal" à Trump sur la base de "à moi l'Ukraine, à toi le Vénézuela". Que Trump agisse selon ce principe en 2026 est tout bénéfice pour Poutine.

D'autant plus que Trump ne s'est pas arrêté là. En menaçant tour à tour le Groenland, le Canada et d'autres pays de l'OTAN, Trump détruit cette alliance et affaiblit l'aide à l'Ukraine bien plus efficacement que tout ce que Poutine pourrait faire. Et quand on voit Mark Rutte (et d'autres dirigeants européens) l’appeler "papa" et s’aplatir devant lui, c'est à la fois pathétique et ignoble. Cette servilité les empêchent de comprendre qui est Trump (ils devraient pourtant l'avoir compris, depuis le temps ...) et c'est bien là le plus grand danger pour l'Ukraine: que plus personne n'ose tenir tête à Poutine et à son agent Krasnov. 

Et les médias, dans ce monde en chaos, continuent à parler de "négociations de paix" et du "Bored of peace" voulu par l'agent orange. Ils n'osent pas écrire que les premières ne mènent nulle part, et le second est une immense entreprise de corruption. L'année 2026 commence très mal.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

jeudi 22 janvier 2026

Où en est l'Europe ?

Près de 4 ans après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, où en est-on ? Dans cette mini-série de billets, je vais tenter de voir l'évolution des forces militaires, de l'économie (et des capacités de productions), ainsi que la volonté politique des principaux acteurs de ce conflit: L'Ukraine, la Russie et les pays européens (pris dans leur ensemble). On commence par l'Europe.

Dire que, en février 2022, les pays européens n'étaient pas prêts à la guerre est un euphémisme. Qu'en est-il quatre ans après, alors que de nombreux généraux et responsables des services de renseignement alertent sur la possibilité d'un conflit armé avec la Russie d'ici peu ?


Evolution des dépenses militaires - Carte @Seb_Masson_


Volonté politique

En 2022, à l'exception notable de la Hongrie de Victor Orban, tous les pays européens soutenaient l'Ukraine, et le soutien était massif aussi dans les opinions publiques (bien que variable d'un pays à l'autre). 

Quatre an plus tard, plusieurs gouvernements pro-Ukraine ont été remplacés par des gouvernements plus sceptiques (République Tchèque, Bulgarie) voire carrément hostiles (Slovaquie). L'Allemagne et la Grande-Bretagne ont changé de majorité, mais par des gouvernements autant favorables à l'Ukraine. Il y a eu quelques sueurs froides, comme les nationalistes pro-russes qui sont arrivé en tête au Pays-Bas (mais ont dû mettre de l'eau dans leur vin pour former une coalition) ou en Roumanie, où un pro-russe a failli remporter la présidence. Plus inquiétant, dans les trois plus grands pays européens (Allemagne, France et Grande-Bretagne), ce sont des partis pro-russes qui ont le vent en poupe. Si un seul remporte les élections au niveau national, cela porterait un coup fatal à l'Ukraine.

  • en Grande Bretagne, le parti du traître Farage monte dans les sondages, mais reste encore (avec entre 10 et 15% d'intention de vote) en dessous des conservateurs (20 à 25%) et des travaillistes (environ 40%)
  • en Allemagne, l'AfD est crédité entre 25 et 30% dans les sondages, au dessus des autres partis mais c'est insuffisant pour prendre le pouvoir à eux seuls. Les conservateurs, seule force politique avec lesquels ils pourraient gouverner (ce qui est loin d'être acquis), sont en revanche très pro-Ukraine.
  • le véritable danger est la France, où le RN est crédité entre 35 et 40% des voix, ce qui pourrait être suffisant pour remporter les élections présidentielles/législatives en 2027. La France est électoralement le maillon faible de l'Europe, ce qui pose un gros problème de crédibilité quand, par exemple, il s'agit d'étendre la dissuasion nucléaire au reste de l'Europe ou de construire une Europe de la défense.


Dans les opinions publiques européennes, la cause de l'Ukraine était largement acquise en 2022. Depuis, ce soutient s'est quelque peu érodé, même s'il reste positif dans la plupart des pays européens. On remarque dans tous les pays une certaine polarisation politique dans le soutien à l'Ukraine, avec une majorité de partis pro-ukrainiens (plutôt au centre du spectre politique) et des partis pro-russes (même s'ils l'avouent rarement) plutôt aux extrêmes. Cette absence de consensus politique fait que l'aide à l'Ukraine peut être remise en question en cas de changement de majorité, ce qui peut se produire à n'importe quelle élection. 

En résumé, si les Européens n'ont pas tourné le dos à l'Ukraine (contrairement aux Etats-Unis de Trump), leur aide reste encore trop incertaine pour offrir des garanties de sécurité à long terme.



Comparaison entre pays

Je veux faire un état des lieux des différents pays, en regardant leur économie, leurs capacités militaires et leur capacité de production militaire, ainsi que leur aide à l'Ukraine. Comme il serait fastidieux de le faire pour chaque pays de l'UE (plus la grande Bretagne et la Norvège qui jouent un rôle non négligeable), je me contente de le faire pour quatre pays: la Pologne, l'Allemagne, la France et l'Espagne. J'ai choisi ces quatre pays car ce sont quatre "grands" pays, chacun avec une population supérieure à la population ukrainienne, il y a une continuité territoriale entre ces 4 pays, la Pologne étant en contact avec l'Ukraine (et donc on pourra voir si les efforts diminuent plus on s'éloigne de l'Ukraine) et aussi parce que ces pays sont, on va le voir, aux extrêmes dans leur réponse à l'invasion russe de l'Ukraine.

