mardi 3 février 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de janvier 2026

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de janvier 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, mais à un rythme moins soutenu que les mois précédents, peut-être à cause d'une météo particulièrement froide. Ce mois-ci, ce sont surtout les frappes aériennes à longue portée et la situation internationale qui ont connu des évolutions majeures.

Comparaison de la rapidité de plusieurs offensives, par le CSIS



Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre), 902 (décembre), 1126 (janvier)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre), 34 (décembre), 46 (janvier)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre), 13 (décembre), 24 (janvier)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre), 25 (décembre), 19 (janvier) 
La remontée des chiffres annoncés se poursuit dans trois des quatre catégories. Les chiffres concernant l'artillerie reviennent au niveau du mois de septembre, avant leur baisse spectaculaire et leur remontée tout autant spectaculaire. Plus généralement, comparé au mois de novembre, il y a une remontée des pertes matérielles  (5 615) et baisse des pertes humaines (31 680), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

Il est difficile d'interpréter ces variations. Je croyais avoir identifié une tendance significative en ce qui concerne les chiffres sur l'artillerie, mais la tendance s'est complètement inversée et on se retrouve au point de départ (avec des chiffres supérieurs à 1100 pertes / mois, dont 99% ne sont pas confirmées visuellement). Il y avait eu la même chose fin 2024, avec les chiffre MLRS qui avaient baissé au point d'être quasiment nuls, avant de remonter quelques mois plus tard sans explication.

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en décembre 221 pertes russes et 291 pertes ukrainiennes. C'est donc, de nouveau, un ratios terriblement mauvais pour l'Ukraine, comme toujours à cause d'un nombre de perte russe très bas (qui contraste fortement avec les chiffres annoncés par les Ukrainiens). Cela fait maintenant près d'un an que c'est ainsi. 


L'Ukraine perd la bataille de l'énergie

En décembre, la Russie a lancé environ 4600 drones et 130 missiles, des chiffres en baisse par rapport à décembre mais cette baisse ne signifie pas que l'Ukraine a été moins touchée par les attaques russes, bien au contraire. Déjà parce que le taux d'interception des missiles à baissé, ce qui fait que le nombre de missiles non-interceptés est à peu près le même (une soixantaine ont atteint leur but en décembre comme en janvier). Mais surtout, parce que les conséquences de ces frappes sur le réseau électrique ukrainien ont été dévastatrices. Tout au long du mois de janvier, il y a eu de très nombreuses coupure d'électricité en Ukraine, culminant par un "black out" complet

Et si, de son côté, l'Ukraine a continué de frapper les installations pétrolières russes, ces attaques ont été bien moins nombreuses que les mois précédents:

01/01 Raffinerie d'Ilsky

06/01 dépôts pétroliers de Usman et de Stary Oskol

07/01 un pétrolier en mer noire (origine de l'attaque incertaine)

10/01 dépôt pétrolier de Zhutovskaya

22/01 terminal pétrolier de Taman

23/01 dépôt pétrolier de Penza

Alors certes, les exportations russes en janvier ont atteint un niveau très bas, mais c'est plus l'effet des frappes des mois précédents que celles de janvier. Pourquoi l'Ukraine a-t-elle interrompu ces frappes ? Comme d'habitude, on n'a pas de certitudes, mais au moins deux hypothèses très plausibles.

La première est que les Ukrainiens n'ont pas les missiles/drones pour continuer ces frappes. En particulier, les missiles FP-5 Flamingo, qui avait été annoncés avec fracas en août 2025, n'ont toujours pas tenu leurs promesses et sont les grands absents de cette campagne aérienne. 

La seconde est que, une fois de plus, les Occidentaux (probablement le traître Trump) ont fait pression sur les Ukrainiens pour que ceux-ci interrompent leur campagne pour privilégier les "négociations" avec la Russie qui ne mènent à rien. Si c'est le cas, alors c'est complètement lamentable de la part des Occidentaux qui offrent à la Russie un répit inespéré.

