lundi 16 mars 2026

Où en est l'Ukraine ?

Plus de 4 ans après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, où en est-on ? Dans cette mini-série de billets, je vais tenter de voir l'évolution des forces militaires, de l'économie (et des capacités de production), ainsi que la volonté politique des principaux acteurs de ce conflit: L'Ukraine, la Russie et les pays européens (pris dans leur ensemble). Après l'Europe, je m'intéresse à l'Ukraine.



Evolution politique

Il y a eu quelques évolutions politiques notables depuis 2022, même si Zelensky est toujours le président et que son parti "Serviteur du peuple" contrôle toujours le parlement ukrainien. Il y a eu plusieurs changement de ministres, notamment celui de la défense, un poste clef en temps de guerre, qui a changé trois fois depuis le début de la guerre: le ministre actuel, Mykhaïlo Fedorov a récemment succédé à Denys Chmyhal, qui lui-même avait pris la place de Rustem Oumierov en juillet 2025, ce dernier étant en place depuis septembre 2023 après avoir succédé à Oleksyi Reznikiv. La raison de ces changements est principalement que les choses ne se passent pas très bien pour l'Ukraine, et que ces changements sont voulus pour essayer de "changer la dynamique", ou pour faire face à un scandale, comme l'affaire de corruption dans le secteur de l'énergie dans lequel des proches de Zelensky sont mouillés, et qui a coûté son poste à Andreyi Yermak, le tout-puissant chef de cabinet de Zelensky qui a dû démissionner.

Mais, comme l'Ukraine est une démocratie, au final c'est la volonté populaire qui importe plus que les changements de gouvernement. Avec deux questions principales: 

  1. Les Ukrainiens soutiennent-ils toujours Zelensky et son gouvernement ?
  2. Les Ukrainiens ont-ils toujours la volonté de se battre ?

En l'absence d'élections, ce qui va nous intéresser est le résultats de diverses études d'opinion, et surtout leur évolution depuis 2022. Pour le premier point, les sondages montrent que Zelensky bénéficie de la confiance d'environ 60% de la population. Un chiffre certes en baisse comparé à 2022, où ce chiffre avait atteint les 90% quelques semaines après l'invasion à grande échelle et était resté à ce niveau jusqu'en 2023. Mais il faut noter que la côte de popularité de Zelensky a remonté depuis le décembre 2024, où elle était alors 50%, avant de remonter à 74% en mai 2025 puis de redescendre et se stabilité autour de 60% en juillet 2025. On peut donc considérer que le soutien à Zelensky est élevé et relativement stable. Bien plus élevé que celui des "idiots utiles" et/ou corrompus qui contestent sa légitimité (Trump, Orban, Mélenchon etc).


"Jusqu'à quand êtes-vous prêt à tenir encore ?" - source KIIS


En ce qui concerne la poursuite de la guerre et les "négociations de paix", il y a eu une évolution similaire. Au début de la guerre, l'Ukraine rejetait massivement toute idée de concessions territoriales. Depuis, cette idée est devenue populaire, mais loin d'être majoritaire. Surtout que ce que les Ukrainiens pourraient accepter est très en deçà de ce que les Russes exigent, et ils demandent des garanties de sécurité autrement plus sérieuses que ce que les USA et Européens proposent. A noter que la volonté de ne pas céder aux demandes russes a suivi un peu la même courbe que la popularité de Zelensky, à savoir une baisse jusqu'à fin 2024 puis une remontée ensuite. Actuellement, une majorité d'Ukrainiens se disent prêts à endurer cette guerre aussi longtemps que nécessaire, un chiffre légèrement en hausse sur un an.

Politiquement, l'Ukraine semble donc toujours déterminée à ne pas céder aux Russes. La volonté de résister est toujours forte, malgré les destructions, les morts et la fatigue. Les évolutions montrent que cette intention est stable, voire s'est légèrement renforcée, au cours de cette dernière année.



Situation économique

Selon le FMI, les chiffres de croissance du PIB ukrainien sont:

  • 2022: -28,8%
  • 2023: +5,5%
  • 2024: +2,9%
  • 2025: +2%
  • 2026: +4,5% (prévisions)

L'Ukraine est dans une situation économique assez contrastée: si on prend la croissance depuis 2023 et les perspectives pour 2026, les chiffres semblent plutôt bons, surtout pour un pays constamment bombardé par les Russes. Mais ce dynamisme actuel ne doit pas faire oublier que:

  1. Le PIB de l'Ukraine a considérablement baissé en 2022 (-28,8%). Malgré le retour de la croissance, le PIB ukrainien est toujours à un niveau plus bas qu'en 2021.
  2. La destruction des infrastructures va engendrer des coûts immenses, chiffrés à plus de 500 milliards d'euros (soit le double du PIB ukrainien)
  3. Le déficit budgétaire est colossal, entre 15 et 20% du PIB chaque année depuis 2022

Ce déficit s'explique facilement par l'ampleur des dépenses militaires, autour de 30% du PIB, un taux comparable aux efforts des principaux belligérants lors des deux guerres mondiales. Pour financer ce déficit budgétaire, l'Ukraine reçoit une aide financière importante, notamment des autres pays européens, sous forme de dons et de prêts à taux réduits. Cependant, suite à la prise de fonction du traître Trump aux USA, ceux-ci ont cessé toute aide à l'Ukraine, ce qui fait que l'aide à l'Ukraine a diminué en 2025, et les perspectives ne sont pas à la hausse. 

Aides allouées à l'Ukraine, chaque année (source Kiel Institut)

De plus, la perte du réseau électrique pourrait, lui aussi, fortement impacter l'économie ukrainienneAutre sujet d'inquiétude: la remontée de l'inflation, et des taux directeurs de la banque centrale. Ils sont aujourd'hui supérieur à 15%, ce qui n'est pas un signe de stabilité économique.

Au vu des chiffres publiés, l'économie ukrainienne semble être dynamique, mais ne peut prospérer que grâce à une aide internationale massive et pourrait flancher si les Russes sont capables d'intensifier encore leurs attaques aériennes sur les réseaux énergétiques ukrainiens.



Situation militaire

Unités

Pour rappel, avant le 24 février 2022, l'armée ukrainienne disposait de 24 brigades de manœuvre (blindés, mécanisées ou motorisées) dans l'armée principale, plus 7 brigades "de parachutistes" + 2 brigades d'infanterie de marine en plus d'une trentaine de brigade de défense territoriales et de brigades de la garde nationale (peut-être une dizaine). Il y avait aussi 7 brigades d'artillerie et, bien sûr, 0 unités de dronistes.

Actuellement, elle dispose de (source Militaryland):

  • 50 brigades mécanisées ou motorisées / de chasseurs / de montage
  • 12 brigades "fortement mécanisées" (résultant de la transformation de brigades existantes, dont toutes les brigades blindées)
  • 4 brigades d'assaut + 7 régiments d'assaut
  • 11 brigades "de parachutistes"
  • 7 brigades d'infanterie de marine
  • 22 brigades d'artillerie
  • beaucoup d'unités de drones (au moins 2 brigades, plusieurs régiments et un très grand nombre de bataillons)
  • environ 25 brigades de la Garde Nationale et 25 brigades de défense territoriale

Le nombre de brigades de manœuvre et d'artillerie a donc été multiplié par 3 environ, ce qui est cohérent avec l'évolution des effectifs par rapport à l'avant-2022.

