vendredi 3 juillet 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de juin 2026

La ligne de front n'a quasiment pas bougé, et pourtant beaucoup de choses se sont passées au mois de juin 2026. Au point que de plus en plus de média parlent de "tournant" même si je ne partage pas vraiment cette opinion.

Carte des régions russes où il y a pénurie ou rationnement d'essence, au 30 juin (par Dronebomber)



Le traître Trump jette l'éponge

L'événement qui aura le plus d'influence sur le cours de la guerre ne s'est pas passé en Ukraine, ni en Russie, mais à Versailles. Les Américains et les Iraniens ont signé un "Memorandum of Understanding" qui, s'il est essentiellement un accord pour négocier un accord (voir l'analyse de Perun à ce sujet), a cependant des conséquences très importantes sur la guerre en Ukraine. 

Tout d'abord, les prix du pétrole baissent, revenant au niveau de février dernier. Donc les revenus de la Russie baissent. C'est extrêmement important car cela fragilise encore plus l'économie russe,  qui ne peut plus compter sur la bouffée d'air financière que lui avait procuré Trump quand il a déclenché sa guerre contre l'Iran fin février. Deuxième effet Kiss Cool: cela évitera une pénurie mondiale sur l'essence (du moins dans l'immédiat) avec toutes les conséquences économiques que ça aurait, notamment pour les pays qui soutiennent l'Ukraine.

Ensuite, même si Trump essaie de faire croire qu'il a "gagné" cette guerre, il est clair que ce sont les Iraniens (enfin, les Gardiens de la Révolution qui tiennent le pays) qui sont les grands vainqueurs. Comme le souligne le professeur Phillips P. O'Brien: "Les États-Unis ont souscrit à un accord qui les place dans une position stratégique bien pire que celle qu'ils occupaient le 27 février 2026 (la veille du début des bombardements). Il ne s'agit pas d'un retour au *status quo ante* : ils instaurent un *statu quo* entièrement nouveau — et bien plus défavorable (pour les États-Unis)."

L'Iran a gagné cette guerre. Contre un état nucléarisé, disposant de bien plus de ressources que lui, et sans pour autant marcher sur Washington. Il leur a suffit de faire en sorte que la guerre soit insupportable pour les USA et leurs alliés. Cet exemple invalide toute la rhétorique des Russes et de leurs collabos qui affirment, à tort, qu'une puissance nucléaire ne peut pas perdre une guerre. Même s'il en a peut-être caressé l'idée, et a publiquement menacé de le faire, Trump n'a pas osé employer l'arme nucléaire contre l'Iran et a préféré la défaite (qu'il présente comme une victoire avec la complicité des médias acquis à sa cause) à l'usage de la bombe H.

Alors certes, on ne peut pas formellement garantir que Poutine fera le même choix. Mais je pense que ce sera le cas:

  • car l'usage de la bombe H présente beaucoup d'inconvénients, et guère d'avantages, comme l'expliquait Michel Goya il y a maintenant près de 4 ans
  • car quel que soit le résultat objectif de la guerre, la propagande russe le présentera comme une grande victoire russe. Utiliser la bombe est probablement plus risqué pour Poutine que de ne pas l'utiliser
  • car après chaque "gros coup" des Ukrainiens (contre-offensives de 2022, attaques du pont de Kertch, opération spiderweb ou plus récemment les attaques aériennes contre Saint-Petersbourg et Moscou), la première réaction de Poutine est de se terrer dans un coin pendant des jours. Puis ses média s'empressent de broder sur le thème "Circulez, il n'y a rien à voir, ce qui vient de se passer ne change rien à nos plans". D'ailleurs, c'est très exactement ce qui se passe en ce moment, malgré les pénuries d'essence en Russie



Les frappes aériennes ukrainiennes déstabilisent la Russie

Le second fait marquant de ce mois de juin a été les très nombreuses attaques aériennes, avec toujours plus de drones.

Selon les autorités ukrainiennes, la Russie a lancé environ 5000 drones  et 200 missiles sur l'Ukraine au mois de juin. Un chiffre impressionnant, mais en forte baisse comparé à celui du mois dernier (8000 drones). En fait, les Russes sont retombés au niveau des mois de janvier-février 2026, tandis que les Ukrainiens battent des records (selon les chiffres russes, qui annoncent 10 000 drones ukrainiens "interceptés" ce mois-ci). Et si les bombardements russes ont fait parlé d'eux, c'est pour l'attaque contre la cathédrale de la la Dormition à Kyiv. Une attaque barbare, sans aucun but militaire, mais qui s'attaque au patrimoine culturel ukrainien. Et les pro-poutine prétendent que Poutine défend les Chrétiens, quels imbéciles.

A  l'inverse des Russes qui ont escaladés dans l'horreur, les Ukrainiens ont escaladé par leurs nouvelles capacités à frapper encore mieux sur les arrières russes. Ce furent d'abord, début juin, une série d'attaque contre les environs de Saint Peterbourg, détruisant la raffinerie et les dépôts pétroliers des ports pétroliers de la mer Baltique.

Au delà des dégats matériels, ces frappes ont aussi eu un effet symbolique très fort. Ils ont ruiné le "davos russe" de Poutine, les invités internationaux ont pu faire leurs photos avec en arrière plan la fumée noire des dépôts en feu. Les Ukrainiens ont attaqué Kronstadt, la base historique de la flotte russe, et y ont détruit un navire de guerre en cale sèche. Ils ont ensuite attaqué Moscou à plusieurs reprises, en détruisant la raffinerie de Moscou, démontrant ainsi l'inefficacité de la défense aérienne russe.

Et ce ne sont pas que les raffineries de Moscou et Saint Petersbourg qui ont été attaquées. Le "bingo des raffineries russes" est de plus en plus chargé, avec de très nombreuses raffineries russes endommagées ou mises hors service.

40 % des capacités de raffinage russe sont HS (infographie yrouille)

Ces attaques sur les raffineries ont produit un résultat très visible: les files d'attente interminables aux stations-essence. La montée des prix à la pompe. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des pénuries d'essence en Russie, mais c'est la plus grosse depuis très, très longtemps. Quand on voit les Russes manquant d'essence alors que la propagande russe dit depuis des années que c'est l'Europe qui sera à court d’énergie, c'est un renversement assez humiliant pour la Russie. Et au delà de l'humiliation, il faut noter que le manque d'essence paralyse toute l'économie russe. Agriculture, transports, tout devient plus difficile en Russie dès lors que l'essence vient à manquer. Les habitants de la Crimée en savent quelque chose.

En effet, les Ukrainiens frappent bien plus que les seules raffineries: usines d'armement, équipement de communication avec les satellites, chaines d'approvisionnement et surtout ponts, camions-citernes et bateaux qui peuvent servir à ravitailler la Crimée. Comme je l'ai expliqué, c'est une stratégie de long date des Ukrainiens qui visent à faire de la Crimée un gros caillou dans la chaussure de Poutine. Et il n'y a pas que la Crimée qui est la cible de ce "verouillage logistique": tous les territoires occupés le sont. Je conseille d'ailleurs les articles de Donald Hill:



L'Ukraine reprend confiance

L'idée que c'est maintenant la Russie qui est en train de perdre la guerre est de plus en plus présente dans les grands média (alors que, jusqu'à peu, ceux-ci disaient majoritairement que c'était l'Ukraine qui perdait). Certains analystes, comme Mike Ryan, donnent des arguments convaincants (voir son analyse en deux parties) et je suis plutôt d'accord avec lui: l'Ukraine a, en ce moment, l'avantage, mais la Russie peut encore réagir et la guerre n'est pas encore gagné pour l'Ukraine.