Je me suis basé sur des indicateurs qui ont bien des défauts, et ne reflètent qu'imparfaitement la situation, mais qui permettent au moins d'avoir certaine standardisation nécessaire pour pouvoir comparer les différents pays: 

  • critères économiques
    • croissance du PIB depuis 2022
    • dette publique (2025)
    • déficit public (2025)
  • capacités militaires
    • dépenses (%PIB)
    • effectifs
    • évolution depuis 2022
    • production d'obus 155mm
  • aide à l'Ukraine
    • selon Oryx
    • selon le Kiel Institute



En Pologne

Économiquement, la situation de la Pologne est bonne. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +5,3% en 2022
  • +0,2% en 2023
  • +2,9% en 2024
  • +3,2% en 2025
  • +3,4% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est très important: un peu moins de 6% en 2025 (le pire des 4 pays listés). En revanche, la dette publique, 58,1% du PIB en 2025, est la plus faible des 4 pays listés.

En ce qui concerne son budget militaire, il équivaut en 2025 à 4,7% de son PIB, très au dessus des autres pays listés, et en forte augmentation par rapport à 2022 (il était alors de seulement 2,4%), ce qui fait de la Pologne un des pays qui prend le plus au sérieux l'effort de réarmement nécessaire. Cet effort budgétaire a permis d'acheter un nombre très important d'équipements militaires: 500 HIMARS, 800 K9 (SPG coréen), des chars abrams (USA) et K2 (Corée), etc. En revanche (et c'est le cas de quasiment tous les pays de l'OTAN), l'armée polonaise n'est pas entrée dans l'ère de la dronisation comme les armées Russes et Ukrainiennes. En terme d'effectifs, l'armée polonaise compte plus de 250 000 militaires + 50 000 en réserve, organisés en 6 divisions (+ des unités plus petites). 

Quelques remarques:

  • une grande partie du matériel acheté ces 4 dernières années n'a pas été livré; l'armée polonaise est loin d'avoir atteint le potentiel permis par le doublement de son budget en 4 ans
  • l'armée active, avant 2022, avait moins de 150 000 hommes; il y a eu quasiment un doublement des effectifs
  • c'est, des 4 pays listés, celle qui dispose le plus d'artillerie, notamment les MLRS, et a au moins sur le papier la plus forte armée terrestre des pays de l'UE.

En ce qui concerne sa BITD, elle est en expansion même si la Pologne importe la plupart de ses équipements lourds. Le fait que la Pologne importe beaucoup en provenance de pays extra-européens (principalement les USA et la Corée du sud) fait que sa récente montée en puissance n'aide pas nécessairement à l'émergence d'une BITD Européenne. Cependant, ils savent aussi passer des accords avec d'autres partenaires européens. En ce qui concerne la production d'obus de 155mm, ils ont l'ambition de produire 200 000 obus/an, mais ça reste pour le moment un objectif affiché. Il semblerait qu'en 2025, ils produisent 30 000 obus/an. Je n'ai pas trouvé les chiffres de leur production en 2022.

Quant à l'aide que la Pologne apporte à l'Ukraine, elle a été très forte au début de la guerre et, si elle reste importante, diminue néanmoins car la Pologne n'a plus guère d'équipement soviétique à fournir, et privilégie probablement son propre réarmement. L'aide a néanmoins été très conséquente, et très appréciée par les Ukrainiens (page oryx): plus de 300 tanks (T-72M1 et PT91), plus de 300 IFV, 14 MiG-29, etc. Selon le Kiel Institute, l'aide totale de la Pologne est de 5,5 milliards d'euros, soit 0,92% du PIB.



En Allemagne

Économiquement, la situation de l'Allemagne reste plutôt bonne malgré une croissance plus faible. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +1,8% en 2022
  • -0,9% en 2023
  • -0,5% en 2024
  • +0,2% en 2025
  • +0,9% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est faible (2,5% du PIB en 2025). La dette publique, qui augmente, reste relativement faible: 62% du PIB en 2025.

En ce qui concerne son budget militaire, il équivaut en 2025 à 2% de son PIB, ce qui représente une hausse assez importante par rapport à 2021 ( environ +50%) et, en valeur absolue, le plus gros budget de défense européen. Suite à l'invasion de 2022, l'Allemagne avait prévu 100 milliards supplémentaires pour son réarmement,  et son récent budget montre qu'elle se fournira principalement en Europe, même s'il faut noter que pour certains systèmes critiques, les Allemands continuent de faire confiance aux Américains, ce qui est à mon avis une grosse erreur vu le positionnement de Trump et toute sa bande de traîtres et de mafieux.

En ce qui concerne les effectifs, il est notable qu'en dépit de l'augmentation du budget, ils sont sensiblement les mêmes qu'en 2021 (moins de 200 000 personnes). L'armée allemande a du mal à recruter, ce qui explique pourquoi ses effectifs restent très inférieurs aux besoins (il faudrait 100 000 militaires supplémentaires), malgré des salaires bien supérieurs à ceux de l'armée française. L'effectif de son armée de terre dépasse à peine les 60 000 hommes, organisés en 3 divisions blindées/mécanisées et 2 divisions de support. C'est une taille très insuffisante pour répondre à la menace russe. Son équipement terrestre est moderne mais dispose de peu d'artillerie (moins de 200 pièces lourdes), des chars en nombre limités (moins de 300) mais énormément de transports blindés (plus de 3000). Sa BITD est assez conséquente, mais très portée sur le matériel onéreux plus que nombreux et ne semble pas encore avoir tiré les leçons de la guerre en Ukraine, notamment en ce qui concerne les drones. Si au début de la guerre, l'Allemagne produisait peu d'obus, elle a fait un effort conséquent, étant capable notamment de livrer plus de 50 000 obus/mois à l'Ukraine. En 2025, sa production est estimée à 700 000 obus de 155mm, et il est prévu d'augmenter ce chiffre de 50% en 2 ans.