Effectifs

L'Ukraine aurait environ 900 000 hommes et femmes dans ses forces armées, selon les déclarations officielles et les chiffres de Military Balance 2025 (cités par Wikipedia). Seulement, il est difficile de confirmer ce chiffre. Il y a près de 2 ans, j'avais évalué ce chiffre à entre 700 000 et 800 000 hommes. Il y a disons une certaine incertitude sur ces chiffres (tout comme ceux des Russes) et il faudrait savoir quelle proportion de ces effectifs sont effectivement au combat. 

Ce qui est certain, c'est que l'Ukraine a créé, en 2022 et 2023, une trentaine de brigades mécanisées (plus une dizaine de brigades de la garde nationale), soit une vingtaine de nouvelles brigades par an, dont certaines de très bonne qualité. En 2024, seulement une dizaine de ces brigades ont été créées, et qui étaient de piètre qualité, et depuis 2025, plus rien ou presque. Il y a bien eu la création de quelques brigades d'artillerie, la transformations des brigades blindées et de certaines unités de défense territoriale en "brigades fortement mécanisées" et l'expansion des unités de dronistes et celles "d'assaut" (passant de la taille d'un bataillon à celle d'un régiment), profitant de la priorité accordée par le général Sirsky à ces dernières unités. La dissolution de la légion internationale, fin 2025, va aussi dans le sens d'une armée qui a cessé de grandir fin 2023, et qui diminue peut-être en taille.

On comprend alors que la mobilisation en Ukraine est un sujet particulièrement sensibleEt si on n'a guère de chiffres officiels sur les recrutement des Ukrainiens (contrairement aux Russes qui communiquent beaucoup dessus), voici quelques chiffres qui donnent un ordre de grandeur:

Comparons ces chiffres à une estimation des pertes : celles-ci (morts, blessés, disparus) pourraient être de 500 à 600 000 hommes, selon le CSIS. J'ai moi-même évalué les pertes humaines à environ 135 000 morts fin février 2026. Plus de 200 000 déserteurs selon les déclarations du nouveau ministre de la défense. Disons, pour être pessimiste, 800 000 pertes en 48 mois de guerre à haute intensité. Soit à peu près l'équivalent des effectifs actuels de l'armée ukrainienne. 

C'est un niveau de perte énorme. Mais, si on s'intéresse à la capacité de l'Ukraine à compenser ces pertes, on remarque que ce chiffre (pessimiste) équivaudrait à des pertes mensuelles de l'ordre de 17 000 morts, blessés et déserteurs, soit un chiffre légèrement moins élevé que celui des recrutements. Dès lors, on comprend mal que, selon certaines sources,  l'armée ukrainienne n'est plus constituée que de brigades aux effectifs décimés avec moins de 400 hommes / brigade. C'est pourtant ce qu'affirment des gens comme Bohdan Ktrotevych; ou bien il y a eu un effondrement du recrutement ukrainien depuis les estimations de juin 2025 (ce qu'aucune source n'atteste), ou bien ces brigades décimées sont une légende, une exagération journalistique et/ou ce qualificatif ne s'applique qu'à quelques brigades ayant particulièrement souffert. Il est aussi possible que ce cela soit la conséquences des erreurs de commandement au niveau opérationnel. De fait, une des principales faiblesses de l'armée ukrainienne semble être son commandement qui n'est pas à la hauteur des enjeux.


Structure de commandement

C'est un sujet sur lequel j'ai déjà beaucoup écrit, aussi je renvoie aux billets précédents sur les erreurs du haut-commandement ukrainien (1,2,3,4). J'avais conclu (et de nombreux analystes pensent de même) qu'il fallait une réforme de la structure de commandement ukrainien. Cette réforme (passer au système corps-brigade) a été annoncée en novembre 2024. Les corps ont été créés en février 2025. Un an plus tard, où en est-on ? Hélas, si l'idée était bonne, et même indispensable, les généraux en place ont tout fait pour saboter cette réforme qui n'a jamais abouti. J'avais commencé à suivre la mise en place de cette réforme, avec deux billets en juillet et septembre 2025. Il n'y a pas eu de troisième billet car la réforme est au point mort:

  • les corps sont créés, responsables d'un secteur du front, mais leurs unités sont dispersées, sur ordre du haut-commandement ukrainien
  • quand il faut contre-attaquer dans un secteur (comme récemment, dans le secteur d'Huliapole), le commandement ukrainien ramène des unités supplémentaires mais pas celles subordonnées à ce corps (et qui sont dans d'autres secteurs): autrement dit, même quand il faut renforcer un corps, le haut-commandement ukrainien ne fait rien pour regrouper les unités alors même que ce serait l'occasion de le faire
  • les "corps" sont donc purement théoriques, et ne sont qu'un renommage des "groupes tactiques" qui existaient avant, sans résoudre les problèmes structurels de l'armée ukrainienne

Faut-il attendre que Zelensky accepte de virer Sirsky pour que cette réforme, réclamée par la base de l'armée ukrainienne et la plupart des analystes militaires, se fasse enfin ?


Contrôle territorial

Beaucoup d'analystes accordent une grande importance à savoir quelle surface ont "gagné" les Russes. C'est généralement par ce chiffre que Olivier Kempf commence toujours sa partie "analyse militaire" dans ses "points de situation" (par exemple le dernier en date), et quand des journalistes veulent expliquer la guerre en Ukraine, ils citent quasiment tout le temps la proportion de territoire occupée par les Russes (environ 20%). J'en parle relativement peu car, comme Tatarigami, ou Anders Puck Nielsen, j'estime que ce n'est pas une mesure fiable pour savoir "qui gagne", surtout dans une guerre d'attrition.

Superficie de l'Ukraine occupée par les Russes, évolution mensuelle 2022-2025, source ISW


Pour remettre les choses en perspective, voici ce que l'on peut dire sur la superficie du territoire occupé par les Russes et le rythme de leurs avancées:

  1. Il est vrai que le rythme de progression des Russes en 2025 a un peu augmenté par rapport à 2024 et très fortement augmenté par rapport en 2023
  2. Mais même les gains territoriaux cumulés de ces 3 années sont très inférieurs au terrain reconquis par l'Ukraine en 3 mois (septembre à novembre 2022) : ~ 7 000 km2 vs ~15 000 km2
  3. En fait, c'est même pire que ça: 90% du territoire actuellement contrôlé par les Russes a été pris avant 2022 ou dans les premières semaines de la guerre; l'extension maximale des Russes, c'était en mars 2022.
  4. Même après leur "geste de bonne volonté" (retraite de Kiyv) fin mars - début avril 2022, les Russes progressaient, d'avril à juin 2022, à un rythme de plusieurs km par jour (et les médias parlaient, à tort, de "conflit gelé"). Aujourd'hui, quand ils progressent de plusieurs km par mois, les médias parlent (toujours à tort) de "percée".

On en revient donc au constat que j'avais fait en introduction de ces deux billetsla progression russe est trop lente pour qu'on la considère comme un succès, mais trop continue pour qu'on la considère comme un échec. J'avais alors exploré les hypothèses (toutes deux peu probables) que ce rythme de progression pourrait résulter d'un contrôle soit par les Russes, soit par les Ukrainiens, des avancées russes. Près d'un an plus tard, je pense toujours ces hypothèses peu probables, même si l'hypothèse que les Ukrainiens contrôlent ce rythme semble un peu plus probable: ce qu'ils ont fait à Kupyansk en octobre-novembre 2025, ou plus récemment dans le sud laissent pensent qu'ils peuvent, quand il le veulent, contrôler ou même annuler les avancées russes.