En revanche, c'est jouissif de constater à quel point tous les pro-russes plus ou moins assumés (Olivier Kempf, Delwin, etc) s'empressent d'expliquer que c'est toujours la Russie qui gagne, que les attaques aériennes  ukrainiennes n'ont guère d'effet, que la Crimée n'est pas isolée, que Kostentinivka va bientôt tomber, etc. On dirait du Peskov. S'ils ont besoin de se "rassurer", ce n'est pas sans raison: le narratif russe a besoin de maintenir l'illusion d'une Russie qui "finira forcément par gagner".  Or, plus le temps passe, plus les choses semblent compliquées pour Poutine et ses sbires. Les Ukrainiens l'ont bien compris, et en particulier Zelensky. Le président ukrainien est bien conscient de l'évolution du rapport de force, et cela se traduit dans sa communication vis-à-vis de Poutine et Loukachenko.

Il y a eu tout d'abord la lettre ouverte à Poutine, le 4 juin. Un petit bijou savamment écrit pour à la fois dire la vérité, jouer sur les insécurités de Poutine et le menacer à demi-mots, tout en étant formellement une offre de paix censée satisfaire les "pacifistes" et autres idiots utiles qui, à l'Ouest, pensent encore qu'on peut négocier avec Poutine sans l'avoir d'abord vaincu militairement. Comme l'a justement fait remarquer Phillips O'Brien: "La lettre n'a pas été envoyée pour négocier, mais pour humilier. C'était une démonstration de force. Zelensky signifiait par là que les Ukrainiens sont capables de mener eux-mêmes les négociations sans dépendre des États-Unis et que, de surcroît, leurs armes et leur stratégie leur permettent de ravir l'initiative aux Russes." 

Puis, le 23 juin, l'ultimatum à Loukachenko. Depuis des mois, l'Ukraine et l'opposition biélorusse envisageait l'hypothèse que la Biélorussie lance une attaque contre l'Ukraine. Certains analystes avaient eux aussi envisagé ce scénario, qui était jugé peu probable. Néanmoins, l'Ukraine notait que la Biélorussie aidait les Russes à lancer leurs attaques de drones contre l'Ukraine. D'où l'ultimatum de Zelensky: "désactivez ces tours de guidages, ou nous le ferons nous-même". Quelques jours plus tard, Loukachenko a cédé. A noter que l'ultimatum était une réponse à des "excuses" exprimées par Loukachenko, qui visiblement craint Zelensky. Il faut dire que l'Ukraine a maintenant une armée bien plus importante que celle de la Biélorussie, et que Loukachenko a peut-être des doutes sur la loyauté de ses troupes. Est-ce que les Ukrainiens ont les moyens de "prendre Minsk en 3 jours" ? Je n'en sais rien. En revanche, je sais que Loukachenko n'a visiblement pas envie de tenter l'expérience. 



Pertes russes et ukrainiennes

Pour finir, je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars, avril et mai 2026.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • moyenne 4e année 1150/mois
    • 1447 (mars), 1837 (avril), 2040 (mai), 2053 (juin)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • moyenne 4e année: 27/mois
    • 48 (mars), 47 (avril), 63 (mai), 83 (juin)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • moyenne 4e année: 18/mois
    • 33 (mars), 18 (avril), 43 (mai), 56 (juin)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • moyenne 4e année: 26/mois
    • 30 (mars), 43 (avril), 86 (mai), 143 (juin)
Ces chiffres sont en forte hausse par rapport au mois de mai. Le record du mois dernier pour l'artillerie a été légèrement battu, et les trois autres catégories sont en hausse également. Cela reflète l'accroissement des frappes ukrainiennes à courte et moyenne portée, le fameux "verrou logistique".

 Ce mois de juin 2026 est, une fois de plus le mois record pour les pertes matérielles  (15 792), on en est donc à 4 mois de hausses consécutives et de records à chaque fois battus. Le mois de juin a vu aussi une forte hausse des pertes humaines (39 490) par rapport au mois précédent, selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

En ce qui concerne les pertes matérielles visuellement confirmées, Oryx, a enregistré 147 pertes russes et 232 pertes ukrainiennes. Je renvoie à mes analyses précédentes sur l'évolution de ce ratio et les raisons pour lesquelles si peu de pertes russes sont confirmées.



Conclusion

Le mois de juin 2026 a été un très bon mois pour l'Ukraine. Et très mauvais pour la Russie, ce que cherchent à cacher (ou du moins à minimiser) tous les propagandistes russes plus ou moins avoués. Comme je l'ai dit en introduction, les média occidentaux parlent ouvertement de "tournant" mais je ne partage pas cette opinion pour deux raisons.

Tout d'abord, parce que l'Ukraine n'a jamais été aussi mal que ce qu'en disaient les média, et que la stratégie qui apparaît aujourd'hui comme "gagnante" a été mise en place il y a déjà des mois, voire des années. C'est plus un changement progressif, une montée en puissance de l'Ukraine lente mais que les Russes ont maintenant bien du mal à contenir.

Ensuite, parce que les Russes ont des problèmes sérieux, mais ils peuvent (ou non) les résoudre d'ici quelques semaines à quelques mois. Et même s'ils n'arrivent pas à résoudre leurs problèmes, il est à craindre qu'ils chercheront à créer le même genre de problèmes en Ukraine. La guerre est encore loin d'être finie, et le vainqueur pas encore déterminé. Il nous faut donc intensifier notre soutien à l'Ukraine, jusqu'à la victoire,  plutôt que de déblatérer sur un prétendu "tournant" dès que les choses s'améliorent pour les Ukrainiens.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

dimanche 21 juin 2026

L'efficacité de la défense anti-aérienne russe

Il y a un mois, le site internet La Vigie, dirigé par Olivier Kempf, a publié une analyse sur l’attaque ukrainienne aérienne du 16-17 mai 2026, attaque qui avait attiré l'attention car les Russes avaient déclaré avoir abattus ce jour-là plus de 1000 drones ukrainiens, ce qui constituait donc la plus grande attaque aérienne ukrainienne (du moins si on croit les chiffres russes, qui sont notoirement peu fiables). L'auteur de cette analyse est "O. Dujardin" (Olivier Dujardin, qui se présente ainsi: Spécialiste des capteurs [...] et chercheur associé au CF2R).

Cette analyse est plutôt solide (bien qu'un peu trop verbeuse à mon goût) et repose en grande partie sur des éléments factuels, mais il y a deux passages qui méritent une bonne critique. Et surtout, ses conclusions ont été démenties un mois plus tard, et de façon spectaculaire, par l'attaque du 18 juin contre la raffinerie de Moscou.