Quoi qu'il en soit, le fait est que l'Ukraine a perdu la bataille de l'énergie: la Russie a réussi à détruire (ou du moins fortement endommager) son approvisionnement énergétique tandis que l'Ukraine n'a pas réussi à détruire (ou du moins fortement endommager) l'industrie pétrolière russe. 

Alors, face à ce résultat, certains se diront que l'Ukraine aurait mieux fait de ne pas se lancer dans cette bataille, selon le "raisonnement" que les frappes russes sur le réseau ukrainien sont une "riposte" face aux attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. C'est du moins le narratif russe, et comme toujours, il est mensonger. Que l'Ukraine frappe ou non les raffineries russes, ça ne change rien aux plans russes, qui ont toujours été de détruire le réseau énergétique ukrainien cet hiver (comme les hivers précédents). Donc, c'est une bonne chose que les Ukrainiens aient lancé cette campagne aérienne, et ça ne sert à rien de tenter de négocier une trêve avec les Russes, ceux ci ne la respecteront pas.



Les guerres de Trump

L'autre grande "nouvelle", si l'on peut dire, de ce mois de janvier 2026 est que Trump a officiellement enterré l'ordre international, qui était déjà malade depuis bien longtemps. Désormais, Trump s'estime en droit d'attaquer qui il veut (y compris les alliés des USA), quand il veut, comme il veut. Et c'est très exactement le genre de chaos qui profite à la Russie.

Certains ont dit que son raid  au Venezuela a été un coup dur pour la Russie, Maduro étant officiellement un allié russe. C'est oublier qu'en 2019, Poutine proposait déjà un "deal" à Trump sur la base de "à moi l'Ukraine, à toi le Vénézuela". Que Trump agisse selon ce principe en 2026 est tout bénéfice pour Poutine.

D'autant plus que Trump ne s'est pas arrêté là. En menaçant tour à tour le Groenland, le Canada et d'autres pays de l'OTAN, Trump détruit cette alliance et affaiblit l'aide à l'Ukraine bien plus efficacement que tout ce que Poutine pourrait faire. Et quand on voit Mark Rutte (et d'autres dirigeants européens) l’appeler "papa" et s’aplatir devant lui, c'est à la fois pathétique et ignoble. Cette servilité les empêchent de comprendre qui est Trump (ils devraient pourtant l'avoir compris, depuis le temps ...) et c'est bien là le plus grand danger pour l'Ukraine: que plus personne n'ose tenir tête à Poutine et à son agent Krasnov. 

Et les médias, dans ce monde en chaos, continuent à parler de "négociations de paix" et du "Bored of peace" voulu par l'agent orange. Ils n'osent pas écrire que les premières ne mènent nulle part, et le second est une immense entreprise de corruption. L'année 2026 commence très mal.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

jeudi 22 janvier 2026

Où en est l'Europe ?

Près de 4 ans après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie, où en est-on ? Dans cette mini-série de billets, je vais tenter de voir l'évolution des forces militaires, de l'économie (et des capacités de productions), ainsi que la volonté politique des principaux acteurs de ce conflit: L'Ukraine, la Russie et les pays européens (pris dans leur ensemble). On commence par l'Europe.

Dire que, en février 2022, les pays européens n'étaient pas prêts à la guerre est un euphémisme. Qu'en est-il quatre ans après, alors que de nombreux généraux et responsables des services de renseignement alertent sur la possibilité d'un conflit armé avec la Russie d'ici peu ?


Evolution des dépenses militaires - Carte @Seb_Masson_


Volonté politique

En 2022, à l'exception notable de la Hongrie de Victor Orban, tous les pays européens soutenaient l'Ukraine, et le soutien était massif aussi dans les opinions publiques (bien que variable d'un pays à l'autre). 