Quant à l'aide que l'Allemagne apporte à l'Ukraine, elle est très importante, du moins sur le papier (page oryx). En valeur, elle est le second donateur, après les USA, et si on ne compte qu'en 2025, elle est le premier donateur. Selon le Kiel Institute, l'aide totale de l'Allemagne est de 24,5 milliards d'euros, soit 0,66% du PIB. Mais c'est une aide qui se concentre surtout sur du matériel très onéreux (comme les batteries SAM Patriot et Iris-T), et surtout du matériel "défensif": pas de missile à longue portée, peu d'artillerie, et il ne faut pas oublier non plus que l'Allemagne a beaucoup "traîné des pieds" durant la première année de la guerre, là où l'aide aurait plus plus pu faire changer le cours de la guerre. Et c'est sans parler de la tragédie des "Taurus" que Berlin refuse de livrer depuis des années.



En France

Économiquement, la situation de la France est plutôt mauvaise, malgré une croissance plus forte que l'Allemagne. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +2,8% en 2022
  • +1,6% en 2023
  • +1,1% en 2024
  • +0,7% en 2025
  • +0,9% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est important: 4,6% du PIB en 2025. La dette publique, qui augmente, est la pire des quatre pays listés: 115,8% du PIB en 2025. de plus, depuis 2024, la France traverse une grave crise politique, avec un gouvernement minoritaire à l'assemblée nationale et des votes sur le budget qui n'arrangent pas sa situation économique.

Le budget militaire (50 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB) est relativement faible, surtout quand on considère que la France est dotée de l'arme nucléaire, contrairement aux autres pays listés, et dispose d'un porte-avion nucléaire (seul pays hors USA à en avoir un). Notons aussi que l'augmentation du budget militaire depuis 2021 est la plus faible des quatre pays listés. Ses effectifs (plus de 200 000 personnes) sont pourtant supérieurs à l'armée allemande, dont 110 000 dans l'armée de terre (près du double de l'armée allemande). Cette dernière est organisée en 2 divisions de mélée (1ere et 3e) ainsi que des unités de support, et deux divisions d'infanterie légère (pour la légion étrangère et les forces outre-mer). La France dispose d'équipements performants (canons Caesar, avions Rafales, etc), mais souvent en trop petit nombre. Cependant, elle a peut-être plus que d'autres pays européens essayé de tirer des leçons de l'Ukraine, notamment en matière de drones. 

La France est le 2e exportateur mondial d'armes, ce qui témoigne de l'importance de sa BITD, mais il faut noter qu'une grande partie de ces exportations viennent de la vente de navires et de Rafales, et ne sont donc pas tournées vers ce que l'Ukraine utilise actuellement. Il y a une montée en puissance de la production de certains équipement (notamment les canons Caesar et les obus de 155mm, dont la production atteint désormais les 150 000 obus/an) mais d'autres (comme les missiles produits par MBDA) n'ont connu qu'une augmentation très modeste de leur production, très insuffisante pour répondre aux besoins ukrainiens.

En ce qui concerne l'aide à l'Ukraine, elle est faible en valeur. Selon le Kiel Institute, l'aide totale de la France est de 7,5 milliards d'euros, soit 0,29% du PIB. Cependant, ce chiffre ne reflète qu'imparfaitement la réalité. La page oryx n'est pas plus flatteuse, mais on sait que beaucoup du matériel livré (dont les Mirages 2000 et les SCALP) n'y figure pas. Absent également de cette comptabilité: le renseignement. 



En Espagne

Économiquement, la situation de l'Espagne est très bonne. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +6,4% en 2022
  • +2,5% en 2023
  • +3,5% en 2024
  • +2,9% en 2025
  • +2% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est faible (2,5% du PIB) équivalent à celui de l'Allemagne et le seul inférieur à la croissance. Par conséquent, la dette publique, 103,4% du PIB en 2025 est la seule qui baisse (relativement au PIB) parmi les 4 pays listés (elle était à 105% en 2024).

Son budget militaire, équivalent à 1,4% du PIB en 2025, est en nette augmentation par rapport à 2024, mais est en valeur absolue comme relative le plus faible des quatre pays listés. De plus, l'Espagne est le seul pays de l'OTAN à avoir refusé l'objectif de dépenses militaires de "5% du PIB" que Trump voulait imposer.

Les forces armées espagnoles comptent environ 120 000 hommes (le plus faible des 4 pays listés), dont 85 000 dans l'armée de terre. Celle-ci est organisée en deux divisions de mêlée (+ unités de support), relativement bien équipées: plus de 250 tanks Leopard 2, de nombreux véhicules blindés, et environ 200 pièces d'artillerie lourde. La BITD espagnole, si elle n'est pas aussi importante que les BITD française et allemande, est relativement importante. L'Espagne est le 7e exportateur mondial, et la filiale espagnole de Rheinmetal produit maintenant 450 000 obus de 155mm par an (soit plus que la France et la Pologne réunies), en nette augmentation depuis 2022.