Après la pelle, voici la fameuse coupole volante du 18 juin



L’asymétrie entre les vidéos/photos des bombardements russes et ukrainiens

O. Dujardin constate, comme tout le monde, qu'il existe de nombreuses photos/vidéos montrant les succès des frappes ukrainiennes en Russie, et que parallèlement, on voit aussi  de nombreuses photos/vidéos montrant les drones et missiles russes frappant les cibles civiles ukrainiennes. 

Tant la Russie que l'Ukraine ont des lois réprimant la diffusion d'image des frappes adverses mais, selon O. Dujardin, en Russie "cette loi est massivement ignorée" tandis qu'en Ukraine, "cette répression est appliquée avec constance". Il ne donne aucune source justifiant ces deux affirmations. Or, il existe des contre-exemples à ce qu'il dit. Ainsi, le célèbre Z blogueur russe Maxim Kalachnikov a été arrêté pour suspicion d’assistance aux frappes de drones ukrainiennes contre la raffinerie de pétrole de Moscou le 16 juin. Inversement, il existe de nombreuses photos/images de frappes russes diffusés par les Ukrainiens sur les media sociaux. Contrairement à O. Dujardin, je ne me prononcerai pas sur qui, de l'Ukraine ou de la Russie, dissimule le plus efficacement les frappes de l'adversaire. En revanche, je constate que, dans l'article d'O. Dujardin, sur les 7 à 8 cibles qu'il considère comme confirmées, seules 1 ou 2 l'ont été par des vidéos "tournées par les Russes", la plupart étant confirmée par des données issues d'images satellites FIRMS ou par des vidéos fournies par les Ukrainiens. 

De fait, jamais l'auteur n'envisage l'hypothèse la plus simple (et très probablement la plus juste) pour expliquer cette différence: à savoir que les Russes ciblent délibérément les hôpitaux, immeubles d'habitations et autres cibles civiles, dans une stratégie de bombardements de terreur (vouée à l'échec, mais là n'est pas la question). Tandis que l'Ukraine, pour des raisons à la fois pratiques (il y a un plus grand nombre de cibles légitimes en Russie, et la production ukrainienne de drones/missile à longue distance était jusqu'à peu inférieure à la production russe) et politiques (l'Ukraine a tout intérêt à ne pas commettre de crimes de guerre pour ne pas perdre ses soutiens internationaux), vise essentiellement des cibles légitimes. 

Une telle omission interroge sur les intentions de l'auteur. De plus, il se trompe quand il affirme que: "les images satellites prises sur l’Ukraine sont indisponibles en Occident, mais sont assez largement diffusées sur la Russie". En effet, les "OSINTers" occidentaux utilisent très souvent des images satellites de l'Ukraine (@Clément molin pour ne citer qu'un exemple). Autre exemple: CovertCabal et jompy ont obtenu les images satellites des dépôts militaires ukrainiens pour leur travail de comptage, tout comme ils le font pour les dépôts militaires russes.

Le but d'O. Dujardin est-il donc d'éclairer son lecteur ? Ou de faire passer en douce la propagande russe qui veut qu'ils envoient leurs drones et missiles "uniquement sur des cibles militaires" alors que les données disponibles montrent que ces frappes touchent très majoritairement des cibles civiles? Si son but était de rappeler qu'il y a aussi des cibles militaires touchées en Ukraine, l'auteur aurait pu faire valoir un argument bien plus valide (et qui ne donne pas cette désagréable impression de minimiser les frappes russes sur les civils ukrainiens), à savoir que la communauté OSINT est très majoritairement pro-ukrainienne, et que ceux-ci ont peut-être plus envie de s'intéresser aux dégâts causés par les frappes ukrainiennes que ceux causés par les frappes russes. 



"Si l’on tient les chiffres russes pour exacts, ..."

C'est surtout dans la conclusion que ça devient du grand n'importe quoi:

"Si l’on tient les chiffres russes pour exacts, on aboutit à un taux d’interception proche de 99 %, avec 1 054 vecteurs abattus. Même en retenant uniquement la déclaration de 556 drones détruits dans la seule nuit du 16 au 17 mai, le taux d’interception resterait supérieur à 98 %. [...] dans tous les cas, il faut reconnaître que la défense anti-aérienne russe apparaît redoutablement efficace, même si cette efficacité repose sur un très grand nombre de systèmes de défense de tous types. On est alors très loin de l’image d’une défense anti-aérienne russe défaillante, telle qu’elle est parfois présentée dans certains médias."

C'est sur que si on tient "les chiffres russes pour exacts", on peut arriver à n'importe quelle conclusion, y compris la plus absurde. En fait, et comme O. Dujardin le précisait dans son analyse, on ne sait pas combien l'Ukraine a tiré de missiles/drones, et on ne sait pas combien ont atteint leur cible. Au minimum les 7 ou 8 confirmées visuellement, mais il peut y en avoir bien plus qui ne sont pas documentées. De fait, l'armée Ukrainienne dit avoir touché 46 cibles, certaines pouvant l'avoir été par plusieurs missiles/drones.

On pourrait donc comparer le nombre de cibles visuellement confirmées comme touchées (7 ou 8) et le nombre de cibles revendiquées par les ukrainiens ce jour-là (46), pour établir un taux de confirmation, qui est une information qui fait du sens. On peut aussi considérer les chiffres ukrainiens, qui donnent un taux d'interception chaque jour (nombre tirés/abattus pour les drones et chaque type de missiles). Ca reste du déclaratif, mais au moins c'est un taux d'interception. 

Mais diviser le nombre de cibles confirmées par le nombre de vecteurs que les Russes disent avoir abattus, c'est juste quelque chose qui ne fait aucun sens en soi. Alors certes, O. Dujardin en est un peu conscient, et ne prend les déclarations russes que comme une limite supérieure au nombre de drones/missiles envoyés par l'Ukraine. Ce qui ferait du taux qu'il calcule (1 à 2%) le taux minimal de réussite ukrainien. Ce qui est une non-information. Et comme je l'ai dit plus haut, le taux réel n'est tout simplement pas calculable avec les chiffres que donne O. Dujardin. Pour information, Xavier Tytelman rapporte, dans une de ses vidéos (à 4:25), que 60% des drones envoyés par l'Ukraine sont interceptés, et que 30% passent (il manque 10% dans ses calculs). 

Mais O. Dujardin fantasme sur une défense russe "redoutablement efficace". Les images de drones survolant Moscou et Saint-Petersbourg, les raffineries qui flambent les unes après les autres plaident au contraire pour une défense défaillante. Une chose est sûre: plus le temps passe, plus la défense aérienne russe a du mal à arrêter les drones et missiles ukrainiens. Je renvoie à l'analyse par Donald Hill des défenses anti-aériennes russes.

Surtout que O. Dujardin poursuit sur sa lancée, à croire que le "si" du départ n'était qu'une précaution oratoire et que O. Dujardin y croit vraiment: "Se pose alors la question de la survivabilité de ces vecteurs, notamment de leur détectabilité. Bien qu’il s’agisse de plateformes relativement peu coûteuses, il n’est pas certain qu’un taux de réussite limité à 2 % soit économiquement rentable ni durablement soutenable. Bien entendu, cela doit être mis en perspective avec le coût supporté par le défenseur. Il est probable que celui-ci demeure supérieur, mais avec seulement 2 % de réussite, l’écart de « rentabilité » n’est plus aussi écrasant." Mais tout cela repose sur une prémisse fausse, l'attaque du 18 juin qui a détruit la raffinerie de Moscou l'ayant montré de manière spectaculaire.