Quatre an plus tard, plusieurs gouvernements pro-Ukraine ont été remplacés par des gouvernements plus sceptiques (République Tchèque, Bulgarie) voire carrément hostiles (Slovaquie). L'Allemagne et la Grande-Bretagne ont changé de majorité, mais par des gouvernements autant favorables à l'Ukraine. Il y a eu quelques sueurs froides, comme les nationalistes pro-russes qui sont arrivé en tête au Pays-Bas (mais ont dû mettre de l'eau dans leur vin pour former une coalition) ou en Roumanie, où un pro-russe a failli remporter la présidence. Plus inquiétant, dans les trois plus grands pays européens (Allemagne, France et Grande-Bretagne), ce sont des partis pro-russes qui ont le vent en poupe. Si un seul remporte les élections au niveau national, cela porterait un coup fatal à l'Ukraine.

  • en Grande Bretagne, le parti du traître Farage monte dans les sondages, mais reste encore (avec entre 10 et 15% d'intention de vote) en dessous des conservateurs (20 à 25%) et des travaillistes (environ 40%)
  • en Allemagne, l'AfD est crédité entre 25 et 30% dans les sondages, au dessus des autres partis mais c'est insuffisant pour prendre le pouvoir à eux seuls. Les conservateurs, seule force politique avec lesquels ils pourraient gouverner (ce qui est loin d'être acquis), sont en revanche très pro-Ukraine.
  • le véritable danger est la France, où le RN est crédité entre 35 et 40% des voix, ce qui pourrait être suffisant pour remporter les élections présidentielles/législatives en 2027. La France est électoralement le maillon faible de l'Europe, ce qui pose un gros problème de crédibilité quand, par exemple, il s'agit d'étendre la dissuasion nucléaire au reste de l'Europe ou de construire une Europe de la défense.


Dans les opinions publiques européennes, la cause de l'Ukraine était largement acquise en 2022. Depuis, ce soutient s'est quelque peu érodé, même s'il reste positif dans la plupart des pays européens. On remarque dans tous les pays une certaine polarisation politique dans le soutien à l'Ukraine, avec une majorité de partis pro-ukrainiens (plutôt au centre du spectre politique) et des partis pro-russes (même s'ils l'avouent rarement) plutôt aux extrêmes. Cette absence de consensus politique fait que l'aide à l'Ukraine peut être remise en question en cas de changement de majorité, ce qui peut se produire à n'importe quelle élection. 

En résumé, si les Européens n'ont pas tourné le dos à l'Ukraine (contrairement aux Etats-Unis de Trump), leur aide reste encore trop incertaine pour offrir des garanties de sécurité à long terme.



Comparaison entre pays

Je veux faire un état des lieux des différents pays, en regardant leur économie, leurs capacités militaires et leur capacité de production militaire, ainsi que leur aide à l'Ukraine. Comme il serait fastidieux de le faire pour chaque pays de l'UE (plus la grande Bretagne et la Norvège qui jouent un rôle non négligeable), je me contente de le faire pour quatre pays: la Pologne, l'Allemagne, la France et l'Espagne. J'ai choisi ces quatre pays car ce sont quatre "grands" pays, chacun avec une population supérieure à la population ukrainienne, il y a une continuité territoriale entre ces 4 pays, la Pologne étant en contact avec l'Ukraine (et donc on pourra voir si les efforts diminuent plus on s'éloigne de l'Ukraine) et aussi parce que ces pays sont, on va le voir, aux extrêmes dans leur réponse à l'invasion russe de l'Ukraine.

Je me suis basé sur des indicateurs qui ont bien des défauts, et ne reflètent qu'imparfaitement la situation, mais qui permettent au moins d'avoir certaine standardisation nécessaire pour pouvoir comparer les différents pays: 

  • critères économiques
    • croissance du PIB depuis 2022
    • dette publique (2025)
    • déficit public (2025)
  • capacités militaires
    • dépenses (%PIB)
    • effectifs
    • évolution depuis 2022
    • production d'obus 155mm
  • aide à l'Ukraine
    • selon Oryx
    • selon le Kiel Institute



En Pologne

Économiquement, la situation de la Pologne est bonne. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +5,3% en 2022
  • +0,2% en 2023
  • +2,9% en 2024
  • +3,2% en 2025
  • +3,4% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est très important: un peu moins de 6% en 2025 (le pire des 4 pays listés). En revanche, la dette publique, 58,1% du PIB en 2025, est la plus faible des 4 pays listés.

