Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de septembre 2024, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits fin juin, fin juillet, fin août, fin septembre, fin octobre, fin novembre, fin décembre 2023 ainsi que fin janvier, fin février, fin mars, fin avril, fin mai, fin juin, fin juillet et fin août 2024.
Ce mois-ci, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes. La situation reste très préoccupante vers Pokrovsk, Toretsk, Vuhledar (sur le point de tomber aux mains des Russes) et à l'est de Kupyansk. En ce qui concerne l'offensive ukrainienne dans la région de Kursk, les Russes ont contre-attaqué, et les Ukrainiens ont alors contre-contre-attaqué. La situation reste confuse et couverte par un épais brouillard de guerre, mais il semble que les Ukrainiens ont perdu un peu de terrain.
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Explosion du dépôt de munition de Toropets (18 septembre) |
EDIT: Pour tous les changements sur la ligne de front, je renvoie au très complet bilan mensuel du site Militaryland.net.
Pertes russes
Je
rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels
Ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: Artillerie, MLRS, DCA et
équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les chiffres mensuels
habituels ces derniers mois, ainsi que les moyennes pour la première
année (mars 2022 à février 2023) et la deuxième année (mars 2023 à
février 2024) puis les chiffres de mars
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avril > mai > juin > juillet > août > septembre 2024
- Artillerie
- moyenne 1ere année: 190/mois
- moyenne 2e année: 650/mois
- 980 (mars) > 961 (avril) > 1129 (mai) > 1393 (juin) > 1553 (juillet) > 1528 (août) > 1208 (septembre)
- MLRS
- moyenne 1ere année: 40/mois
- moyenne 2e année: 43/mois
- 23 (mars) > 30 (avril) > 35 (mai) > 22 (juin) > 21 (juillet) > 45 (août) > 28 (septembre)
- DCA
- moyenne 1ere année: 21/mois
- moyenne 2e année: 37/mois
- 53 (mars) > 36 (avril) > 36 (mai) > 58 (juin) > 34 (juillet) > 33 (août) > 23 (septembre)
- Équipements spéciaux
- moyenne 1ere année: 19/mois
- moyenne 2e année: 114/mois
- 228 (mars) > 148 (avril) > 187 (mai) > 284 (juin) > 249 (juillet) > 280 (août) > 336 (septembre)
Ces chiffres sont donc en baisse comparés à ceux du mois précédent, à part la catégorie "équipement spéciaux" qui elle bat tous les records. De manière générale, les pertes annoncées, bien qu'en légère baisse, restent toujours très élevés: 38 110 hommes et 4 377 pièces d'équipement perdues par les Russes selon le comptage mensuel fait par Ragnar Bjartur Gudmundsson.
Les campagnes de frappes aériennes ont continué, les événements les plus significatifs étant la destructions de trois grands dépôts de munitions russes: deux près de la ville de Toropets et un à Tikhoretsk. Selon les services de renseignement estoniens, ces munitions détruites représentent l'équivalent de ce que les Russes consomment en 3 mois de combat.
Temps mort
Malgré la fureur des combats (qui ne diminuent guère en intensité), septembre a encore été un de ces mois où il est difficile de se faire une idée de ce qui se passe, et on a l'étrange impression que, paradoxalement, il ne se passe rien de notable. Par exemple à Koursk, il semble que les Ukrainiens ne progressent plus, voire reculent, malgré l'envoie de nouveaux renforts. Est-ce parce qu'ils ont été vaincus ? Ou que le commandement ukrainien a changé ses plans ? Il en est de même pour les offensives Russes: ceux-ci attaquent partout, sans se soucier de leurs pertes, pour des gains au final assez dérisoires.
La progression russe est un peu plus rapide (par exemple en ce moment vers Vuhledar) sans qu'on en sache la raison. Est-ce parce que les Ukrainiens se replient plus ou moins volontairement ? Qu'ils sont à bout de souffle et à deux doigts de craquer ? Qu'il manque les armes et munitions qui avaient permis d'y repousser les Russes en 2022 et 2023 ? Pourtant, le soutien occidental est rétabli depuis plusieurs mois, du moins sur le papier.
La fatigue des deux armées explique peut-être pourquoi on a ce genre de situation, comme si deux boxeurs fatigués se donnaient des coups parfois puissants mais toujours mal ajustés.
Mais, si je devais deviner, je crois que chacun est en fait dans l'attente des résultats des élections américaines, qui plus que tout autre chose va décider du sort de l'Ukraine. Car, à un mois de l'élection, l'incertitude est toujours grande. Si Kamala Harris domine dans les sondages au niveau national, ce sont les grands électeurs qui décident de l'élection, et dans les swing states, les sondages donnent toujours Harris et Trump au coude à coude. Sans compter toutes les tricheries que Trump essaiera de mettre en oeuvre pour conquérir le pouvoir.
Bonjour, j'ai trouvé votre analyse très intéressante et je la trouve cohérente avec d'autres données indiquant que les pertes humaines en Russie diminuent également.
RépondreSupprimerCela se produit également en raison d'un changement de tactique des Russes, ils attaquent désormais les flancs et prennent les différentes colonies davantage en coupant les lignes logistiques qu'en s'affrontant frontalement (un exemple est Vuhledar).
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Un autre aspect que je trouve très inquiétant sont les effondrements soudains de plus en plus fréquents avec des avancées brusques de quelques kilomètres en un seul point (conquête brutale d'un village), qui se transforment ensuite en un petit effondrement du front environnant dans les semaines suivantes. Dans certains cas, la raison de l’effondrement est due à une rotation des troupes, où ceux qui contrôlaient le front emportaient avec eux tout l’équipement de guerre électronique et favorisaient donc effectivement l’activité des drones russes.
Dans le reste des cas, les avancées soudaines de la Russie pourraient être dues à un simple manque d’information au cours de la période précédente (il y a eu des combats intenses mais les unités impliquées n’ont pas publié leurs informations sur les réseaux sociaux). Soit un indice bien plus grave d'une dégradation de l'armée ukrainienne tant au niveau de la qualité des troupes (entraînement rapide, âge de plus en plus élevé des recrues) que de leur motivation (problèmes de recrutement, service actif permanent, rotations limitées, déconnexion parmi les civils absents). du front et les « perdants » combattant au front)
Qu'en penses-tu?
Merci
Bonjour,
Supprimermalheureusement, je n'ai pas de réponse à cette question. Du moins, pas de réponse qui s'appuie sur des données solides. Il est possible que les avancées russes soient le signe d'une dégradation des capacité militaires ukrainiennes. Comme il est possible que ce soit une stratégie de repli délibéré de l'Ukraine.
Mon sentiment est que les Russes donnent tout ce qu'ils peuvent jusqu'aux élections américaines, que les deux camps le savent, si bien qu'en 2025 les Russes seront beaucoup plus faibles et que les Ukrainiens pourront contre-attaquer (si Harris gagne l'élection et augmente son soutien militaire). Mais ce n'est qu'une intuition, qui peut très bien être fausse. Ce n'est pas une analyse reposant sur les sources OSINT.