C'est pourquoi je ne m'inquiète pas du rythme de progression des Russes. En revanche, je crains une lente érosion des capacités de l'Ukraine à continuer cette guerre, en raison d'une aide internationale loin d'être au niveau de ce qu'elle devrait être, et de décisions politiques et militaires du gouvernement et haut commandement ukrainien, qui hélas persiste dans ses erreurs comme le montrent certains exemples récents. Certains analystes (par exemple tatarigami) l'avaient prédit depuis longtemps. J'espère juste que le nouveau ministre ukrainien de la défense saura (enfin) corriger le tir.



Production d'armement (et matériel reçu)

Dans une guerre d'attrition, la question est de savoir si chaque camp peut produire plus qu'il ne subit de pertes, et ce relativement comparé à son adversaire. Il est donc crucial de pouvoir déterminer les capacités de production de l'Ukraine. L'Ukraine étant soutenue par de nombreux pays, il ne faut pas seulement compter le matériel qu'ils sont capables de produire eux-même, mais aussi l'aide matérielle fournie par leurs alliés.

Aide internationale vs pertes

Le site Oryx recense à la fois les pertes matérielles et les dons/promesses faites par les pays qui soutiennent l'Ukraine. Pour chaque catégorie de matériel (je prends les catégories listées dans la page de dons), je vais comparer le matériel livré et les pertes visuellement confirmées. 

  • avions (122+ dont 81+ livrés) vs 113 pertes
  • hélicoptères (96+ dont 71 livrés) vs 55 pertes
  • drones d'attaques Bayraktar (35+ livrés) vs 26 pertes
  • tanks (1056+ dont 963+ livrés) vs 1391 pertes
  • AFV (499+ dont 398+ livrés) vs 511 pertes
  • IFV (1442+ dont 1157+ livrés) vs 1547 pertes
  • APC (4742+ dont 4105+ livrés) vs 1297 pertes
  • MRAP (1840+ dont 1540+ livrés) vs 877 pertes
  • IMV (8110+ dont 6870+ livrés) vs 1570 pertes
  • artillerie tractée (456+ dont 421+ livrés) vs 261 pertes
  • artillerie motorisée (1067+ dont 691+ livrés) vs 794 pertes
  • MLRS (117+ dont 108 livrés) vs 104 pertes
  • canons AA (375+ dont livrés 375+) vs 8 pertes
  • canons AA motorisés (210+ dont 100 livrés) vs 49 pertes
On constante que, dans la plupart des catégories, les pertes sont à peu près égales aux dons, et que dans certaines catégories (canons AA, IMV, APC, etc), ces dons excèdent grandement les pertes prouvées. Alors certes, il y a aussi des pertes non documentées, mais d'un autre côté, un certain nombre de matériel simplement endommagé ont pu être remis en service. Et surtout, il y a la production locale, loin d'être négligeable.

Véhicules blindés

Pour illustrer ce décalage, on peut regarder l'exemples des véhicules blindés (tanks, AFV, IFV,APC, MRAP, IMV).

En octobre 2025, Delwin (un analyste publiant sur substack, que je soupçonne d'avoir un biais pro-russe même s'il se présente comme "neutre") affirmait, en s'appuyant sur les chiffres Oryx, que l'Ukraine avait perdu la plupart des ses chars et blindés lourds. Selon lui, l'Ukraine ne disposerait plus que d'environ 35% de ses blindés/IFV (en comptant stock initial + production + donations).

Stevius, un Youtuber (spécialiste de l'histoire militaire) particulièrement rigoureux, n'est pas du tout convaincu par cette "démonstration" et a entrepris de faire une analyse bien plus fine des véhicules blindés dont dispose l'Ukraine. Il veut en faire une série de vidéos, mais pour le moment, seule la première (sur les IMV/MRAP) est sortie. Il montre que Delwin a considérablement sous-estimé le stock initial et la production locale. Alors que Delwin estimait le stock restant à environ 6700 de ces véhicules (IMV/MRAP), Stevius a montré qu'ils en disposent d'au moins 12500 (et probablement plus). Sachant que, en février 2022, l'Ukraine avait seulement 715 de ces véhicules.

Capture d'écran de la vidéo de Stevius

Sans vouloir passer en revue l'ensemble des véhicules blindés, je vais parler du BTR-4E "Bucephale", le blindé (IFV) le plus lourds et le plus moderne produit par l'Ukraine. On sait qu'en février 2022, l'Ukraine disposait de seulement 250 de ces véhicules (+70 en production dans l'Usine de Kharkiv). On aurait pu croire que, l'usine les produisant étant située à Kharkiv et très facilement bombardée par les Russes), que les Ukrainiens auraient été incapables de continuer la production de ces véhicules. Or, si on n'a pas de chiffres concernant cette production, on sait qu'elle a bien continué.  En effet si, en 2022, les BTR-4 équipaient une seule brigade,  la 92e brigade mécanisée (maintenant 92e brigade d'assaut), ils équipent maintenant:

Certes, généralement ce n'est qu'un ou deux bataillons de ces brigades qui est équipée avec ces véhicules, mais même ainsi, la fréquence d'utilisation de ces véhicules, et les pertes (144 pertes recensées par Oryx) suggèrent que c'est potentiellement plusieurs centaines de ces véhicules qui ont été produits pendant la guerre. Delwin, bien entendu, indique que cette production est "0".


Obus

En 2023-2024, il y avait souvent des reportages montrant que l'Ukraine manquait de munitions, en particulier d'obus. Depuis, il semble que la situation se soit un peu améliorer, notamment grâce aux livraisons faites par les occidentaux.

Comme nous l'avions vu dans le billet consacré à l'Europe, la production d'obus de 155mm a bien augmenté en quatre ans, même si elle reste encore insuffisante pour répondre aux besoins de l'Ukraine. C'est pour ça que le président Pavel, de la République Tchèque, a proposé que l'Europe achète directement des munitions hors-Europe pour les fournir à l'Ukraine. A ce jour, l'initiative tchèque aurait livré 4,4 millions d'obus (tous calibres confondus) à l'Ukraine.  Une partie de ceux-ci ont été comptés dans l'annonce faite, en novembre 2024, que l'UE a fourni 1 million d'obus de 155mm à l'Ukraine (nombre qu'ils s'étaient engagé à fournir pour mars 2024). Depuis, l'UE s'était engagé à fournir 2 millions d'obus en 2025, et cette promesse a été tenue au moins à 80%; mais cela inclut probablement l'initiative tchèque, aussi il est difficile de savoir combien d'obus ont été produit en Europe et livrés à l'Ukraine, mais l'ordre de grandeur de la totalité des obus livrés par l'Europe (tous calibres confondus, initiative tchèque incluse) doit être de 5-6 millions d'obus. A cela s'ajoute les obus livrés par les USA (plus de 3 millions d'obus de 155mm, 800 000 obus de 105mm, 400 000 obus de 152mm et plusieurs autres centaines de milliers d'obus de divers calibres selon wikipedia) qui représentent donc un nombre du même ordre de grandeur, plus ceux de pays divers. On peut donc estimer les livraisons totales, pour l'ensemble des pays aidant l'Ukraine, à 10 millions d'obus, peut-être plus, tous calibres confondus.

En comparaison, la production ukrainienne reste assez modeste. Par exemple la société "Ukrainian armor" aurait livré 300 000 obus de 155mm, 100 000 obus de 105mm et 240 000 obus de mortiers (source). Cela représente néanmoins le double ou le triple de la production française (qui a elle-même très fortement augmenté), alors qu'ils partaient de zéro en 2022.