En ce qui concerne son budget militaire, il équivaut en 2025 à 4,7% de son PIB, très au dessus des autres pays listés, et en forte augmentation par rapport à 2022 (il était alors de seulement 2,4%), ce qui fait de la Pologne un des pays qui prend le plus au sérieux l'effort de réarmement nécessaire. Cet effort budgétaire a permis d'acheter un nombre très important d'équipements militaires: 500 HIMARS, 800 K9 (SPG coréen), des chars abrams (USA) et K2 (Corée), etc. En revanche (et c'est le cas de quasiment tous les pays de l'OTAN), l'armée polonaise n'est pas entrée dans l'ère de la dronisation comme les armées Russes et Ukrainiennes. En terme d'effectifs, l'armée polonaise compte plus de 250 000 militaires + 50 000 en réserve, organisés en 6 divisions (+ des unités plus petites). 

Quelques remarques:

  • une grande partie du matériel acheté ces 4 dernières années n'a pas été livré; l'armée polonaise est loin d'avoir atteint le potentiel permis par le doublement de son budget en 4 ans
  • l'armée active, avant 2022, avait moins de 150 000 hommes; il y a eu quasiment un doublement des effectifs
  • c'est, des 4 pays listés, celle qui dispose le plus d'artillerie, notamment les MLRS, et a au moins sur le papier la plus forte armée terrestre des pays de l'UE.

En ce qui concerne sa BITD, elle est en expansion même si la Pologne importe la plupart de ses équipements lourds. Le fait que la Pologne importe beaucoup en provenance de pays extra-européens (principalement les USA et la Corée du sud) fait que sa récente montée en puissance n'aide pas nécessairement à l'émergence d'une BITD Européenne. Cependant, ils savent aussi passer des accords avec d'autres partenaires européens. En ce qui concerne la production d'obus de 155mm, ils ont l'ambition de produire 200 000 obus/an, mais ça reste pour le moment un objectif affiché. Il semblerait qu'en 2025, ils produisent 30 000 obus/an. Je n'ai pas trouvé les chiffres de leur production en 2022.

Quant à l'aide que la Pologne apporte à l'Ukraine, elle a été très forte au début de la guerre et, si elle reste importante, diminue néanmoins car la Pologne n'a plus guère d'équipement soviétique à fournir, et privilégie probablement son propre réarmement. L'aide a néanmoins été très conséquente, et très appréciée par les Ukrainiens (page oryx): plus de 300 tanks (T-72M1 et PT91), plus de 300 IFV, 14 MiG-29, etc. Selon le Kiel Institute, l'aide totale de la Pologne est de 5,5 milliards d'euros, soit 0,92% du PIB.



En Allemagne

Économiquement, la situation de l'Allemagne reste plutôt bonne malgré une croissance plus faible. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +1,8% en 2022
  • -0,9% en 2023
  • -0,5% en 2024
  • +0,2% en 2025
  • +0,9% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est faible (2,5% du PIB en 2025). La dette publique, qui augmente, reste relativement faible: 62% du PIB en 2025.

En ce qui concerne son budget militaire, il équivaut en 2025 à 2% de son PIB, ce qui représente une hausse assez importante par rapport à 2021 ( environ +50%) et, en valeur absolue, le plus gros budget de défense européen. Suite à l'invasion de 2022, l'Allemagne avait prévu 100 milliards supplémentaires pour son réarmement,  et son récent budget montre qu'elle se fournira principalement en Europe, même s'il faut noter que pour certains systèmes critiques, les Allemands continuent de faire confiance aux Américains, ce qui est à mon avis une grosse erreur vu le positionnement de Trump et toute sa bande de traîtres et de mafieux.