L'attaque du 18 juin

Cette attaque ayant eu lieu de jour, à Moscou, avec beaucoup de témoins, on a donc eu de nombreuses vidéos disponibles. Et que voit-on sur ces vidéos ?


Tout cela montre une défense antiaérienne russe inefficace et désorganisée, provoquant presque plus de dégâts que les drones eux-même. Le nombre de drones ayant participé à ces attaques est difficile à estimer d'après les vidéo, car un même drone peut être filmé plusieurs fois, et inversement on n'a aucune garantie que tous les drones ont bien été filmés. Je dirais qu'il y avait au moins une dizaine de drones, peut-être même plus. Mais les vidéo ne montrent pas des centaines de drones presque tous interceptés (comme le chiffre de 98% avancé par O. Dujardin l'impliquerait) juste un nombre assez réduit de drones volant lentement dans le ciel moscovite, alors que la défense anti-aérienne vise souvent à côté et qui atteignent donc leur cible pour une bonne partie d'entre eux.

Alors certes, on pourrait imaginer que ces drones que l'on voit ne sont que les quelques rescapés d'un barrage anti-aérien qui aurait éliminé 90% de ces drones avant même qu'ils s'approchent de Moscou. Mais on sait que Moscou est, de loin, la région la mieux dotée en systèmes de défense anti-aériens. Si même là, la défense anti-aérienne de Moscou se montre incapable d'arrêter les drones, comment croire que ça pourrait être mieux ailleurs ? 

Emplacement des systèmes de défense anti-aériens à Moscou



Un article de Meduza récemment publié constate et tente d'expliquer cette inefficacité des défenses antiaériennes russes. En particulier, on note que sur les vidéos diffusées, tous les drones abattus l'ont été par des missiles, pas par des mitrailleuses (que l'on entend pourtant) ni par des drones intercepteurs (aucun n’apparaît dans les vidéo). Ce qui pose la question du coût de cette défense anti-aérienne, en plus de sa relative inefficacité. Il semble donc que, comme les Pays de l'OTAN, les défenses anti-aérienne russes sont constitués de systèmes chers et inadaptés aux vagues de drones à bas coûts. Autrement dit: les Russes ont utilisé contre l'Ukraine une arme dont ils ne possédaient pas la parade, et se trouvent fort dépourvus quand les Ukrainiens copient leurs drones et les attaquent en retour.


vendredi 12 juin 2026

Crimée, châtiments

De tous les territoires ukrainiens occupés par les Russes, la Crimée a une place à part. C'est le premier territoire attaqué et envahi par la Russie. Le premier à être annexé illégalement par la Russie, et ce dès 2014 (annexion non reconnue à l'international, même par des alliés de la Russie).  C'est aussi le territoire qui n'avait voté qu'à une faible majorité pour l'indépendance ukrainienne en 1991. Et si on remonte plus loin dans le temps, Staline a déporté les tatars originaires de la Crimée, remplacés par des Russes ethniques ce qui explique pourquoi ceux-ci sont si nombreux en Crimée comparé au reste de l'Ukraine. C'est un territoire touristique important pour les Russes (on dit souvent que c'est leur équivalent de la côte d'azur) et Sébastopol est ce fameux "port dans une mer chaude" tant désiré par les Tsars russes au XIXe siècle. 

Après l'annexion illégale de 2014, Poutine a fait construire le pont de Kertch pour la relier physiquement au territoire russe. Il a aussi accordé le statut de "métropole" à Sébastopol, un statut qui n'existe que pour deux autres villes: Moscou et Saint-Petersbourg. Tout cela souligne l'importance politique de la Crimée aux yeux de Poutine. La Crimée est aussi importante militairement. Dans cette guerre à grande échelle, elle sert de base logistique et c'est également de Crimée que sont parties les troupes russes ayant eu le plus de succès, prenant rapidement Kherson et poussant même jusqu'à Mikholaiv, avant d'être repoussés sur la rive sud du Dnipro à l'automne 2022. Avec sa position centrale sur la Mer Noire, la Crimée semblait être un atout pour Poutine dans sa guerre contre l'Ukraine.

Et pourtant, c'est loin d'être le cas. C'est même, pour des raisons que nous allons voir, une de ses principales faiblesses.

Explosions sur la base aérienne de Saki, août 2022, vue de la plage (c)AFP



Géographie et démographie

La Crimée est une péninsule relativement grande (27 000 km2, soit la taille de la Bretagne), habitée par 2,4 millions d'habitants, les deux-tiers étant ethniquement russes. Il faut d'ailleurs noter que la population a légèrement augmenté depuis 2014, le régime de Poutine encourageant les Russes ethniques à s'établir dans la région dans une forme de nouvelle colonisation. 

C'est une région plate (avec quelques montagnes sur la côte sud) et dont le climat est comparable à celui de la Méditerranée. Ce qui signifie que la Crimée n'est alimentée par aucun cours d'eau externe, ce qui, combiné au climat assez chaud, peut engendrer de graves sécheresses. C'est pourquoi l'URSS avait construit un canal détournant une partie de l'eau du Dniepro pour alimenter la péninsule. Or ce canal partait de la retenue d'eau du barrage de Nova Kakhovka, que les Russes ont fait sauté en juin 2023, rendant le canal inopérant. Si la Crimée a suffisamment d'eau pour ses habitants, en revanche, pour l'agriculture, c'est plus problématique. La production agricole est en déclin et la région est loin d'être auto-suffisante pour la nourriture.

La région est quasiment une île, seul un étroit isthme de 4km de large (et une poignées de ponts routiers et ferroviaires) la reliant au continent. Trois routes majeures seulement permettent la circulation routière, dont deux passant par des ponts. Géographiquement, c'est donc un territoire qui n'a qu'un nombre très restreints de points d'accès et qui doit importer une grande partie de sa nourriture et la totalité de son carburant

La Crimée est aussi une région touristique, ce qui fait que son économie dépend fortement de l'afflux de touristes venus de Russie, les autres nationalités désertant la Crimée comme destination de vacances depuis 2022, ce qui avait déjà porté un coup à l'économie de la région.

Par sa géographie, sa démographie et son économie, la Crimée est donc une région politiquement très importante pour Vladimir Poutine mais isolée et très dépendante du reste de la Russie pour tout: nourriture, essence, finances, etc. La combinaison idéale pour essayer de la "prendre en otage" en mettant en oeuvre une campagne militaire visant à affaiblir les défenses et isoler cette région.



La bataille de la Mer Noire

Souvenons-nous, au tout début de la guerre, la question n'était pas de savoir si la Mer Noire allait être disputée (l'Ukraine n'ayant aucun navire de guerre opérationnel), c'était de savoir si les Russes allaient débarquer à Odessa, après avoir pris possession de "L'île aux serpents". Deux mois plus tard, le navire amiral Moskva était coulé par les Ukrainiens grâce à leurs missiles Neptune. En juin 2022, les Russes étaient chassés de l’île aux serpents, après y avoir des pertes assez importantes pour une si petite île. Les Russes n'osaient plus s'aventurer dans l'ouest de la Mer Noire.