Drones

La production de drones est un des points forts de l'Ukraine,  alors qu'elle était quasiment inexistante avant 2022. Selon les Ukrainiens, ils auraient produit:

Ces chiffres (pour 2025) sont cohérents avec ceux annoncés par Xavier Tytelman. Selon lui, les Ukrainiens sont passé, pour les drones à fibre optique, de 5000 unités/mois en janvier 2025 à 40 000 drones/mois en décembre, ce dernier chiffre représentant alors 15-20% des drones produits ce mois-là (donc une production mensuelle de 200 000 à 240 000 drones FPV). Et tout indique qu'ils vont encore augmenter la production. Rappelons que, en 2023, les milblogers russes s'inquiétaient car l'Ukraine avait accumulé 50 000 drones pour sa contre offensive.  Maintenant, ce n'est même pas la consommation d'une semaine.  

En ce qui concerne les drones plus lourds, l’entreprise ukrainienne SkyFall produit 100 000 drones bombardiers Vampire par an, il est plus connu sous l’appellation  » Baba Yaga « . Ce drone peut transporter jusqu’à 15 kg, possède une autonomie de 45 km et une vitesse maximale de 80 km/h. Son prix a chuté de 20 000 $ à environ 8 500 $ (source).

Surtout, les drones à longue distance ont permis des attaques jusqu'au cœur de la Russie, chose qui semblait impossible en 2022. Selon les chiffres du directeur de Firepoint, ils produisent maintenant 200 drones FP1/FP2 par jour. NB: je n'accorde pas une confiance absolue aux chiffres donnés par cette entreprise, qui donne pour son missile FP-5 Flamingo des chiffres de production très supérieurs à l'usage qui en est fait. D'un autre côté, d'autres modèles de drones ont aussi connu des succès importants, et des chiffres de production industriels, comme le drone AN-196 Liutyi. qui est responsable de 80% des frappes réussies sur les installations pétrolières russes.

Cela, combiné à la productions de missiles comme le Neptune, fait que l'Ukraine est probablement le deuxième plus gros producteurs de "vecteurs d'attaques aériennes à longues distance", après la Russie. D'ailleurs, les Russes le reconnaissent indirectement, en prétendant détruire chaque nuit des dizaines voire des centaines de ces drones - le record étant actuellement la nuit du 9 mars 2026 durant laquelle, selon les Russes, ils auraient détruit 754 drones - un chiffre comparable aux plus fortes attaques russes sur l'Ukraine, selon les chiffres donnés par les Ukrainiens. La guerre d'agression israelo-américaine contre l'Iran a aussi montré l'importance de l'expérience ukrainienne pour lutter contre les drones de type "shahed". La production et l'usage de drones est probablement la seule chose qui permet encore à l'Ukraine de tenir et d'égaliser le rapport de force face à une Russie qui dispose d'un budget militaire et d'une population quatre fois plus importante et, comme nous le verrons dans le prochain billet, d'un soutien discret mais numériquement très important de la part de la Corée du nord et d'autres pays.



Perspectives à long terme

Savoir ce que sera l'Ukraine après la guerre reste très hypothétique, surtout que la guerre est loin d'être terminée, et beaucoup dépendra de la victoire (ou de la défaite) militaire. Néanmoins, on sait déjà que les destructions, les départs de population et l'invasion du territoire par les Russes hypothèquent déjà l'avenir de l'Ukraine. Comme dit plus haut, le coût de reconstruction (500 milliards d'euros) dépasse largement le PIB de l'Ukraine. L'Ukraine a le triste record d'être le pays le plus miné au monde

Du fait des départs vers l'étranger, de l'occupation des territoires et des pertes humaines, l'Ukraine a perdu un quart de sa population jeune. La natalité est en dessous d'un enfant par femme, un des taux les plus bas du monde. La crise démographique, qui était déjà importante avant-guerre, est quelque chose qui, à long terme, pourrait faire de ce grand pays un désert à peine plus peuplé que la Belgique.

Si en plus on laisse la Russie occuper les territoires du sud et de l'est de l'Ukraine, cela priverait le pays de la plupart de ses ressources minières, compromettra son accès à la mer noire. De plus, le pays sera vulnérable à une nouvelle invasion russe. Ainsi, ce texte discute des perspective de reconstitution de l'armée ukrainienne après guerre, et il ne fait aucun doute que l'Ukraine ne pourra pas maintenir une armée suffisante sans alliance. Les "Garanties de sécurités" offertes par les pays européens sont vaporeuses, celles offertes par les USA de Trump tout simplement inexistantes.



Conclusion

Pour résumer ce trop long billet, voici ce que l'on peut dire sur la situation de l'Ukraine après 4 ans de conflit:

  • Elle n'est pas si mauvaise, et très éloignée de l'image qu'on peut se faire en lisant les journaux occidentaux. Que ce soit en terme de perspectives économiques, de production militaire ou de rapport de force, les Ukrainiens sont loin, très loin d'être "au bord de l'effondrement" comme la propagande russe essaie de le faire croire (image qui est reprise par les journaux occidentaux). Moi même, avant de regarder les chiffres et d'écrire ce billet, j'étais beaucoup plus pessimiste sur leur situation à court terme.
  • Cependant, il y a des problèmes, réels, et qui vont en s'aggravant: l'inflation, l'état du réseau énergétique, les difficultés de recrutement, un haut-commandement qui reste sourd à toutes les demandes de réformes structurelles et une aide occidentale qui a tendance à diminuer alors que l'Ukraine a de plus en plus besoin de notre aide.
  • Le pire,  ce sont les perspectives à long terme. Si la guerre s'arrêtait sur un cessez le feu sur les lignes actuelles, l'Ukraine serait un pays ruiné, ayant perdu 1/4 de sa population et 1/5 de son territoire, sous la menace de son puissant voisin et sans alliance pour le protéger. L'Europe a montré son incapacité à être autre chose qu'un gros guichet à subventions et les USA basculent dans le fascisme.



Pour aller plus loin

mardi 3 mars 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de février 2026

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de février 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, mais à un rythme moins soutenu que les mois précédents. Mais surtout, les Ukrainiens ont contre-attaqué dans le secteur sud, près de Huliapole.

Unités ukrainiennes déployées pour la contre-offensive, carte (c)  @WarUnitObserver



Contre-offensive ukrainienne dans le sud

Profitant d'une possible désorganisation des Russes suite à l'impossibilité d'utiliser des terminaux Starlink en Ukraine (sauf s'ils sont officiellement enregistrés par l'armée ukrainienne), les Ukrainiens ont lancé ce qu'ils ont qualifié de contre-offensive. Selon Deepstatemap, les ukrainiens ont gagné 200km2, et les Russes à peu près autant dans d'autres parties du front, marquant ainsi le plus faible gain net russe depuis août 2024. Selon les officiels ukrainiens, ce sont 8 villages et  400 km2 qui ont été "libérés".  Je conseille de lire ce fil twitter qui remet en perspective la contre-offensive actuelle avec  ce qui se passe ans le sud depuis 2024.

Quelques observations et commentaires:

  1. Le terrain reconquis n'offre que peu d'intérêt stratégique et opérationnel; en fait, c'est plus une opération de "nettoyage de la zone grise" que d'une contre-offensive comme celle de 2023.
  2. L'opération a eu un certain succès, et l'Ukraine a pu relativement rapidement regagner du terrain tout en maintenant le secret (OPSEC).
  3. La variation des estimation du terrain reconquis illustre une fois de plus que le front n'est plus une ligne mais une "zone" plus ou moins poreuse, que nul ne contrôle vraiment, comme je le disais il y a maintenant près d'un an.
  4. Les Ukrainiens montrent ainsi qu'ils disposent toujours de capacités offensives (faisant ainsi mentir un certain nombres d'analystes pro-russes) mais ces capacités restent très limitées, et très insuffisantes pour libérer le territoire de l'Ukraine dans son intégralité.
  5. Les unités ayant mené cette contre-offensive ne sont PAS subordonnées au XXe corps pourtant responsable du secteur, et sont donc un assemblage ad-hoc sans grande cohérence locale. Une nouvelle preuve que le haut commandement ukrainien ne prend pas au sérieux la réforme corps-brigade.