En ce qui concerne les effectifs, il est notable qu'en dépit de l'augmentation du budget, ils sont sensiblement les mêmes qu'en 2021 (moins de 200 000 personnes). L'armée allemande a du mal à recruter, ce qui explique pourquoi ses effectifs restent très inférieurs aux besoins (il faudrait 100 000 militaires supplémentaires), malgré des salaires bien supérieurs à ceux de l'armée française. L'effectif de son armée de terre dépasse à peine les 60 000 hommes, organisés en 3 divisions blindées/mécanisées et 2 divisions de support. C'est une taille très insuffisante pour répondre à la menace russe. Son équipement terrestre est moderne mais dispose de peu d'artillerie (moins de 200 pièces lourdes), des chars en nombre limités (moins de 300) mais énormément de transports blindés (plus de 3000). Sa BITD est assez conséquente, mais très portée sur le matériel onéreux plus que nombreux et ne semble pas encore avoir tiré les leçons de la guerre en Ukraine, notamment en ce qui concerne les drones. Si au début de la guerre, l'Allemagne produisait peu d'obus, elle a fait un effort conséquent, étant capable notamment de livrer plus de 50 000 obus/mois à l'Ukraine. En 2025, sa production est estimée à 700 000 obus de 155mm, et il est prévu d'augmenter ce chiffre de 50% en 2 ans.

Quant à l'aide que l'Allemagne apporte à l'Ukraine, elle est très importante, du moins sur le papier (page oryx). En valeur, elle est le second donateur, après les USA, et si on ne compte qu'en 2025, elle est le premier donateur. Selon le Kiel Institute, l'aide totale de l'Allemagne est de 24,5 milliards d'euros, soit 0,66% du PIB. Mais c'est une aide qui se concentre surtout sur du matériel très onéreux (comme les batteries SAM Patriot et Iris-T), et surtout du matériel "défensif": pas de missile à longue portée, peu d'artillerie, et il ne faut pas oublier non plus que l'Allemagne a beaucoup "traîné des pieds" durant la première année de la guerre, là où l'aide aurait plus plus pu faire changer le cours de la guerre. Et c'est sans parler de la tragédie des "Taurus" que Berlin refuse de livrer depuis des années.



En France

Économiquement, la situation de la France est plutôt mauvaise, malgré une croissance plus forte que l'Allemagne. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +2,8% en 2022
  • +1,6% en 2023
  • +1,1% en 2024
  • +0,7% en 2025
  • +0,9% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est important: 4,6% du PIB en 2025. La dette publique, qui augmente, est la pire des quatre pays listés: 115,8% du PIB en 2025. de plus, depuis 2024, la France traverse une grave crise politique, avec un gouvernement minoritaire à l'assemblée nationale et des votes sur le budget qui n'arrangent pas sa situation économique.

Le budget militaire (50 milliards d'euros, soit 1,5% du PIB) est relativement faible, surtout quand on considère que la France est dotée de l'arme nucléaire, contrairement aux autres pays listés, et dispose d'un porte-avion nucléaire (seul pays hors USA à en avoir un). Notons aussi que l'augmentation du budget militaire depuis 2021 est la plus faible des quatre pays listés. Ses effectifs (plus de 200 000 personnes) sont pourtant supérieurs à l'armée allemande, dont 110 000 dans l'armée de terre (près du double de l'armée allemande). Cette dernière est organisée en 2 divisions de mélée (1ere et 3e) ainsi que des unités de support, et deux divisions d'infanterie légère (pour la légion étrangère et les forces outre-mer). La France dispose d'équipements performants (canons Caesar, avions Rafales, etc), mais souvent en trop petit nombre. Cependant, elle a peut-être plus que d'autres pays européens essayé de tirer des leçons de l'Ukraine, notamment en matière de drones

La France est le 2e exportateur mondial d'armes, ce qui témoigne de l'importance de sa BITD, mais il faut noter qu'une grande partie de ces exportations viennent de la vente de navires et de Rafales, et ne sont donc pas tournées vers ce que l'Ukraine utilise actuellement. Il y a une montée en puissance de la production de certains équipement (notamment les canons Caesar et les obus de 155mm, dont la production atteint désormais les 150 000 obus/an) mais d'autres (comme les missiles produits par MBDA) n'ont connu qu'une augmentation très modeste de leur production, très insuffisante pour répondre aux besoins ukrainiens.