Selon le Kiel Institute, l'aide totale de l'Espagne est de 1,5 milliards d'euros, soit 0,12% du PIB. C'est vraiment très faible, et il n'y a rien de notable: quelques tanks et blindés, un peu d'artillerie. L'Espagne a vraiment fait le minimum (page oryx). La raison de ce choix n'est pas connue, mais on peut suspecter que l'éloignement géographique a pu jouer un rôle.



Conclusion

Cette analyse est très incomplète, mais elle permet de se faire une idée de là où en est l'Europe face à la menace russe et dans le soutien à l'Ukraine. S'il y a bien un effort de réarmement depuis 2022, cet effort n'est pas à la hauteur des discours politiques prononcés, ni à l'accroissement de la menace russe, comme si les hommes politiques ne croyaient pas à leurs discours présentant la Russie comme une menace à court ou moyen terme. 

En 2022, la Russie avait envoyé tout ce qu'elle pouvait en Ukraine, et ça ne représentait que 200 000 hommes environ, même si ses effectifs théoriques étaient bien plus importants. En 2026, l'armée russe "combattante" a au moins triplé de taille (on estime à environ 700 000 hommes la taille de son armée en Ukraine) et si elle est moins mobile et moins équipée en blindés, elle compense ça par son expérience acquise et par l'usage de drones. Face à cela, les armées européennes n'ont que modestement augmenté leurs effectifs (à l'exception de la Pologne) et guère plus augmenté leurs budgets, qui restent en deçà de ce qu'ils étaient durant la guerre froide (en pourcentage de PIB). Il y a de nombreuses raisons à cela, comme les contraintes budgétaires, la situation économique etc, mais cela reflète que l'Europe se pense toujours en paix, en dépit des discours des dirigeants affirmant le contraire, et surtout en dépit des faits qui montrent indéniablement que la Russie ne se contentera pas d'envahir l'Ukraine. Par conséquence, l'Europe est dans une bien moins bonne position qu'en 2022. Nous ne sommes pas prêts, et les efforts que nous avons bien voulu consentir pour essayer de contenir les Russes sont, jusqu'à présent, très insuffisants.

En fait, si Kamala Harris avait emporté l'élection en 2024, cet effort modeste aurait pu suffire. Mais avec le traître Trump au pouvoir, la léthargie des Européens est mortifère. Les Européens n'ont pas été capables de compenser l’arrêt des fournitures militaires américaines aux Ukrainiens, et ceux-ci en souffrent énormément. L'Europe doit en plus faire face à la rapacité mafieuse de Trump qui veut s'accaparer le Groenland. On pourrait bien sûr blâmer Trump, et en effet il est le premier fautif. Mais les Européens n'ont absolument rien fait pour anticiper le retour de Trump, alors qu'il était évident qu'il avait au moins une chance de gagner et que sa victoire serait une catastrophe pour l'OTAN, pour l'Europe et pour l'Ukraine. Et, alors même qu'il avait été élu, qu'il a annoncé ses intentions en février 2025 et agit tout comme un agent russe, les réactions des dirigeants européens ont été bien faiblarde, comme je le mentionne souvent dans mes points mensuels.

Plus généralement, les Européens (à l'exception de la France) se sont volontairement mis dans une situation de dépendance militaire vis-à-vis des USA, et ce pendant des décennies. Les différents versions d'une "Europe de la défense" ont été enterrés avant d'avoir eu une chance de pouvoir être mises en oeuvre, à commencer par la Communauté Européenne de la Défense, torpillée à l'époque par une alliance entre gaullistes et communistes. Et si la France a souvent poussé pour créer une telle organisation, nos partenaires européens avaient moins confiance en la France qu'en les USA. Et c'est encore le cas aujourd'hui; vue la situation politique en France, on peut effectivement difficilement prétendre à une place de leader, malgré le fait qu'on avait "raison" de ne pas compter sur les Américains. Car une France gouvernée par Le Pen ou Bardella serait aussi pourrie que les USA de Trump. Le poison qui a emporté les USA coule aussi dans les veines de l'Europe, et on ne fait rien pour lutter contre.


jeudi 4 décembre 2025

Guerre en Ukraine: bilan du mois de novembre 2025

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de novembre 2025, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, et menacent de prendre (ou ont déjà pris) trois villes clefs de la ligne de défense ukrainienne: Kupyansk, Pokrovsk et Kostiantynivka. D'après les cartes OSINT, Pokrovsk est presque entièrement sous contrôle russe, mais il se peut que les choses ne soient pas aussi claires que ça. De violents combats ont toujours lieu à Kupyansk, mais les Russes sont encore loin de contrôler cette ville et ont peut-être reculé par endroits. Kostiantynivka est toujours sous contrôle ukrainien, mais les Russes sont maintenant aux portes de la ville. En outre, les Russes progressent (un peu) sur presque l'ensemble du front, y compris dans des secteurs qui étaient, jusqu'à peu, très stable, comme Vovchansk (au nord-est de Kharkiv). Leur principale progression a eu lieu au sud, dans le secteur d'Houliaïpole, qui est maintenant elle aussi menacée d'être coupée des lignes de ravitaillement.

De plus, les attaques à longue distance ont continué, chaque camp intensifiant encore ses frappes. Mais c'est sur le plan politique que les choses ont le plus bougé ce mois-ci.

Situation aux alentours de Pokrovsk, carte de Donald Hill



La situation à Pokrovsk et Myrnohrad

Je ne vais pas passer en revue l'ensemble du front. Je vais juste me focaliser sur la situation dans Pokrovsk et la ville voisine Myrnohrad. Il y a un mois, j'écrivais:
"Si (comme c'est probable) Pokrovsk et Kupyansk tombent dans les prochaines semaines, et que des unités ukrainiennes y sont piégées, il faudra espérer que Syrsky aura le courage de prendre ses responsabilités et démissionnera."

