samedi 3 octobre 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de septembre 2026

Ce mois de septembre a été à l'image du mois précédents:  intensifications des bombardements à longue distance tandis que les mouvements sur le front restent très peu important. Les Ukrainiens ont toutefois révélé l'opération Vivaldi (qui a en fait commencé fin mai dernier) qui a repoussé les Russes de manière significative au nord de Liman.


Antonio Vivaldi



Pertes russes et ukrainiennes

Pour commencer, je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août et septembre 2026.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • moyenne 4e année 1150/mois
    • 1447 (mars), 1837 (avril), 2040 (mai), 2053 (juin), 2005 (juillet), 1838 (août), 1636 (septembre)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • moyenne 4e année: 27/mois
    • 48 (mars), 47 (avril), 63 (mai), 83 (juin), 75 (juillet), 103 (août), 92 (septembre)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • moyenne 4e année: 18/mois
    • 33 (mars), 18 (avril), 43 (mai), 56 (juin), 70 (juillet), 72 (août), 85 (septembre)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • moyenne 4e année: 26/mois
    • 30 (mars), 43 (avril), 86 (mai), 143 (juin), 115 (juillet), 138 (août), 149 (septembre)
Ces chiffres sont relativement stables par rapport au mois de juin, juillet et août, a part pour l'artillerie où les chiffres baissent sensiblement pour le deuxième mois consécutif. Cela indique probablement que les frappes ukrainiennes, notamment celles du "verrou logistique", restent très nombreuses et efficaces.

Ce mois de septembre 2026 a vu une baisse des pertes matérielles (16 032) mais une hausse des pertes humaines (45 770) par rapport au mois précédent, selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson. 

Selon Oryx, les Russes ont perdu 86 pièces d'équipement et les Ukrainiens 123. Un ratio et un volume somme toute habituels depuis maintenant plus d'un an, et qui ne favorise pas les Ukrainiens. Cela est inquiétant, mais l'opération Vivaldi a prouvé, une fois de plus, que les Ukrainiens restreignent volontairement (OPSEC) les informations qu'ils diffusent. Il est donc possible, et même probable, que les Ukrainiens se gardent bien de montrer toutes les pertes qu'ils infligent aux Russes.


Les 4 saisons

Comme dit en introduction, la principale nouvelle de ce mois-ci est l'opération Vivaldi. J'en parlais déjà dans le précédent bilan mensuel, où je posais la question de la fidélité des cartes de la "ligne de front." Cette question est d'autant plus d'actualité que Poutine a déclaré le 11 septembre que la Russie occupait la ville de Sviatohirsk (à l'ouest de Liman), alors que celle-ci se trouve à plus de 30 km de la ligne de front, et que Poutine a été démenti, de manière spectaculaire, par le commandant du 3e corps d'armée ukrainien marchant tranquillement dans cette ville censée être sous contrôle russe. C'est ce même commandant qui a baptisé l'opération Vivaldi, parlant de "4 saisons" pour évoquer l'avancée progressive de ses troupes, de fin mai à début septembre.

En terme de territoire libéré, l'opération est relativement modeste (de l'ordre de 400 km2, peut-être un peu plus). Cependant, elle est très importante pour plusieurs raisons:
  • tactiquement, cela élimine une avancée russe menaçant Liman d'encerclement. C'est bon de voir les Ukrainiens réussir à casser ces tentatives d'encerclement, alors qu'ils n'ont pas pu le faire à Adiivka et Pokrovsk, ce qui a contribué à la chute de ces villes
  • ensuite, l'OPSEC a été respectée à un point qu'encore aujourd'hui, des cartes comme DeepStateMap indiquent un contrôle territorial russe bien plus important que la réalité du terrain. Très peu a filtré depuis le début de l'opération (fin mai) et son officialisation mi-septembre. Cela prouve une fois de plus que les Ukrainiens ne montrent pas tous leurs succès et diffusent le minimum d'information
  • il semble que les Ukrainiens ont réussi à obtenir une forme de supériorité arienne en chassant l'unité de dronistes russes Rubicon. C'est du moins ce qu'affirme le journaliste/analyste Stefan Korshak. Si c'est vrai, cela signifie que les Ukrainiens ont su prendre un avantage décisf dans ce qui est l'arme la plus employée sur le champ de bataille: les drones.
  • la doctrine employée a été celle d'un usage massif, saturant, de drones  insolant les potions russes, suivi d'un assaut rapide à l'aide de blindés, ce qui permet d'avancer rapidement (comparé aux Russes) tout en limitant leurs pertes; ce type de tactique avait déjà été analysé par RUSI il y a environ un an, voir les Ukrainiens la maîtriser montrent qu'ils ont su s'adapter aux conditions de la "guerre des drones" et peuvent avancer plus efficacement et plus intelligemment que les Russes. Si les Ukrainiens peuvent répéter et massifier ce genre d'assauts, ils prendront l'initiative sur les Russes
Tout cela montre que les Ukrainiens sont, sur le plan militaire, bien mieux que ce que décrivent les grand journaux et même certains analystes OSINT.



Les campagnes aériennes

Les campagnes de frappes  à longue distance se sont poursuivi de part et d'autres. Les Ukrainiens ont continué à frapper les raffineries (notamment celle de Moscou) et dépôts pétroliers. Certains aussi loin que 3000 km de l'Ukraine. La campagne contre les entrepôts wildberries est terminée, faute de cibles disponibles. Ce sont autant de coups durs pour les Russes, mais pour le moment leur économie tient bon. Jusqu'à quand ?

De leur côté, les Russes lancent moins de shaheds à hélices, mais plus de drones à réaction, plus difficile à intercepter. Selon Zelenky, l'Ukraine a abattu un peu plus de la moitié de ces drones, ce qui veut dire que plus de 1200 drones (40 par jour en moyenne) sont passé entre les mailles de la défense anti-aérienne ukrainienne et ont fait des dégâts: les aciéries, les trains, les stations essences, et bien entendu, les cibles préférés des Russes: les hôpitaux et immeuble d'habitation.

Difficile de dire qui a l'avantage dans cette guerre de drones. Une seule chose est certaine: l'hiver qui vient sera brutal, pour les Russes comme pour les Ukrainiens.



Analyses précédentes

2023

2024

2025


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