En ce qui concerne l'aide à l'Ukraine, elle est faible en valeur. Selon le Kiel Institute, l'aide totale de la France est de 7,5 milliards d'euros, soit 0,29% du PIB. Cependant, ce chiffre ne reflète qu'imparfaitement la réalité. La page oryx n'est pas plus flatteuse, mais on sait que beaucoup du matériel livré (dont les Mirages 2000 et les SCALP) n'y figure pas. Absent également de cette comptabilité: le renseignement



En Espagne

Économiquement, la situation de l'Espagne est très bonne. Taux de croissance annuelle, d'après le FMI:

  • +6,4% en 2022
  • +2,5% en 2023
  • +3,5% en 2024
  • +2,9% en 2025
  • +2% en 2026 (prévisions)

Le déficit public est faible (2,5% du PIB) équivalent à celui de l'Allemagne et le seul inférieur à la croissance. Par conséquent, la dette publique, 103,4% du PIB en 2025 est la seule qui baisse (relativement au PIB) parmi les 4 pays listés (elle était à 105% en 2024).

Son budget militaire, équivalent à 1,4% du PIB en 2025, est en nette augmentation par rapport à 2024, mais est en valeur absolue comme relative le plus faible des quatre pays listés. De plus, l'Espagne est le seul pays de l'OTAN à avoir refusé l'objectif de dépenses militaires de "5% du PIB" que Trump voulait imposer.

Les forces armées espagnoles comptent environ 120 000 hommes (le plus faible des 4 pays listés), dont 85 000 dans l'armée de terre. Celle-ci est organisée en deux divisions de mêlée (+ unités de support), relativement bien équipées: plus de 250 tanks Leopard 2, de nombreux véhicules blindés, et environ 200 pièces d'artillerie lourde. La BITD espagnole, si elle n'est pas aussi importante que les BITD française et allemande, est relativement importante. L'Espagne est le 7e exportateur mondial, et la filiale espagnole de Rheinmetal produit maintenant 450 000 obus de 155mm par an (soit plus que la France et la Pologne réunies), en nette augmentation depuis 2022.

Selon le Kiel Institute, l'aide totale de l'Espagne est de 1,5 milliards d'euros, soit 0,12% du PIB. C'est vraiment très faible, et il n'y a rien de notable: quelques tanks et blindés, un peu d'artillerie. L'Espagne a vraiment fait le minimum (page oryx). La raison de ce choix n'est pas connue, mais on peut suspecter que l'éloignement géographique a pu jouer un rôle.



Conclusion

Cette analyse est très incomplète, mais elle permet de se faire une idée de là où en est l'Europe face à la menace russe et dans le soutien à l'Ukraine. S'il y a bien un effort de réarmement depuis 2022, cet effort n'est pas à la hauteur des discours politiques prononcés, ni à l'accroissement de la menace russe, comme si les hommes politiques ne croyaient pas à leurs discours présentant la Russie comme une menace à court ou moyen terme. 

En 2022, la Russie avait envoyé tout ce qu'elle pouvait en Ukraine, et ça ne représentait que 200 000 hommes environ, même si ses effectifs théoriques étaient bien plus importants. En 2026, l'armée russe "combattante" a au moins triplé de taille (on estime à environ 700 000 hommes la taille de son armée en Ukraine) et si elle est moins mobile et moins équipée en blindés, elle compense ça par son expérience acquise et par l'usage de drones. Face à cela, les armées européennes n'ont que modestement augmenté leurs effectifs (à l'exception de la Pologne) et guère plus augmenté leurs budgets, qui restent en deçà de ce qu'ils étaient durant la guerre froide (en pourcentage de PIB). Il y a de nombreuses raisons à cela, comme les contraintes budgétaires, la situation économique etc, mais cela reflète que l'Europe se pense toujours en paix, en dépit des discours des dirigeants affirmant le contraire, et surtout en dépit des faits qui montrent indéniablement que la Russie ne se contentera pas d'envahir l'Ukraine. Par conséquence, l'Europe est dans une bien moins bonne position qu'en 2022. Nous ne sommes pas prêts, et les efforts que nous avons bien voulu consentir pour essayer de contenir les Russes sont, jusqu'à présent, très insuffisants.