Six mois plus tard, les drones maritimes ukrainiens commencèrent à harceler les navires russes, pénétrant même dans le port de Sébastopol. En plus des attaques par drones maritimes, l'Ukraine a aussi pris d'assaut des plateformes pétrolières à l'ouest de la Crimée, qui servaient notamment aux Russes pour y installer des radars. Et surtout, à l'automne 2023, ils ont pu, grâce à des missiles SCALP-EG, pulvériser le QG de la flotte de la Mer Noire, transformant son commandant (Viktor Sokolov) en fantôme. Littéralement: ce criminel de guerre, que les Ukrainiens affirment avoir tué tandis que les Russes disent toujours en vie, n'a plus jamais été vu depuis cette date, et a été remplacé en avril 2024. 

Grâce à ces missiles, ils ont aussi pu détruire un sous-marin et plusieurs navires à quai ou en cale sèche. Si bien que la Russie a alors retiré ses navires les plus importants de Sébastopol pour les mettre à l'abri à Novorossysk, et ne laissant opérer ces navires que très loin des côtes ukrainienne. Et même ces mesures se révélèrent insuffisantes face aux progrès des Ukrainiens.

La flotte de la Mer Noire, enfin ce qu'il en reste 

J'avoue que je me suis demandé, il y a 2 ans, pourquoi les Ukrainiens mettaient tant d'efforts à développer leurs drones maritimes alors qu'ils avaient déjà neutralisé la flotte de la Mer Noire et sécurisé un corridor pour exporter leur blé. Depuis, j'ai compris leur stratégie, et elle est brillante. Car en développant leurs capacités maritimes, avec toute une variété de drones comme ceux capables de lancer des drones FPV, des missiles anti-aériens ou encore les drones sous-marins, ils se sont donnés les moyens pour frapper au delà de la Crimée, pourchassant la flotte russe jusqu'à son port-refuge de Novorossysk et permettant d'établi informellement un "siège de la Crimée". 

Ainsi, l'Ukraine a particulièrement visé les "navires de débarquements" (en fait des cargos militaires) qui peuvent servir à la logistique. D'après la page wikipedia, en 2021 la flotte de la Mer Noire comptait 68 navires militaires, dont 13 navires de débarquement. Sur ces 68 navires, Wikipédia considère que 15 de ces navires ont été coulés ou définitivement mis hors-service, soit 22%. Mais parmi les navires de débarquement, ce sont 9 sur 13, soit 70%, qui ont été mis hors service. Je pense que ce n'est pas un hasard: ils ont visés spécifiquement ces navires, leur accordant la priorité par rapport à d'autres comme les corvettes et frégates lance-missiles. NB: il est possible (et même probable) que Wikipedia ne liste pas toutes les pertes russes. Les Ukrainiens ont aussi gravement endommagé le seul navire de renseignements (Le Ivan Kurs) construit après la fin de la guerre froide.

Une autre opération que l'on oublie parfois est l'assaut (ou plutôt les assauts) des forces spéciales ukrainiennes sur les plateformes gazières à l'ouest de la Crimée. Ces assauts, parfois critiqués comme inutiles et/ou coûteux en hommes, ont permis à l'Ukraine de prendre le contrôle, ou du moins de neutraliser ces structures sur lesquelles les Russes avaient posé des radars. 

Cette campagne contre la flotte de la Mer Noire a fait bien plus que protéger Odessa: il y a eu un effort systématique pour les aveugler et détruire les navires militaires pouvant aider la logistique. L'importance de cette bataille est souvent passée sous les radars médiatiques car, contrairement aux batailles terrestres, il n'y a pas de "lignes qui bougent sur les cartes". C'est plus difficile à visualiser, une domination des drones sur la mer noire. Mais d'autant plus efficace militairement. 



La vulnérabilité de la Crimée face aux attaques aériennes

Cette campagne maritime a en effet accentué la vulnérabilité de la Crimée face aux attaques aériennes. 

Le 10 août 2022, de fortes explosions retentissent sur la base aérienne de Saki, surprenant les touristes qui se baignaient non loin de là (cf photo d'illustration en début de ce billet). Ce jour là, les Ukrainiens ont lancé des missiles, détruisant ou endommageant au sol 10 avions, et faisant de la Crimée une zone de guerre. Et cette attaque n'était que la première d'une très longue série.

Depuis 2022, les Ukrainiens ont attaqué les cibles militaires russes à de très nombreuses reprises, ciblant en particulier les moyens de défenses anti-aérienne en plus des avions et bateaux encore présents en Crimée. Ces attaques sont d'autant plus réussies qu'il s'agit d'une campagne méticuleuse. Ces succès sont dus à de nombreux facteurs, mais l'un des principaux facteur est la vulnérabilité face aux attaques aériennes.




lignes de défenses anti-aériennes (c) Donald Hill

Cette vulnérabilité vient d'abord de sa géographie: elle est entourée d'eau. Le fait que les Russes ne peuvent pas détecter ce qui vient de la mer, et/ou que des drones maritimes peuvent s'approcher des côtes et lancer des drones FPV capables de frapper à 5-10 km des côtes pour chasser les radars et SAM russes est un gros problème pour leur défense anti-aérienne, et les Ukrainiens en profitent pleinement. En fait, c'est comme si la côte ouest était une "ligne de front", et qu'il faut donc calculer la distance à jusqu'où les drones peuvent passer par rapport à la distance à la côté (du moins sur la partie ouest et sud de la Crimée). Quand à la partie au nord de la Crimée (Oblast de Kherson), c'est suffisamment proche de la ligne de front pour que les Ukrainiens puissent détruire à coup de HIMARs ou de drones à moyenne portée toute cible russe "intéressante". Comme le montre la carte ci-dessus, le fait que les drones Bayraktar opèrent de nouveau près de Kherson signifie que les Russes n'ont plus de défense aérienne efficace dans le secteur. Du point de vue de la guerre aérienne, la Crimée est assiégée, et sans profondeur pour voir venir (et intercepter) les drones et missiles ukrainiens.

Ce problème est d'autant plus grave pour les Russes que la Crimée est justement un des territoires que les Occidentaux peuvent le mieux surveiller avec leurs AWACS et drones Reapers MQ-9 qui patrouillent au dessus de la Mer Noire. Bien entendu, on ne sait pas s'ils partagent ces renseignements avec les Ukrainiens, mais c'est dans le domaine du possible. Voire même du probable. Et quand les Russes ont essayé de faire de même, ils ont perdu coup sur coup deux de leurs avions-radars A-50U début 2024. Depuis, ils ne risquent plus les rares exemplaires qui leur restent.

C'est pourquoi les Ukrainiens publient régulièrement des vidéos montrant des destructions des de systèmes anti-aériens russes en Crimée. C'est même de plus en plus fréquent ces derniers mois.  Ce qui accroît la vulnérabilité de la presqu'île (et de la Russie) face aux drones Ukrainiens. Car une fois que les Ukrainiens ont détruit ou du moins neutralisé la défense aérienne russe, ils peuvent détruire les lignes logistiques menant à la Crimée. Et c'est ce qu'il font, depuis maintenant près de 4 ans.