Quelques questions restent ouvertes, en particulier l'ampleur des pertes (ukrainiennes et russes) dans l'opération, chiffre nécessaire pour estimer si ça "en valait le coup". Mon avis est que cette "contre-offensive" n'en est pas une et ne démontre pas que les Ukrainiens ont réglé leurs problèmes de commandement, bien au contraire, et que l'Ukraine ne peut pas échapper à une profonde réforme de son haut-commandement si elle veut un jour pouvoir réaliser une vraie contre-offensive.


Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2025, janvier et février 2026.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre), 902 (décembre), 1126 (janvier), 895 (février)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre), 34 (décembre), 46 (janvier), 29 (février)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre), 13 (décembre), 24 (janvier), 15 (février)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre), 25 (décembre), 19 (janvier), 21 (février)
Petite baisse des chiffres de ces quatre catégories, qui va de pair avec une baisse des pertes matérielles pertes matérielles (5 125) et humaines (26 310), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson


En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en février 103 pertes russes et 210 pertes ukrainiennes, soit un ratio de 2:1 en faveur des Russes. C'est de loin le pire ratio pour l'Ukraine, mais qui est dû au très faible nombre de pertes russes (les pertes ukrainiennes étant dans leur moyenne mensuelle). Il reste à savoir si ce faible nombre de pertes confirmées est le résultat d'une baisse de l'efficacité (ou de la puissance de feu) ukrainienne, ou bien à une meilleure OPSEC.


Campagnes aériennes

L'Ukraine et la Russie ont poursuivi leurs campagnes de frappes aériennes. L'Ukraine a frappé l'industrie pétrolière russe un peu plus souvent qu'en janvier, mais à un niveau qui reste très insuffisant pour paralyser la Russie.

NB: j'ai moins suivi ces frappes ce mois-ci la liste est donc incomplète.

Il y a aussi eu  plusieurs attaques d'usines russes, dont une frappe de "Flamingo" réussie contre une usine qui produit des missiles balistiques, située à plus de 1500 km de l'Ukraine.

De leur côté, les Russes ont continué leurs attaques terroristes contre les villes ukrainiennes et contre leur réseau énergétique. Ils ont utilisé environ  5000 drones et 290 missiles, selon les chiffres fournis par les Ukrainiens. Le nombre de missiles est donc en forte augmentation par rapport au mois précédent, et constitue même un record. 



Pendant ce temps dans le monde

Les "négociations" de "paix" se poursuivent toujours, sans avancer. Mais tout le monde déclare que "on fait des progrès" pour ne pas vexer l'ordure orange. Les Européens ne foutent toujours rien. Ils n'ont même pas réussi à neutraliser Orban qui bloque une aide de 90 milliards pour l'Ukraine. Ils espèrent juste qu'Orban perdra les élections en avril, Orban étant en difficulté dans les sondages. D'ici là, l'Ukraine peut attendre.

Quant au traître Trump, il a décidé, le 28 février, d'attaquer l'Iran (conjointement avec le criminel de guerre Netanyahou). Cette attaque ne sert absolument pas les intérêts des USA, est contraire au droit international (qui ne vaut plus rien puisque personne n'ose s'opposer à Trump), et si les USA ont rapidement réussi à décapiter les principaux chefs iraniens, cela ne signifient pas qu'ils ont les moyens d'imposer un changement de régime, sauf à déployer des troupes au sol (ce que Trump ne désire pas) ou à trouver, au sein du régime iranien, un traître ou du moins quelqu'un qui voudra bien jouer la comédie de "l'hommage à Trump" comme au Venezuela. 

Si cette attaque montre une nouvelle fois que la Russie est un piètre allié et à quel point les Russes ne savent pas mener une "opération spéciale de 3 jours"  pour éliminer un leader qui ne leur plait pas (contrairement aux américains), cela aura aussi pour conséquence de remonter les cours du pétrole, chose dont Poutine a bien besoin en ce moment. Bref, l'agent orange fait tout son possible pour semer le chaos et ainsi aider Poutine, rien de surprenant à cela.



Analyses précédentes

2023

2024

2025


2026

jeudi 26 février 2026

Trois ans

Aujourd'hui, ce blog a trois ans. Je l'avais créé au bout d'un an de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, ce qui fait que cette guerre entre dans sa cinquième année. Ou plutôt, dans sa treizième année, puisqu'elle a réellement commencé en 2014.

Et au cours de l'année écoulée, la situation en Ukraine n'a guère changé, du moins sur le front. La Russie continue de grignoter les défenses ukrainiennes, au prix de pertes considérables mais que Poutine juge acceptables. L'Ukraine continue de souffrir le martyre, tout en essayant de rendre coup pour coup.

Mais l'année a surtout été marquée par l'ordure orange, qui fait tout son possible pour précipiter le monde vers le chaos et les catastrophes écologiques tout en réclamant un "prix Nobel de la paix" qu'il ne mérite pas et ne méritera jamais. 

Et les média continuent de danser au son de la maison blanche, sans aucun recul et presque sans aucune critique. Ils continuent de parler de "négociations" alors que la réalité est que la Russie ne négocie pas: Poutine veut imposer ses vues, Trump fait son possible pour aider Poutine et les Européens tergiversent. 

Toujours est-il qu'en trois ans, j'ai écrit 124 billets sur ce blog "Liens et analyses pour comprendre la guerre en Ukraine", donc plus d'un billet tous les 10 jours:

  • 26 billets dans la catégorie "Liens" (c'est à dire des billets qui sont essentiellement des collections de liens hypertexte, sans analyse)
  • 80 billets dans la catégorie "Analyse"
  • 18 billets "autre" principalement des critiques d'articles parus ailleurs

 

D'après les statistiques fournies par la plateforme Blogger,  au total il y a eu un peu plus de 37 000 vues et 76 commentaires, ce qui en fait un blog à l'audience toujours très confidentielle (environ 1000 vues/mois). Un quart de ces vues viennent des visiteurs du blog de Michel Goya "La voie de l'épée", ce qui n'est pas surprenant vu que j'ai créé ce blog principalement pour contourner les restrictions imposées aux commentaires du blog de Michel Goya (longueur, nombre de liens, etc). Deux tiers des vues sont classées comme venant d'autres sites, ce qui est surprenant car je n'ai posté de liens vers ce blog que sur l'espace de commentaires de "La voie de l'épée" et sur quelques autres sites (MilitarylandArret sur image). Je soupçonne qu'au moins une partie de ces vues "autres" sont en fait des robots qui parcourent toutes les pages Blogger. Ou alors, il s'agit d'une erreur de classification.

Autre statistiques intéressante: si on regarde d'où viennent ces vues, on trouve une très large majorité (19 300) viennent de France, suivi des USA (3350 vues) et de la Russie (1 480 vues). A noter que, sur les 12 derniers mois, il n'y a quasiment eu aucun visiteurs russes, alors que ce pays était le 2e les deux premières années de l'existence de ce blog. Autres pays notables: Allemagne (1240), Honk-Kong (1170) et Singapour (1160). L'Ukraine ne cumule que 612 vues (mais c'est le quadruple des chiffres de l'an dernier). Je ne sais pas quelle conclusion if faut tirer de ces données géographiques.