Qu'en est-il maintenant ? Les Russes ont revendiqué la prise des deux villes (le 20 novembre pour Kupyansk, le 1er décembre pour Pokrovsk). Les cartes comme celle de DeepState confirment qu'ils contrôlent une grande partie de ces deux villes, mais pas la totalité, et les Russes n'ont donc toujours pas refermé les poches pour y piéger les unités ukrainiennes.

En fait, les choses ne sont pas claires, surtout à Kupyansk où la carte de DeepState n'a pas bougé  tout le mois de novembre (et même depuis le 19 octobre). Si à Pokrovsk, les Russes ont un peu progressé d'après ces cartes, un bon quart de la ville est toujours en zone grise. Et de fait, on a observé ce mois-ci plusieurs actions ukrainiennes à la fois à Pokrovsk et à Myrnohrad, à laquelle RFU a consacré plusieurs de ses vidéos.

Même s'il faut toujours prendre ce qu'affirme RFU avec un peu de recul (car c'est une chaîne de propagande ukrainienne), il est indéniable que les Ukrainiens ont contesté (avec plus ou moins de succès) le contrôle russe de Pokrovsk tout au long du mois de novembre, plutôt que de retirer leurs unités comme la logique le commandait. En fait, l'état major Ukrainien prétend qu'il contrôle toujours Pokrovsk et nettoie la ville des groupes de russes infiltrés. D'autres (comme Tom Cooper) affirment que Zelensky et/ou Sirsky envoient des unités qui se font détruire pour essayer de tenir un bout de Pokrovsk. Qu'en est-il réellement ?

Commençons par rappeler que "la carte n'est pas le territoire". Autrement dit: les cartes comme celles de DeepState sont imparfaites et ne reflètent qu'une partie de la réalité, et l'OSINT ne fait que lever une partie du brouillard de guerre. Certains sont tentés croire qu'une photo ou vidéo géolocalisée est la preuve que le point est tenu par l'un ou l'autre camp, mais, du fait de l'omniprésence des drones, de l’extension de la "zone grise" et de la très faible densité des troupes, cette présence ne signifie pas un contrôle de la zone. Et si certains, comme Olivier Kempf, affirment que les Russes sont bien au delà de ce que les cartes montrent, ils ne se basent sur rien d'autre que leurs préjugés et/ou leur désir que cela se réalise.

Aussi je pense qu'il faut rester prudent, et garder à l'esprit que le contrôle des Russes sur les zones (même celles marquées en rouge) n'est peut-être pas aussi solide que ce que les cartes montrent: de part et d'autre de la "zone de front" (ce n'est plus une ligne depuis bien longtemps),  la logistique est attaquée par les drones FPV, et si les Ukrainiens ont bien du mal à entrer ou sortir de Pokrovsk, c'est aussi le cas des Russes. Peut-être que Pokrovsk, comme Toretsk avant elle, restera contestée pendant encore quelques mois. 

J'espère juste que l'attrition est favorable aux Ukrainiens, mais les données OSINT laissent penser que ce n'est pas le cas: sur les routes menant à Pokrovsk, on compte une centaine de véhicules détruits. A titre de comparaison, c'est deux à trois fois plus que les véhicules détruits sur la route menant à Bakhmut, en 2023, et presque autant que les véhicules détruits lors de la retraite de Soudja, en février-mars 2025. Toutes les données dont nous disposons en OSINT vont dans le même sens: Pokrovsk est, ces deux derniers mois, un calvaire pour l'armée Ukrainienne qui aurait dû se retirer depuis bien longtemps. Et les communiqués de Sirsky semblent complètement déconnectés de la réalité du terrain, pour ce qu'on peut en juger. Quelle que soit ses compétences et qualités personnelles (ou plutôt leur absence), le haut commandement ukrainien accumule les erreurs depuis que Sirsky en a pris les commandes, et ce dernier aurait donc dû être viré en mars dernier après l'échec de l'opération à Soudja. 


Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre  et novembre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre)
C'est une nouvelle baisse sensible des chiffres concernant l'artillerie. En deux mois, le chiffre a été diminué de moitié, tandis que les autres chiffres fluctuent mais, compte tenu de leur faible ampleur, cela n'est peut-être pas très significatif.

Plus généralement, comparé au mois d'octobre, il y a à la fois une baisse des pertes matérielles  (3 305) et une stagnation des pertes humaines (31 030), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson. 

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en novembre 225 pertes russes et 339 pertes ukrainiennes. Les pertes russes sont retombées à leur niveau anormalement bas (à moins que ce soit la nouvelle normale). Les pertes ukrainiennes, en revanche, sont aussi importantes qu'au mois d'octobre (notamment à cause de la situation à Pokrovsk) et le ratio mensuel de pertes visuellement confirmées est un des pires pour l'Ukraine. 


Attaques russes à longue distance

En novembre, la Russie a lancé environ 5600 drones et 210 missiles, des chiffres sensiblement égaux à ceux de septembre et octobre. Principales attaques, selon les Ukrainiens:
  • 08 novembre: 458 drones, 45 missiles
  • 14 novembre: 430 drones, 19 missiles
  • 19 novembre: 479 drones, 43 missiles
  • 25 novembre: 464 drones, 22 missiles
  • 30 novembre: 596 drones, 36 missiles
Et toujours aucune réaction des Occidentaux. La pétition Skyshield stagne à moins de 60 000 signatures. Quand vont-ils enfin réaliser que le fait que la Russie produise des milliers de ces drones par mois représente une menace sérieuse pour la sécurité de tous les Européens ? Si un cessez-le-feu est conclu dans les prochains mois, combien de temps faudra-t-il à la Russie pour produire et stocker 50 000 shaheds (largement de quoi saturer toutes les défenses européennes et causer des dégâts considérables, sans pour autant franchir le seuil atomique) ?