Attaques sur le pont de Kertch

En théorie, le ravitaillement de la Crimée ne devrait pas poser de problème. En effet, les Russes avaient construit, de 2016 à 2019, le "Pont de Crimée" reliant la Crimée à la Russie. Long de 18 km, ce pont est à la fois un pont autoroutier (2x2 voies) et un pont ferroviaire (2 voies), largement suffisant pour faire transiter toutes les marchandises dont la Crimée (et surtout l'armée russe en Crimée) a besoin. Et ce pont est hors de portée des Ukrainiens. Du moins c'est ce que les Russes pensaient.

Le 8 octobre 2022, les Ukrainiens réussissent un coup de maître. Ils font exploser un camion bourré d'explosif à proximité d'un train (transportant de l'essence) qui était arrêté sur le pont à ce moment-là. Résultat: une partie du tablier du pont autoroutier saute, et le train s'enflamme et brûle pendant des heures. Les Russes assurent que tout va bien, et rouvrent le pont à la circulation pour quelques photos de propagande. Mais en faisant bien attention de rouler très lentement, et avec une charge bien moindre que ce qui circulait habituellement. De fait, la structure du pont ferroviaire a probablement eu du mal à supporter l'incendie. Les métaux s'échauffent, perdent de leur rigidité, et les déformations fragilisent la structure de manière permanente. Et ce ne sont pas les réparations Potemkine, faites à la va-vite pour donner l'illusion de la normalité, qui vont résoudre les problèmes de structure.

En 2025, les Ukrainiens réussissent une fois de plus une attaque contre le pont de Crimée, en faisant sauter 1 tonne de TNT (selon les chiffres donnés par les Ukrainiens) à la base d'un des piliers du pont. Les dégâts ne sont peut-être pas spectaculaire, visuellement parlant, mais ils sont structurels et difficile à réparer. Depuis, le trafic autoroutier est interdit aux véhicules de plus de 1,5 tonne. De plus, le pont ferroviaire est toujours restreint, du moins pour les trains transportant des matières inflammables (les Russes n'ont pas envie de donner aux ukrainiens une possibilité de réitérer leur exploit de 2022)

Comme le souligne Perun, les Ukrainiens sont sans doute satisfaits de la situation actuelle. Certes,le pont de Kertch est toujours debout, mais il ne sert plus guère à la logistique, et immobilise des moyens de défense anti-aérienne qui seraient bien utiles ailleurs.

Cependant, le pont n'était pas le seul moyen de passer le détroit de Kertch. Il y avait aussi quatre ferries ferroviaires, pouvant transporter entre 30 et 45 wagons à chaque trajet. C'étaient un moyen bien plus lent que le pont, mais ils permettait néanmoins d'amener des wagons directement sur les ferry et donc d'avoir une liaison ferroviaire à cet endroit. Logiquement, les Ukrainiens ont coulé ces 4 ferries:

  • Le Novocherkassk a été détruit fin décembre 2023 dans le port de Feodossia.
  • Le Conro Trader et l’Avanguard on été détruits par des frappes de missiles, fin mai 2024
  • Le Slavyanin a été détruit en avril 2026
La destruction de ces ferries, ainsi que ne nombreuses autres frappes sur les installations portuaires de Crimée, a pratiquement coupé la possibilité de ravitailler la Crimée par le détroit de Kertch. Reste le "pont terrestre" comme seule artère viable.



Le verrouillage logistique

Le "pont terrestre" est large (les Russes contrôlent une bande de terre de 100 km de large) et les Ukrainiens ont échoué, en 2023, quand ils ont essayé de progresser dans cette direction. Une ligne de chemin de fer et une autoroute (la M14), que les Russes ont d'ailleurs entrepris de doubler, suffisent à faire transiter toute la logistique. Du moins, c'était le cas jusqu'en 2025.

Depuis plus d'un an, les Ukrainiens visent, avec un succès, les trains passant sur l'unique ligne de chemin de fer passant par ce "pont terrestre". Quelques exemples:

Ces trains sont gros, lents, et ne peuvent passer que par un seul chemin. Une fois repérés, un simple drone suffit à les transformer en brasier. Vu l'accroissement du nombre de drones et leur portée, il est de plus en plus difficile, pour les Russes, de risquer de transporter le pétrole et autre matières inflammable par cette ligne de chemin de fer, qui est donc en grande partie bloquée.

Restaient alors le transport par camions, plus petits, plus nombreux mais économiquement moins efficaces que les trains.

Or, depuis quelques mois, les Ukrainiens ont très fortement augmenté le nombre de leurs frappes sur la logistique russe, avec des nouveau drones "à moyenne portée" (en gros de 20 à 200 km). Ces drones semblent dirigés (ou du moins assistés) par de l'IA pour limiter le brouillage russe. Ces dernières semaines, les Ukrainiens ont publié des compilations de ces frappes, et leur nombre comme leur précision impressionnent. Les Ukrainiens visent tous les camions susceptibles de transporter du matériel militaire, et cela inclut les camions-citernes qui circulent sur la M14 (reliant la Crimée à la Russie par les territoires occupés). Pour accroître la pression logistique, certains ponts sont visés (et endommagés) par les Ukrainiens.

C'est pourquoi il y a maintenant en Crimée une énorme pénurie d'essence. Et pas seulement d'essence: tout manque en Crimée, d'autant plus que les gens paniquent et aggravent les pénuries. En effet, et comme le souligne souvent Jean-Marc Jancovici, toute notre société repose sur le fait que l'on dispose de carburant pour faire fonctionner nos véhicules. Si l'essence disparaît du jour au lendemain, si plus aucun véhicule ne pourra circuler faute de carburant, alors les grandes villes ont seulement quelques jours d'autonomie en nourriture et la société s'effondre. La Crimée vit, en ce moment, quelque chose de semblable (même si le blocage n'est que partiel).

Les Russes semblent, pour le moment, incapables de contrer ces attaques. Ils trouveront sans doute une parade, ou du moins un moyen de limiter les dégâts, mais cela peut prendre des semaines ou des mois. Ils ont déjà commencé, en peignant leurs camions pour essayer de tromper la reconnaissance automatique des drones. Ils peuvent aussi utiliser des véhicules plus petits pour la logistique; essayer d'utiliser des routes moins surveillées, ou tout simplement déplacer beaucoup de moyens anti-aériens. Mais toutes ces "solutions" comportent des inconvénients et dégraderont les capacités militaires russes. Aussi, je pense que leur principale adaptation à cette supériorité ukrainienne sur les frappes à moyennes portée sera d'encaisser les pertes et de faire pareil. C'est pourquoi ils ont commandé 1,1 million de drones Molyna, selon les dires des Ukrainiens. Mais ce n'est pas ça qui aidera les habitants de la Crimée. Qui pourront tout juste diffuser des vidéo implorant Poutine de résoudre la situation. Bref, tout ce qu'il y a de plus normal en Russie.