Merci à tous les lecteurs. Ce blog continue, et, hélas, la guerre continue aussi.

mardi 24 février 2026

Estimations des pertes russes et ukrainiennes, fin février 2026

Tous les 6 mois depuis la création de ce blog, je fais une estimation des pertes russes et ukrainiennes en utilisant la même méthodologie. Estimations précédentes:

Une fois de plus, je vais suivre la même méthodologie, en commençant par les pertes matérielles puis les pertes humaines. Toutes les estimations que je donne portent sur la période du 24/02/2022 au 24/02/2026, sauf si une autre période est précisée.

Tombe d'un jeune soldat ukrainien à Lviv, en 2022 (c) Julia Kochetova


Les pertes matérielles

Comme précédemment, je m'appuie sur toutes les pertes confirmées par le désormais célèbre site Oryx. Ils ont continué leur travail de titan, et il y a actuellement plus de 35 000 pièces d'équipement considérées comme perdues (détruites, endommagées ou capturées) par les belligérants: 24 136 pour les Russes, 11 443 pour les Ukrainiens au 24/02/2026.
 
Si on regarde l'évolution de ces chiffres depuis le début de la guerre,  on voit que le déséquilibre est surtout durant la 1ere année et que ces 18 derniers mois, le rapport de perte tend à être de moins en moins favorable à l'Ukraine, au point qu'on en est maintenant à un rapport favorable aux Russes en ce qui concerne les pertes matérielles visuellement confirmées:
  • février 2022 - février 2023: 9400 pour les Russes, 3000 pour les Ukrainiens
  • février 2022 - août 2023: +2450 pour les Russes, +1250 pour les Ukrainiens 
  • août 2023 - février 2024: +2700 pour les Russes, +1000 pour les Ukrainiens 
  • février 2024 - août 2024: +2950 pour les Russes, +1100 pour les Ukrainiens 
  • août 2024 - février 2025: +2980 pour les Russes, +1550 pour les Ukrainiens  
  • février 2025 - août 2025: +2080 pour les Russes, +1725 pour les Ukrainiens
  • août 2025 - février 2026: +1550 pour les Russes, +1800 pour les Ukrainiens

Au total, on en est à un rapport de 2,1:1 en faveur des Ukrainiens en ce qui concerne les pertes matérielles prouvées, conséquence de la nette dégradation du ratio ces 18 derniers mois. Avant, on était à 2,3:1 en août 2025, 2,6:1 en février 2025, à 2,8:1 d'août 2023 à  août 2024, et la baisse est encore plus marquée comparé à ce qu'il était en février 2023 (3,1:1). Mais pour estimer le rapport réel, il faut bien entendu estimer quelles sont les pertes réelles (dont les pertes documentées ne sont qu'un sous-total) des deux camps. Comme précédemment, je m'appuie sur l'avis des analystes militaires (par exemple le Colonel Michel Goya) qui pensent qu'il faut multiplier les chiffres des pertes documentées par un facteur compris entre 1,3 et 2 pour obtenir les pertes réelles. Cela donne une fourchette de 31 400 à 48 250 équipements lourds perdus par les Russes, et une fourchette de 14 900 à 22 900 pour les Ukrainiens.

Il y a donc probablement un rapport de 1,4:1 à 3,2:1 en faveur des Ukrainiens en ce qui concerne les pertes matérielles réelles. Le Colonel Goya estimait (en juillet 2022) que les pertes russes étaient plus documentées que les pertes ukrainiennes (et donc qu'on serait plutôt dans le bas de la fourchette), mais j'ai du mal à croire que c'est encore le cas actuellement, chaque camp publiant un grand nombre de photos/videos.

Pour finir, je rappelle que ce rapport est aussi une première indication en ce qui concerne les pertes humaines; en effet, pour deux armées équipées sensiblement au même niveau, les pertes humaines et matérielles sont peu ou prou proportionnelles, avec quelques écarts possibles. NB: il est possible que, désormais, l'armée ukrainienne soit bien mieux équipée que l'armée russes (notamment en véhicules blindés légers), et que cela se reflète dans les taux de pertes matérielles.

 

 

Les pertes humaines

Je vais surtout me concentrer sur les estimations du nombre de morts, en utilisant les mêmes méthodes que précédemment (où ces méthodes étaient expliquées).



Première méthode: estimation à partir du nombre d'équipement perdus

En suivant cette méthode (où chaque équipement perdu équivaut à 8 morts), et en utilisant mon estimation des pertes matérielles, j'obtiens:
Pour les Russes: de 251 200 à 386 000 morts
Pour les Ukrainiens: de 119 200 à 183 200 morts



Deuxième méthode: en corrigeant les chiffres donnés par les Ukrainiens

Le ministère de la défense ukrainien publie chaque jour un tableau des pertes russes (matérielles et humaines): 1 261 420 Russes éliminés (au 24/02/2026). Comme on peut comparer ce qui est déclaré à ce qui est confirmé par Oryx (pour les pertes matérielles), cela donne une estimation de la fiabilité de ces chiffres. Oryx confirme actuellement environ 14,5% des pertes russes déclarées par le ministère de la défense ukrainien. Il y a 6 mois, ce pourcentage était de 16,5%; Il y a 12 mois et 18 mois, ce pourcentage était de 20%, 27% il y a deux ans, 35% il y a deux ans et demi, et 45% il y a 3 ans. 

L'écart continue de se creuser donc entre les deux chiffres, et cela peut s'expliquer de deux manières:

  • soit c'est parce que les Ukrainiens gonflent leurs chiffres dans un but de propagande, par exemple pour compenser leurs difficultés dans le Donbas. Ce serait donc les Ukrainiens qui seraient moins fiables
  • soit c'est parce que proportionnellement moins de vidéo sortent, le caractère répétitif des combats fait que l'intérêt est moindre qu'au début de la guerre. Ce serait donc Oryx qui serait moins fiable

De plus, cette baisse peut aussi s'expliquer parce que l'armée Ukrainienne vise spécifiquement l'artillerie russe (qui a actuellement un taux de confirmation de l'ordre de 1%). A noter que, pour l'artillerie, Oryx recense environ 1200 pièces perdues par les Russes alors que plus de 9 000 pièces (majoritairement de l'artillerie tractée) ont été retirées des stocks russes. Il est donc probable que, au moins pour les pièces tractées, les pertes recensées par Oryx ne représentent qu'une faible partie des pertes réelles. 

Une autre raison de cet écart est que les Russes emploient de plus en plus de véhicules civils pour leur logistique ; or, Oryx ne les comptent pas. Par contre Oryx fourni aussi les chiffes excluant les UAV et les camions, et un autre chiffres ne comptant que les blindés. Cela donne alors des taux de confirmations suivant:

  • 23% si on exclut les camions des calculs
  • 39% si on ne compte que les véhicules blindés.

Je pense donc que c'est d'avantage un manque de documentation qu'une baisse de fiabilité des chiffres ukrainiens qui explique cet écart. Mais comme je ne peux pas le prouver formellement, je vais faire les calculs en utilisant ce taux de 14,5%, même si cela conduit à une petite sous-estimation des pertes russes.

L'inverse de 14,5%, c'est 6,9; autrement dit, les pertes annoncées par les ukrainiens sont, en moyenne, 6,9 fois plus élevées que les chiffres Oryx.  Donc, comme les pertes matérielles réelles (équipement) sont de 1,3 à 2 fois celles observées, il suffit de multiplier les chiffres donnés par le ministère ukrainien par 1,3/6,9 et 2/6,9 pour avoir les bornes inférieures et supérieures des pertes réelles. En supposant que le même facteur correctif peut être appliqué aux pertes humaines, on obtient:


Pour les Russes: de 238 000 à 365 000 morts
Pour les Ukrainiens: cette méthode ne peut pas être employée.