L'Ukraine continue à faire des dégâts pour le pétrole russe 

De son côté, l'Ukraine poursuit sa stratégie de frappes sur les infrastructures pétrolières russes:
On observe donc quelques changements dans le choix des cibles: si les raffineries sont toujours frappées, les stations de pompage des pipeline ne l'ont pas été ce mois-ci. Est-ce parce que ces attaques étaient inefficaces ou trop difficiles? En revanche, l'Ukraine a intensifié ses attaques contre les infrastructures de la Mer Noire, et même contre les pétroliers de la flotte fantôme russe. 

Ces dernières cibles, en particulier, interrogent (cf la vidéo d'Anders Puck Nielsen): pourquoi maintenant, alors que ces pétroliers sont des cibles faciles pour les drones maritime ukrainiens depuis au moins 2023? Est-ce un message politique à destination d'alliés vacillants, leur rappelant les enjeux de cette guerre ? Ou une mesure de désespoir, les frappes contre les raffineries n'ayant pas l'effet escompté ?

Quoi qu'il en soit, ces attaques ont un effet notable sans être décisif: une baisse de 70% des profits de Rosnef, d'une année sur l'autre. Mais aussi les protestations du Kazakhstan: les infrastructures détruites ne servent pas qu'à la Russie. Espérons que les Ukrainiens savent ce qu'ils font. Car sur le plan diplomatique, ce n'est pas la joie.


Diplomatie: la traîtrise de Trump et Witcoff exposée au grand jour

Depuis le temps que je dis que Trump n'est pas pour l'Ukraine, le mois de novembre a montré cela de manière éclatante. Tump et Witcoff ont présenté un "plan de paix" qui n'est rien d'autre qu'une capitulation à peine déguisée de l'Ukraine.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce "plan de paix", aussi pour éviter des redites, je vais aller à l'essentiel. Comme le résume DarthPutin, ce plan se résume en 3 points:
  • la Russie gagne des territoires
  • Trump gagne un pot-de-vin
  • l'Ukraine gagne des promesses en l'air
Le plan établi par Dimitriev et Witcoff (Dim-Wit Plan en anglais) est tellement pro-russe qu'il a en fait été repris directement du russe et traduit en anglais. C'est un plan qui ne cache même pas son but: donner aux Russes tout ce qu'ils veulent, et permettre à Trump de s'enrichir, le tout au détriment des Européens et des Ukrainiens.

Le plan amendé par les Européens est un peu plus équilibré, mais favorise toujours largement les Russes. Si le but était d'introduire des clauses inacceptables pour les Russes tout en restant proche de ce que proposait Trump, je comprends la démarche. Mais ce faisant, les Européens adoptent, eux aussi, le narratif russe (toujours ce fameux contrôle réflexif) et s'interdisent de proposer quelque chose de plus ambitieux - et surtout de préparer une stratégie pour accomplir ce but plus ambitieux. C'est à mon avis une erreur des Européens: ils auraient du refuser le plan par principe et proposer quelque chose qui défend leurs intérêts, plutôt que de chercher à aller dans le sens de Trump.

Surtout, ce qu'il faut retenir de cette séquence, c'est la duplicité du gouvernement Trump. Ils ont publiquement laissé entendre qu'ils pourraient augmenter les sanctions contre la Russie (et les journalistes se sont engouffrés dans ce tunnel informationnel)... tout en conspirant avec les Russes pour trahir leurs alliés. Il faut arrêter de croire qu'on peut retourner ou amadouer Trump; ce dernier est pro-Poutine, il faut faire avec, et le traiter en ennemi. Il faut que l'Europe ose défendre ses intérêts, et ceux-ci sont clairs. En effet, une victoire russe serait bien plus coûteuse, pour l'Europe, qu'une victoire ukrainienne. Lire aussi la tribune publiée par RUSI. 


Corruption  au sommet en Ukraine

Le 10 novembre, les unités anti-corruption révèle un scandale de corruption au plus haut niveau: avec la complicité de l'ancien ministre de l'Energie, Tymour Minditch - un ancien associé de Zelensky- aurait détourné des sommes très importantes (75 à 100 millions d'euros) en exigeant des pots-de-vins de la part de sous-traitants d'Energoatom, l'entreprise publique gérant les centrales nucléaires. Autant d'argent qui n'ira pas dans les efforts visant à préserver le réseau électrique ukrainien mis à mal par les multiples attaques aériennes russes.

Alors que les services anti-corruption allaient arrêter Minditch, celui-ci a pu fuir en Israël, avec la probable complicité de gens hauts placé. L'enquête est en cours, mais plusieurs personnes du gouvernement ukrainien ont déjà dû démissionner:
  • German Galushchenko, Ministre de la Justice et ancien ministre de l'Energie
  • Svitlana Gryntchouk, Ministre de l'Energie
  • Andriy Yermak, chef de l'Office présidentiel et officieusement bras-droit de Zelensky.
Il est probable que ce ne seront pas les seuls. C'est tout le pouvoir ukrainien qui vacille au pire moment, alors qu'aidé par le traître Trump (et par l'inaction des Européens) les Russes font monter la pression.