Conclusion

Les pénuries actuelles (carburant, nourriture) en Crimée sont le résultat d'une succession d'actions des Ukrainiens, chaque action facilitant les actions suivantes:

  1. neutralisation de la flotte de la Mer Noire, en particulier les navires de ravitaillement
  2. destruction systématiques des radars et défenses anti-aériennes
  3. attaques des bases aériennes
  4. attaques sur le pont de Kertch et des ferry
  5. attaques sur la ligne ferroviaire
  6. attaques sur les camions circulant sur la M14

Les articles qui, a raison, parlent du "verrouillage logistique", c'est-à-dire la dernière étape, rappellent rarement les étapes précédentes. Certains vont jusqu'à se poser la question d'une attaque directe contre la Crimée. Comme le dit Anders Puck Nielsen, c'est très improbable. D'une part, parce que le verrouillage logistique n'est pas complet: les Ukrainiens ont réussi à réduire le trafic routier de 70%, selon les dires de Robert Brodi. Reste donc 30%. Insuffisant pour les civils, mais suffisant pour les militaires. D'autre part, parce que des Ukrainiens qui débarqueraient en Crimée seraient confronté au même problème de ravitaillement.

En août 2022, Volodymyr Zelensky déclarait: "La guerre a commencé en Crimée, et elle se terminera en Crimée". Depuis, les Ukrainiens ont méticuleusement mis en place tous les éléments pour rendre vulnérable la Crimée. Ce n'est pas seulement une campagne militaire, c'est aussi un effort d’ingénierie pour inventer les armes (drones maritimes et aériens) nécessaires à la mise en place de cette stratégie. Toutes les pièces du puzzle se sont mises en place, petit à petit, et ce n'est que maintenant que le piège s'est refermé.

Je ne sais pas si tout était prévu depuis le départ, ou si les Ukrainiens agissent par opportunisme, mais le résultat est là: la Crimée est à la merci des frappes ukrainiennes, la Russie va peiner à ravitailler les 2,4 millions d'habitants en plus de ses soldats dans la région. Bien sûr, d'un point de vue logistique, les Russes devraient évacuer la Crimée. Mais c'est politiquement impensable. Rappelons-le: Sébastopol est, politiquement, la 3e ville de Russie. La Crimée est LA "prise de guerre" de Poutine dont les Russes se soucient, la seule chose qu'ils ne peuvent pas se permettre de perdre et en même temps leur point le plus vulnérable. Ben Hodges a, depuis des années, souligné cette faiblesse et indiqué la Crimée comme la zone que les Ukrainiens doivent attaquer (même s'il s'est montré un peu trop optimiste sur leur capacités à le faire). Le déroulement de cette guerre lui a donné raison, une fois de plus. Voir une de ses récentes interviews.

Même si les Russes arrivent à ravitailler de nouveau la Crimée, les contraintes géographiques, démographiques et logistiques font que le coût de ce ravitaillement est et restera très élevé. C'est là le châtiment de Poutine, puni à l'endroit même du "péché originel" de l'invasion russe contre l'Ukraine.



Liens supplémentaires

Putin's Crimea problem 

Popcorn and Panic 

The Situation in Crimea is Spiraling Out of Control

article de Yrouille

mardi 2 juin 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de mai 2026

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de mai 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Sur le front, les Russes avancent toujours aussi lentement. Les Ukrainiens ont légèrement progressé à certains endroits, mais tous ces mouvements sont faibles comparés à l'étendue de la "zone grise". La guerre israelo-américaine d'agression contre l'Iran, quant à elle, est toujours dans une impasse et le détroit d'Ormuz toujours bloqué, alors que les réserves de pétrole des différents pays diminuent à grande vitesse, mais curieusement presque personne ne panique pour le moment. En attendant la prochaine guerre (Cuba ? Taiwan ?), le monde s'enfonce de plus en plus dans le chaos.


Frappes ukrainiennes sur les raffineries russes au mois de mai



La paix est proche...

Du moins, c'est une idée qui circulait dans les média vers le 9 mai, quand la Russie et l'Ukraine avaient convenu d'un cessez-le-feu (pas vraiment respecté) de 3 jours et que Trump disait qu'il voulait l'étendre (raté). Surtout, quand les journalistes ont vu le pitoyable défilé du 9 mai, ils en ont probablement conclu que la Russie n'avait plus les moyens d'avancer (ou se demandaient si l'Ukraine a maintenant l'avantage) et donc que la guerre allait se figer. 

Ce raisonnement était faux pour deux raisons. Tout d'abord, comme l'a très justement remarqué Perun, ce basculement médiatique d'un narratif à l'autre est bien plus rapide que l'évolution du rapport de force entre l'Ukraine et la Russie, qui lui est très progressif. L'Ukraine a, en ce moment, un certain avantage dans la guerre des drones. Mais elle l'avait avant le 9 mai, et le perdra peut-être dans quelques mois. Il faut donc analyser les choses sur le long terme (ce que j'essaie de faire) plutôt que se concentrer sur un événement ponctuel, aussi symbolique soit-il.

En parlant d'événement ponctuel très symbolique, le fait que, le 9 mai, le défilé russe a été assez ridicule et sans matériel présenté ne signifie pas forcément que la Russie est totalement à court de matériel militaire. En 2023, la parade de Moscou n'avait compté aucun char (à part l'habituel T-34 ouvrant le défilé), ce qui avait été abondamment commenté à l'époque. Pourtant, ça ne signifiait pas que la Russie n'avait alors plus de char, mais c'était un message destiné à la population russe et qui disait en gros: "finies les grandes manœuvres mécanisées, on va maintenant gagner cette guerre avec l'infanterie et l'artillerie." Quel est donc le message véhiculé par le "défilé sans véhicules" du 9 mai 2026 ?

Selon ce qui a été perçu en Occident, ce défilé semblait montrer la faiblesse de Poutine, ce serait surprenant qu'il ait montré volontairement sa faiblesse (faiblesse exacerbée par le trollage de Zelensky "autorisant" le défilé), mais une telle faiblesse perçue peut avoir deux avantages. D'abord, les Occidentaux ont tendance à moins aider l'Ukraine s'ils perçoivent la Russie comme faible. C'est une de leur erreurs stratégiques majeures: à chaque fois que ça semble aller un peu mieux pour l'Ukraine, plutôt que d’accroître l'aider pour porter un coup fatal à l'armée russe, ils la diminuent selon le raisonnement comptable "on n'a pas besoin de dépenser plus". Ensuite, cette faiblesse pourrait être un moyen de préparer la population russe à une future mobilisation, sur le thème "la patrie est en danger".

Pourtant, cette faiblesse perçue contrastait avec l'optimisme de Poutine, qui lui ne parle que de victoire. Aussi il est possible que Poutine a voulu (mais a échoué ?) faire passer un autre message, annonçant un autre pivot militaire après celui de 2023. Car les véhicules étaient là ... sur des écrans. Ces séquences filmées se concentraient sur les drones et les armes nucléaires. Est-ce que le message, ce n'était pas que la Russie préparait une guerre d'un type nouveau, dans laquelle ces armes seraient prépondérantes ? Ce serait cohérent avec ce qui s'est passé ensuite: accroissement des attaques de drones et de missiles, des menaces de recours au nucléaire, et avec les annonces d'augmentation considérable du nombre d'unités de dronistes.