NB: ces chiffres sont quasiment identiques à ceux de l'estimation d'août 2025, en fait ils sont même légèrement inférieurs. Cela ne signifie pas qu'il n'y a eu aucune perte russes en 6 mois, mais que la dégradation du taux de pertes confirmées, principalement du à tout ces véhicules civils qui sont comptés par les Ukrainiens mais pas par oryx, compense l'augmentation des chiffres annoncés par les Ukrainiens. Si on prend à la place un taux de confirmation de 23%, on obtiendrait un chiffre de 377k à 580k morts russes. Et si on prend le chiffre de confirmation des blindés (seuls 39%), cela donnerait de 640k à 980k morts.  Je garde ces chiffres en tête non pas parce que serait des estimations valides (ce n'en sont pas à mes yeux) mais pour voir comment évoluent ces chiffres lors des futures estimations.


Méthode 2 bis: on peut aussi choisir un intervalle plus grand en estimant les pertes réelles entre le pourcentage de pertes confirmées (14,5%) et 100% du total annoncé par les Ukrainiens. Ce qui donne des pertes russes comprises entre 180 000 et  1 260 000 morts (j'arrondis à la dizaine de milliers)
 
NB: on lit souvent, dans les journaux, que le chiffre indiqué dans les bilans quotidiens des pertes russes couvrent les morts et blessés, et non juste les morts. Il est vrai que la formulation ("eliminated personnel" en anglais) est ambiguë mais:
  • lors des premiers bilans, en 2022, ce chiffre était bien présenté comme le nombre de russes morts. Pas "tués et blessés".
  • ce n'est que lorsque le chiffre a dépassé les 200 000 (au printemps 2023) que les gens ont commencé à le présenter comme étant le total "tués et blessés"
  • j'ai déjà argumenté plusieurs fois pour dire que les chiffres indiqués par les Ukrainiens sont certainement surestimés, mais pas tant que ça, et que pour les pertes humaines, il faut diviser par 3 ou 4 les chiffres ukrainiens pour avoir une estimation plus "correcte". Donc si le chiffre actuel de 1 260 000 représente le total "morts+blessés", cela signifierait que l'estimation correcte serait de 270 à 360 000 morts et blessés. Or, ces chiffres sont très inférieurs aux autres estimations (1 000 000 tués et blessés, au minimum, et très probablement bien plus), et donc probablement faux.
  • Est-ce que je crois qu'il y a 1 260 000 morts russes ? Non (cf la conclusion, plus bas). Par contre, le chiffre de 238 000 à 365 000 morts me semble être une estimation raisonnable.


 

Troisième méthode: évaluation à partir du nombre de Russes recrutés pour faire la guerre

Dans mes deux premières estimations, j'avais utilisé les chiffres de la prétendue "république populaire de Donetsk" (DNR), qui publiait jusqu'à début décembre 2022 des tableaux détaillés de ses pertes, et donnait le chiffre de presque 4000 morts. On pouvait en déduire une estimation des pertes russes totales à cette date (environ 80 000 morts). Cependant, comme le décompte s'est arrêté il y a maintenant plus de 3 ans, je ne pense pas que ça a grand sens d'extrapoler pour essayer d'en déduire les pertes actuelle. J'ai donc abandonné cette méthode depuis longtemps. 
 
Je l'ai remplacée par une autre méthode (assez peu fiable), elle aussi basée sur les déclarations russes. A l'heure actuelle, la Russie a envoyé en Ukraine entre 1,7 et 1,95 million d'hommes selon leurs propres déclarations et/ou déclarations des Ukrainiens:
  • invasion initiale février 2022: ~ 180k 
  • renforts printemps/été 2022 (3e corps, BARS): > 30k
  • prisonniers recrutés par Wagner sept/oct 2022: > 50k
  • mobilisation "partielle" septembre 2022: 300k (*)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2023: 340k (**) - 490k (*)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2024: 360k (**) - 410k (*)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2025: 400k - 440k (***)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2026: 40k-50k (****)

(*) selon les chiffres russes, donc sujet à caution.

(**) le ministère de la défense britannique, et les services de renseignement ukrainiens, estiment tous deux que la Russie recrute environ 30 000 hommes/mois dans son armée. Il est possible que ce chiffre soit un peu plus bas fin 2024-début 2025.

(***) le 2 juillet 2025, les Russes annonçaient plus de 210k contrats signés pour les 6 premiers mois de 2025, soit 420k annuels. Poutine annonçait 60k nouvelles recrues mensuelles, Zelensky chiffrait les recrues russes mensuelles entre 45k et 47k. Cependant, aucune des deux déclarations (Poutine comme Zelensky) ne semble très fiable Reuters annonçait plus de 422 000 recrutements pour 2025. Je vais donc partir sur cette dernière estimation +-5%.

(****) Les Ukrainiens ont annoncé qu'ils avaient éliminés plus de Russes en décembre 2025 et janvier 2026 que les recrutements de l'armée russe, qu'ils estimaient à 27k en décembre et 22k en janvier. Vu les difficultés qu'ont les russes à recruter, je pars sur une estimation de 20 à 25k recrues par mois.


Or, les déclarations russes et estimations récentes montrent que 700 000 soldats russes (environ) sont en Ukraine (j'étais arrivé au chiffre de 450 à 500 000 en avril 2024). Où sont donc passé les (1 700 000 à 1 950 000) - 700 000 = 1 000 000 à 1 250 000 soldats russes qui ne sont plus en Ukraine ? Probablement morts ou blessés. Si on estime qu'il y a un rapport de 2 à 4 blessés pour 1 mort, cela donnerait une estimation comprise entre 200 000 et 415 000 morts russes. La méthode est relativement peu fiable, mais on retrouve le même ordre de grandeur que les autres estimations. 


Quatrième méthode: évaluation à partir du nombre d'officiers russes tués

Autre méthode employée par Xavier Tytelman. Utiliser le nombre d'officiers russes dont la mort en Ukraine a été confirmée (7800). Doubler ce nombre (pour considérer tous ceux dont la mort n'a pas été confirmée). NB: si en 2022, il n'était pas illogique de doubler le nombre de morts confirmés, après 4 ans de guerres les pertes sont mieux documentées. Je vais légèrement modifier la méthodologie en estimant que le nombre réel d'officiers russes tués est dans une fourchette entre 1,3x et 2x le nombre de morts confirmés (même facteur multiplicatif que pour les pertes matérielles). Multiplier ensuite par 30 (d'après Tytelman, même s'il fait une confusion entre "pertes" et "morts" dans son analyse); on obtient alors de 304 000 à 468 000 morts russes.
 
Petite note sur le nombre d'officiers russes tués:
  • fin février 2023, il y avait 2000 cas documentés, soit 1000 / 6 mois
  • fin août 2023, 2700 (+700)
  • fin février 2024, 3600 (+900)
  • fin août 2024, 4600 (+1000)
  • fin février 2025, 5600 (+1000)
  • fin août 2025, 6750 (+1100)
  • fin février 2026, 7800 (+1050)

Au début de la guerre, il y a eu beaucoup d'officiers tués; d'une part à cause de la confusion et des lignes de ravitaillement trop longues lors de l'offensive sur Kyiv; d'autre part car le ratio officier/non officiers était bien plus élevé dans l'armée russe "de métier" et que ceux-ci étaient plus en avant dans les grandes offensives mécanisées. Avec la mobilisation de septembre 2022, les officiers ont eu tendance à plus laisser les simples soldats combattre en première ligne, et le nombre d'officiers tués a chuté. Puis,  avec l'intensification des combats, le chiffre est reparti à la hausse, avant de se stabiliser autour d'environ 1000 officiers identifiés comme morts tous les six mois.