Le problème de la corruption en Ukraine n'est hélas pas nouveau. Si, début 2022, il semble qu'il y a eu un sursaut momentané, les mauvaises habitudes ont vite repris le dessus. Et pourtant, les Ukrainiens luttent contre ce fléau. Mais la corruption est tellement systémique (comme elle l'est en Russie)  qu'il est difficile de la combattre, malgré les efforts des Ukrainiens. Au contraire des Américains, par exemple, qui ont élu un traître tellement corrompu qu'il ne cache même plus qu'il demande des cadeaux en l'échange de faveurs diverses.

Pour essayer de finir sur une note légèrement plus positive, la démission de Yermak affaiblit incontestablement Zelensky, mais Yermak était tellement impopulaire (et représentatif des pires travers du Système Zelensky) qu'un changement n'est peut-être pas mauvais pour l'Ukraine, du moins à moyen ou long terme. Espérons que ce ne sera pas le seul changement et qu'une nouvelle équipe mettra en oeuvre les réformes structurelles dont l'Ukraine a besoin.

Car s'il n'y a pas très rapidement des changements (pas qu'en Ukraine, mais en Europe aussi), l'Ukraine ne pourra pas gagner cette guerre et l'Europe sera foutue à moyen/long terme. 


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lundi 3 novembre 2025

Guerre en Ukraine: bilan du mois d'octobre 2025

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois d'octobre 2025, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, et menacent toujours d'encercler trois villes clefs de la ligne de défense ukrainienne: Kupyansk, Pokrovsk et Kostiantynivka. Au nord-est de Pokrovsk, les Ukrainiens ont continué avec succès leurs contre-attaques du mois précédent et on éliminé un nombre impressionnant de blindés russes. Par contre, les Russes s'infiltrent de plus en plus à Pokrovsk par le sud, et la situation de ce bastion est de plus en plus précaire. Il en est de même à Kupyansk, où des combats se déroulent jusqu'au cœur de la ville. Seule Kostiantynivka est pour le moment épargnée, mais les groupes d'infanterie russe se rapprochent de plus en plus de la ville. De plus, les attaques aériennes ont continué, avec régulièrement des centaines de drones russes frappant les villes ukrainiennes pour y semer la terreur tandis que les Ukrainiens ont continué leurs attaques à longue distance sur les raffineries russes.

Opération aéroportée à Pokrovsk, par le Renseignement Militaire Ukrainien


Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre et octobre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre)

On observe donc une baisse significative des chiffes d'artillerie et d'équipement spéciaux. Ce que ça signifie est plus compliqué à déterminer. La version la plus optimiste est que les Ukrainiens commence à manquer de cibles. La version pessimiste (et hélas plus probable) est qu'ils manquent de munitions et/ou que les Russes sont plus efficaces pour échapper aux tirs (et surtout aux drones) ukrainiens.

Plus généralement, comparé au mois de septembre, il y a à la fois une baisse des pertes matérielles  (4 010) et une hausse des pertes humaines (31 270), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson. 

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en octobre 443 pertes russes et 355 pertes ukrainiennes. Les pertes russes sont enfin remontées après plusieurs mois où elles était anormalement basses. Si le ratio est légèrement plus favorable à l'Ukraine que celui des mois précédents, il est très inférieur au 2:1 dont l'Ukraine a besoin pour continuer le combat. 



Les frappes aériennes russes 

La Russie poursuit ses attaques terroristes Si le record du 7 septembre n'a pas été battu, le mois d'octobre est comparable à celui de septembre: plusieurs très grosses attaques (plus de 200 drones/nuit), et le reste du temps, ce sont plusieurs dizaines de drones, sans compter les missiles. Principales attaques, selon les Ukrainiens:
  • 03 octobre: 381 drones, 35 missiles
  • 05 octobre: 496 drones, 53 missiles
  • 10 octobre: 465 drones, 32 missiles
  • 16 octobre: 320 drones, 37 missiles
  • 22 octobre: 405 drones, 28 missiles
  • 29 octobre: 653 drones, 52 missiles
Il y a donc une attaques massive tous les 5-6 jours. Au total, ce sont environ 5600 drones et 270 missiles qui ont été employés dans ces attaques au mois d'octobre. Et même si une partie significative sont interceptés, ceux qui passent font des dégâts. Beaucoup sur les immeubles d'habitation, les écoles, les hôpitaux, mais aussi sur l'infrastructure ferroviaire et énergétique.

Face à cela, il n'y a guère de réponse: les Occidentaux n'envisagent toujours pas de donner aux Ukrainiens de quoi "tuer l'archer", au mieux ils lui donnent quelques moyens de détruire quelques flèches. Et encore, trop peu. Les Ukrainiens paient de leur sang l'absence de stratégie et le défaitisme des Occidentaux.

 

Les "sanctions cinétiques" contre l'industrie pétrolière russe

Pendant ce temps, les Ukrainiens ont continué a attaquer les raffineries, dépôts de carburant et autres équipements lourds utilisés par l'industrie pétrolières russes. Voici les frappes du mois d'octobre: 

Avec quel résultat ? Difficile à dire. La baisse de capacité de raffinage semble faible vu le nombre de frappes. Selon l'OCDE, la baisse des capacités de raffinage était de 500 000 baril par jour. Ce chiffre peut sembler impressionnant, mais comparé à leur capacité qui était estimée à 6,7 millions de barils/jour, cela ne représente même pas 10%. Zelensky lui-même évoque tout juste une baisse de 20%. Tout cela affaiblit la Russie, mais il semble que ce soit trop lent et/ou trop peu pour infléchir la volonté de Poutine de continuer sa boucherie.