En fait, si Kamala Harris avait emporté l'élection en 2024, cet effort modeste aurait pu suffire. Mais avec le traître Trump au pouvoir, la léthargie des Européens est mortifère. Les Européens n'ont pas été capables de compenser l’arrêt des fournitures militaires américaines aux Ukrainiens, et ceux-ci en souffrent énormément. L'Europe doit en plus faire face à la rapacité mafieuse de Trump qui veut s'accaparer le Groenland. On pourrait bien sûr blâmer Trump, et en effet il est le premier fautif. Mais les Européens n'ont absolument rien fait pour anticiper le retour de Trump, alors qu'il était évident qu'il avait au moins une chance de gagner et que sa victoire serait une catastrophe pour l'OTAN, pour l'Europe et pour l'Ukraine. Et, alors même qu'il avait été élu, qu'il a annoncé ses intentions en février 2025 et agit tout comme un agent russe, les réactions des dirigeants européens ont été bien faiblarde, comme je le mentionne souvent dans mes points mensuels.

Plus généralement, les Européens (à l'exception de la France) se sont volontairement mis dans une situation de dépendance militaire vis-à-vis des USA, et ce pendant des décennies. Les différents versions d'une "Europe de la défense" ont été enterrés avant d'avoir eu une chance de pouvoir être mises en oeuvre, à commencer par la Communauté Européenne de la Défense, torpillée à l'époque par une alliance entre gaullistes et communistes. Et si la France a souvent poussé pour créer une telle organisation, nos partenaires européens avaient moins confiance en la France qu'en les USA. Et c'est encore le cas aujourd'hui; vue la situation politique en France, on peut effectivement difficilement prétendre à une place de leader, malgré le fait qu'on avait "raison" de ne pas compter sur les Américains. Car une France gouvernée par Le Pen ou Bardella serait aussi pourrie que les USA de Trump. Le poison qui a emporté les USA coule aussi dans les veines de l'Europe, et on ne fait rien pour lutter contre.


dimanche 4 janvier 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de décembre 2025

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de décembre 2025, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, à une exception près : Kupyansk. Dans cette ville du nord est de l'Ukraine, les Ukrainiens ont contre attaqué avec succès et ont sauvé la ville, au moins temporairement. Ailleurs, la situation des Ukrainiens est toujours très délicate, en particulier à Siversk, Pokrovsk et Houliaïpole.

Les attaques aériennes russes contre l'Ukraine, en 2025



Succès à Kupyansk

Le 20 novembre, la Russie a revendiqué le contrôle total de Kupyansk, une ville qu'ils attaquent depuis 2023 mais qui résistait bien jusqu'à l'automne 2024.  4 brigades ukrainiennes, qui combattent à l'est de la ville, était menacées d'encerclement. En fait, le sort de Kupyansk était compromis depuis juillet 2025, quand les Russes, du moins selon Deepstate Map, étaient à moins de 2km de la route approvisionnant Kupyansk. J'en parlais dans mon bilan de juillet 2025.

Le 9 décembre, Poutine a même décoré le général Kuzovlev pour la prise de Kupyansk. Trois jours plus tard, les Ukrainiens annoncent avoir contre-attaqué et repoussé la plupart des Russes de la ville, et l'on prouvé par des vidéos. Zelensky a même été jusqu'à l'entrée de la ville pour prouver la réalité du contrôle ukrainien. Pendant plus d'une semaine, le commandement russe a continué à prétendre qu'ils contrôlent la ville, avant de devoir finalement admettre (plus ou moins) la vérité. Cette séquence a d'ailleurs donné lieu à de beaux exemples de propagande russe insidieusement reprise par des journaux français. J'en avais analysé un exemple.