 
 

Cinquième méthode: se fier aux estimations faites par les services de renseignement/media

Les estimations des pertes humaines par les services de renseignement occidentaux se font de plus en plus rares dans les média. Cependant, divers journaux  (et responsables politiques) ont pris le relais. Quand une estimation est donné en nombre de morts et blessés (sans préciser explicitement le nombre de morts), je vais considérer que les morts représentent entre 1/5 et 1/3 de ce total (en me basant sur un ratio morts:blessés de 1:2 à 1:4)

Le 17 octobre 2025, The Economist estimait qu'il  y avait eu entre 190 000 et 480 000 morts russes.

En janvier 2026,  le CSIS estimait qu'il y avait eu entre 275 000 et 325 000 russes tués (jusqu'en décembre 2025). Le même rapport estime qu'il y a eu entre 100 000 et 140 000 ukrainiens tués durant la même période. Ce rapport est très souvent repris dans la presse anglo-saxonne.

Le 20 février 2026, dans un article portant sur les débuts de la guerre, The Guardian cite un chiffre pour les pertes russes: 400 000 russes tués, mais sans détailler sa source ou le mode de calcul.

Le site UALosses.org continue de recenser les morts ukrainiens. Ils en recensent 93300, dont 6200 pour la période de 2014 à 2021. Si on considère, comme précédemment, que 75% des morts ukrainiens sont recensés, cela donne environ 116 100 morts ukrainiens. En s'appuyant sur ces mêmes chiffres, la BBC estime elle le nombre de morts ukrainiens à 200 000

Contrairement aux fois précédentes, BBC Russia / Mediazona n'ont pas (encore) publié d'estimation des pertes russes, leur dernière étant celle de juillet-août 2025. A l'époque, ils avaient recensé 120 000 morts russes, et estimaient les pertes réelles entre 206k et 291k morts russes. En février 2026, ils ont recensé la morts de 200 186 russes. En supposant le même rapport qu'en août 2025, cela donnerait de 343 500 à 485 000 morts russes. NB il ne s'agit pas d'un chiffre validé par BBC Russia / Mediazona, mais d'une simple extrapolation linéaire. Un autre article de la BBC, cité plus haut, estime à partir des ces chiffres qu'il y a eu entre 286 000 et 413 500 morts russes.



Conclusion: environ 2 millions de morts et blessés

Bien que ne coïncidant qu'imparfaitement entre elles, ces différentes estimations donnent un ordre de grandeur des pertes matérielles et humaines: environ 310 000 morts côté russe, environ 135 000 morts côté ukrainien.


En terme de vraisemblance, je dirais qu'à l'heure actuelle (fin février 2026):

Intervalles probables (indice de confiance > 60%)
- les Russes comptent probablement de 250 000 à 380 000 morts
- les Ukrainiens comptent probablement de 115 000 à 155 000 morts


Intervalles très probables (indice de confiance > 95%)
- les Russes comptent très probablement de 200 000 à 450 000 morts
- les Ukrainiens comptent très probablement de 95 000 à 185 000 morts

NB: on ne parle là que des pertes militaires. Côté ukrainien, il faut aussi rajouter les pertes civiles, très importantes. Par exemple, il pourrait y avoir eu 100 000 morts rien qu'à Marioupol. Xavier Tytelman estime qu'il y a eu plus de 200 000 morts civils (ukrainiens) dans les territoires occupés.


Comme je l'ai dit et répété lors des estimations précédentes,  il faut prendre ces chiffres comme un ordre de grandeur plus qu'un chiffre exact. Il y a une grande incertitude, en particulier sur les pertes russes. Je remarque que, si mes estimations sont généralement plus élevées que ce qu'on trouve dans les journaux, ces dernières s'en rapprochent maintenant beaucoup.

La raison est peut-être que les journaux ont eu tendance à sous-estimer le nombre de morts, surtout côté russe, ne voulant pas croire que Poutine pouvait accepter de perdre autant de soldats. On remarque aussi que le comptage de Mediazona/meduza et les estimations associées, sur lesquelles s'appuient beaucoup les journaux, augmente de façon exponentielle, en partie parce que la guerre est plus meurtrière, mais surtout parce que leurs premières estimations étaient très en dessous de la réalité.

  • 1re estimation: 47 000 (jusqu'à mai 2023) soit une moyenne de 3 100 morts/mois
  • 2e estimation: 75 000 (jusqu'à décembre 2023) soit une moyenne de 3 750 morts/mois
  • 3e estimation: 120 000 (jusqu'à juin 2024) soit une moyenne de 4 280 morts/mois
  • 4e estimation: 138 500 à 200 000 (jusqu'en janvier 2025) soit une moyenne de 3900 à 5700 morts/mois
  • 5e estimation: 185 000 à 276 500 (jusqu'en juillet 2025) soit une moyenne de 4500 à 6700 morts/mois
  • 6e estimation: 286 000 à 413 500 (jusqu'en février 2026) soit une moyenne de 6000 à 8600 morts/mois

Alors, peut-être que mes premières estimations étaient un peu trop hautes, mais j'ai tendance à penser que, surtout les premiers mois, les Russes ont tout fait pour cacher leur nombre de morts. Les 5 méthodes que j'utilise (toujours les mêmes ou presque depuis le début) ne montrent en tout cas pas une augmentation drastique du nombre de morts avec le temps:
  • selon la méthode 1, la première année fut, de loin, la plus meurtrière
  • selon la méthode 2, les annonces ukrainiennes ont bien considérablement augmentés, mais le taux de confirmation a bien baissé, ce qui fait que l'estimation de croit que lentement, et elle a même baissé ces 6 derniers mois
  • pour la méthode 3, j'ai changé de méthode, aussi je ne peux pas faire le suivi des estimations
  • pour la méthode 4, le nombre d'officier russes confirmés comme morts est assez constant (environ 1000 par semestre) depuis 2024
  • pour la  méthode 5, ça dépend des estimations; mediazona/BBC Russia était parti de très bas et ont dû réviser à la hausse leur estimation, comme j'en ai parlé plus haut. Au contraire, les renseignements américains étaient partis de plus haut, puis ont cessé d'augmenter les nombres qu'ils donnaient, comme s'ils avaient peur d'admettre qu'il y a eu plus de 100 000 Russes rués.
Donc ces 5 méthodes montrent quelque chose d'à peu près linéaire. Cela va à l'encontre des nombreux témoignages et données montrant que la guerre s'intensifie. Aussi il faut rester prudent dans les estimations, et garder à l'esprit que les pertes sont peut-être bien plus importantes que ce que les données OSINT montrent.


Il y a 18 mois, j'avais indiqué qu'il y avait probablement 1 million de morts et blessés, un chiffre double de ce qu'indiquait Wikipedia à l'époque. Or, il semble malheureusement que j'étais en dessous de la réalité, notamment pour les pertes civiles. A l'heure actuelle, il y a probablement environ 2 millions de morts et blessés (voire plus), tous camps confondus (civils + militaires), pour cette guerre inutile qui pourrait s'arrêter à tout moment, dès que la Russie renonce à envahir l'Ukraine et retire ses troupes. Chaque jour qui passe, chaque mort et blessé supplémentaire est une tragédie dont la responsabilité incombe totalement à Vladimir Poutine et à tous ceux qui, en Russie comme ailleurs, le soutiennent et lui permettent de continuer à commettre ses crimes.





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