La dissonante sérénité du haut-commandement Ukrainien

Fin octobre, la situation à Kupyansk et à Pokrovsk est plus que critique pour les Ukrainiens. Si on se fie aux cartes de contrôle du territoire (par exemple deepstate map ou ua control map), qui elles-même se basent sur diverses sources disponibles en OSINT, les Russes occupent une bonne partie de Kupyansk et au moins un quart de Pokrovsk, et les "zones grises" couvrent quasiment la totalité de ces deux villes. Autrement dit: les Ukrainiens ne contrôlent déjà plus ces deux villes. Or, (toujours selon les mêmes sources) plusieurs brigades ukrainiennes sont toujours dans des "poches" profondes de plusieurs km et sont donc, à très court terme, menacées d'encerclement.

Face à cela, le haut-commandement ukrainiens (en particulier le général Syrsky) assure que la situation est certes tendue, mais sous contrôle, et s'est même améliorée, et qu'il n'y a pas d'encerclement. Ces déclarations sont en totale contradiction avec tout ce qui est disponible publiquement. Donc soit le haut-commandement ukrainien sait quelque chose que le public ne sait pas, soit (ce qui est bien plus probable) ils se plantent complètement et sont dans le déni (ou le mensonge) le plus total.

En particulier, Syrsky a demandé l'aide des troupes d'élite du renseignement militaire (forces spéciales) pour défendre Pokrovsk, et celles-ci ont mené un assaut héliporté impliquant deux hélicoptères "Black hawk". L'opération est supervisée par Boudanov et Sirsky eux-même. Ce genre d'opération, bien que spectaculaire et très rare sur la ligne de front, ne change hélas pas fondamentalement la donne: ils ont débarqué peut-être 20 soldats, qui sont probablement très bons, mais ne pourront pas renverser le cours de la bataille à eux tous seuls. Il faudrait des renforts autrement plus conséquent (plusieurs brigades) pour sauver Pokrovsk à ce stade. L'intervention des forces spéciales est plus probablement un moyen de rouvrir une voie pour évacuer les troupes encore présente à Pokrovsk, qui est donc sur le point de tomber. Et si Kupyansk fait moins parler d'elle, la situation là bas n'est guère meilleure.

Si (comme c'est probable) Pokrovsk et Kupyansk tombent dans les prochaines semaines, et que des unités ukrainiennes y sont piégées, il faudra espérer que Syrsky aura le courage de prendre ses responsabilités et démissionnera. Ou que Zelensky le fera pour lui. Il faut vraiment que les Ukrainiens mettent fin aux défaillances de leur haut-commandement militaire que j'évoquais dans une série d'articles début 2025 ([1],[2],[3],[4]). Ils ne peuvent vraiment plus se permettre de laisser de telles erreurs impunies, car elles se répètent, mois après mois, toujours pour les mêmes raisons. L'Ukraine ne va pas perdre la guerre si la Russie prend Pokrovsk ou Kupyansk. Par contre, l'Ukraine perdra la guerre si le haut-commandement ukrainien ne se remet pas en question et n'apprend pas de ses erreurs.


Diplomatie: les montagnes russes

Sur le plan diplomatique, il y a à la fois beaucoup et rien à dire. Fin octobre, on en est au même point que fin septembre: la Russie ne veut pas négocier, les média disent que Trump va peut-être fournir des Tomahawks et/ou prendre des sanctions dévastatrices contre la Russie. En revanche, pour en revenir au même point, il y a eu des hauts et des bas. De véritables montagnes russes.

Plus exactement, Zelensky était invité à Washington le 17 octobre, on peut penser pour un accord important (peut-être la fournir de Tomahawks, comme les médias le disaient). Mais, la veille, Trump a une longue conversation avec Poutine et revient à une position outrageusement pro-russe. Lors de la discussion avec Zelensky, il se contente de répéter la propagande russe. Une rencontre avec Poutine à Budapest est envisagée. Puis, sans que la raison soit rendue publique, cette rencontre est annulée et, le 22 octobre, l'administration Trump prend des sanctions contre l'industrie pétrolière russe.

Que penser de tout cela, et comment expliquer ces revirements aussi soudains que brutaux ? Le premier est facile à expliquer: Trump adore Poutine et ne demande qu'à revenir à sa position poutiniste. Seulement, l'opinion américaine est très hostile à Poutine, et il doit faire avec. Donc il est possible que son entourage a réussi à lui faire "revenir à la raison", si l'on peut dire. On ne connait pas l'état mental de Trump, et il est fort possible qu'il a une forme de sénilité et/ou de démence qui le rendent encore plus erratique qu'avant. Mais l'entourage proche de Trump est truffé de pro-russes (comme J.D. Vance), aussi je ne crois pas que ce sont les "adultes dans la pièce" qui ont fait changé d'avis le traître orange.

Je pense plutôt que Trump et son gouvernement sont toujours pro-russe, et que la séquence sert surtout à occuper les médias (et les dirigeants européens) pour qu'ils ne remarquent pas à quel point Trump est pro-Poutine. Je rappelle que le "plan de paix" de Trump est extrêmement favorable aux Russes, et cette séquence diplomatique peut avoir précisément pour but de faire croire que ce plan est équilibré et/ou raisonnable. De plus, comme l'a fait très justement remarqué Philips O'Brien, le gros des sanctions ne sont que des annonces (les vrais sanctions ne seront effective que fin novembre) et qu'on n'est pas à l'abri d'un nouveau revirement de Trump qui décide, au dernier moment, de ne pas sanctionner la Russie. 


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Guerre en Ukraine: bilan du mois de septembre 2026

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