Donc, pour que les choses soient claires, je ne crois absolument pas que la paix est proche. J'ai expliqué, à la fin de mon point sur la situation russe, pourquoi et comment Poutine va prolonger cette guerre. Quelques jours plus tard, Anders Puck Nielsen a publié une analyse qui va à peu près dans le même sens (mais est bien plus pédagogique) Sauf grosse surprise (genre effondrement de l'économie russe qui masque ses difficultés actuelles, ou mort de Poutine), je vois mal cette guerre se terminer avant l'été 2027.


La guerre des drone s'intensifie, et l'OTAN fait l'autruche

Une des raisons pour lesquelles je ne crois pas à une paix proche est parce que tout indique au contraire qu'elle s'intensifie: plus d'assauts russes sur le front, plus d'attaques aériennes, et surtout plus de drones. Beaucoup plus de drones.

Que ce soit du côté russe que du côté ukrainien, les drones sont produits en plus grande quantité, leurs capacités comme leur portée augmentent, la technologie comme la doctrine d'emploi évolue et se perfectionne. Et les résultats sont là.

Les Ukrainiens ont intensifié leurs frappes contre les raffineries et autres installations pétrolières russes. Comme le montre le bingo au début de ce billet, on est à plus d'une raffinerie touchée tous les deux jours pour le mois de mai, y compris celle de Moscou, qui était la dernière grande raffinerie russe de ce côté de l'Oural a être intacte. Ils ont en plus considérablement accru leurs frappes de drones à moyenne portée, attaquant la logistique russe notamment sur tout le "pont terrestre", c'est-à-dire les territoires ukrainiens occupés reliant la Russie à la Crimée. Chaque jour ou presque, les Ukrainiens postent des vidéos montrant la destruction d'un ou plusieurs systèmes de défense anti-aérien russe. 

Les Russes, de leur côté, ont encore intensifié le nombre de leurs attaques aériennes, si on en croit les chiffres publiés par les Ukrainiens. Beaucoup de leurs drones sont interceptés, mais il y en a quand même des dizaines par jour qui passent entre les mailles du filet. Sans compter les missiles balistiques, de plus en plus nombreux, et de plus en plus difficiles à intercepter faute de missiles intercepteurs Patriot. Comme toujours, la majorité de ces missiles et drones touchent des bâtiments civils, et il y a même eu un drone russe qui s'est écrasé sur un immeuble en Roumanie. 

Bien entendu, la réaction de l'OTAN a été en dessous de tout. Une vague protestation formelle, mais zéro action face à ce qui peut constituer un casus belli. L'OTAN aurait pu, par exemple, décréter l'opération Skyshield, déployer des avions sur une partie du territoire ukrainien et abattre tous les drones s'approchant à 100km d'une frontière d'un pays de l'OTAN. Ce serait totalement justifiable en tant que simple mesure de protection des pays de l'OTAN. Je signale au passage que la pétition skyshield stagne depuis des mois, à mois de 65 000 signatures

Rien ne courbe l'espace-temps autant que les "profondes inquiétudes" de l'OTAN

Mais rien n'est fait. Pourquoi ? La principale raison est politique: aucun dirigeant politique européen ne veut prendre cette responsabilité. Mais il y a aussi une raison matérielle: nos armées sont tout simplement incapables d'arrêter des vagues de drones de types Shaheds. On l'a vu face à l'Iran, où la première puissance militaire mondiale s'est révélée incapable de protéger ses bases militaires et ses alliés régionaux. Et le pire, est que pendant que l'Ukraine et la Russie font des progrès dans la guerre des drones, nous stagnons et sommes de plus en plus vulnérables face à ce type de guerre. Les exercices de l'OTAN, durant lesquelles les dronistes ukrainiens démolissent les forces des autres pays est très parlant. En fait, il ne s'agit plus tant d'aider l'Ukraine, que d'apprendre d'elle pour faire face aux Russes. Et si les armées occidentales expérimentent timidement avec l'usage de drones, ce sont souvent des drones chers, peu nombreux, bref tout le contraire de ce qui servirait à résister aux Russes.

Cela devrait alarmer les états-majors et les décideurs politiques. Pourtant, on se contente pour le moment d'augmenter légèrement les budgets de la défense, mais sans se presser, comme si la guerre allait attendre que nous soyons prêts. Malgré les déclarations des responsables politiques, l'Europe ne se prépare pas à la guerre. Or plus l'Ukraine et la Russie feront des progrès, plus la Russie sera tentée de profiter de cet avantage temporaire dans l'usage des drones contre un ou des pays européens (pays baltes, Finlande, etc), et ce quelque soit l'issue de la guerre en Ukraine, voire même AVANT la fin de la guerre en Ukraine, vu les signaux de faiblesse et/ou de traîtrise envoyés par les USA.

Donc, que devraient faire les Européens ? La réponse est simple: envoyer des unités de défense anti-aériennes en Ukraine, pour aider l'Ukraine mais surtout apprendre d'eux et utiliser les intercepteurs qui marchent actuellement. 


Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars, avril et mai 2026.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • moyenne 4e année 1150/mois
    • 1447 (mars), 1837 (avril), 2040 (mai)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • moyenne 4e année: 27/mois
    • 48 (mars), 47 (avril), 63 (mai)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • moyenne 4e année: 18/mois
    • 33 (mars), 18 (avril), 43 (mai)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • moyenne 4e année: 26/mois
    • 30 (mars), 43 (avril), 86 (mai)
Ces chiffres sont en forte hausse par rapport au mois d'avril. En particulier, le chiffre pour l'artillerie n'ont jamais été aussi élevés. Ce mois de mai 2026 est de nouveau le mois record pour les pertes matérielles  (11 376), on en est donc à 3 mois de hausse consécutive et de records à chaque fois battus, et a vu aussi une hausse des pertes humaines (33 770) par rapport au mois précédent, selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson. NB: ce mois-ci, je ne vais pas comparer les pertes visuellement confirmées par Oryx, car ils ont fait le ménage dans leur base de données et ont supprimé de très nombreuses entrées, ce qui fait que le total des pertes russes comme ukrainiennes est mois élevé que fin avril.

Comme je l'avais signalé le mois précédent, la très grande majorité des équipements que les Ukrainiens disent avoir détruits/endommagé est l'artillerie et surtout les camions de logistique, deux catégories pour lesquelles le taux de confirmation est particulièrement faible. Pourtant, les vidéo des frappes à moyennes portées, tout comme les témoignages des milbloggers russes, montent bien que les Ukrainiens ont beaucoup amélioré le nombre de frappes de ce type, et donc il est logique que les pertes russes augmentent.

Si je continue à penser qu'il est encore un peu trop tôt pour parler de "moment de bascule", les derniers développements favorables aux Ukrainiens sont intéressants et c'est justement le moment d'aider les Ukrainiens à concrétiser cet avantage et leur donner enfin les moyens de vaincre les Russes.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

Guerre en Ukraine: bilan du mois de juin 2026

La ligne de front n'a quasiment pas bougé, et pourtant beaucoup de choses se sont passées au mois de juin 2026. Au point que de plus e...