Cette victoire tactique ukrainienne, remportée sur un front où était en charge le général Drapaty, est importante pour plusieurs raisons:

  1. militairement, cela a sauvé plusieurs brigades ukrainiennes d'un risque d'encerclement, et permis de détruire plusieurs unités russes.
  2. politiquement, cela a permis à Zelensky de marquer des points, d'autant plus que c'est Poutine lui-même qui invitait les journalistes étranger à se rendre à Kupyansk pour "constater le contrôle russe"
  3. surtout, l'opération s'est fait dans un silence presque absolu. Dans mon bilan du mois de novembre, je notais que la carte de DeepStateMap n'avait pas été mise à jour au mois de novembre, en fait depuis le 19 octobre. Or, il semble que la contre-attaque ukrainienne a commencé le 17 octobre pour s'achever début décembre. Cela signifie que, pendant un mois et demi, les cartes OSINT n'ont pas montré la progression des Ukrainiens. Et que les Ukrainiens ont laisser les Russes croire qu'ils avaient pris la ville.

Ce dernier point est particulièrement important car, comme je l'ai déjà fait remarqué, en 2025 les Ukrainiens perdent la guerre d'attrition ... du moins si on se fie aux données OSINT. Par contre, si les déclarations des officiels ukrainiens sont (plus ou moins) corrects, ce sont ces derniers qui gagnent la guerre d'usure.

Et, pour divers raisons, les Ukrainiens ont tout intérêt à se présenter comme les "faibles" (et donc à ne pas dévoiler leurs succès plus que nécessaire) et les Russes comme "forts". La bonne OPSEC de l'opération de Kupyansk montre que les Ukrainiens sont peut-être bien moins désespérés que ce qu'affirment la plupart des analystes.



Situation difficile partout ailleurs

Cependant, ailleurs ce n'est pas la joie pour les Ukrainiens

A Pokrovsk et Myrnohrad, la situation est compliquée. Les Russes ont progressé, mais malgré leurs déclarations, il semblent qu'ils ne contrôlent pas encore les deux villes, qui sont en grande partie dans la "zone grise". Le sort des unités ukrainiennes qui s'y trouvaient est un mystère. Certes, les Russes ont capturés quelques petits groupes de soldats, mais cela fait peu comparé aux milliers de soldats ukrainiens censés s'y trouver. Tom Cooper accuse le général Sirsky d'envoyer des centaines de soldats ukrainiens à la mort pour essayer de "tenir" 10% de Pokrovsk, et si on a bien eu les images de quelques attaques ukrainiennes (et de la destruction d'une poignée de blindés, dont un char Abrams tout juste livré par l'Australie), notamment du 425e régiment d'assaut "Skala", il y a encore plus d'image de destruction des Russes à Pokrovsk. Je ferai, si c'est un jour possible, un bilan de la bataille de Pokrovsk. En attendant, voici celui de Xavier Tytelman, avec lequel je ne suis pas tout à fait d'accord, mais ça donne une idée, dans les grandes lignes, de cette bataille (qui n'est pas encore tout à fait terminée).

Les Russes ont aussi pris Siversk, à l'est de Sloviansk/Kramatorsk. Dans ce secteur, les Ukrainiens résistaient très bien jusqu'à il y a peu, avec notamment la défense exemplaire du village de Bilohorivka. Les brigades qui défendaient ce secteur (80e, 54e, 10e) sont particulièrement compétentes. Ou plutôt, elles étaient compétentes. Car la 80e a été envoyé dans le secteur de Sumy à l'été 2024, et les 54e et 10e brigades n'ont reçu quasiment aucun remplacement pendant de longs mois/années. Résultat: ces brigades ne sont plus capables de tenir ce front qu'elles tenaient depuis 2022 (sans aucune rotation), et la Russie a pu ainsi prendre Bilohorivka puis Siversk.

La réaction du haut-commandement ukrainien a été de limoger les commandants des deux brigades (10e et 54e), plutôt que d'admettre ses propres fautes à ne pas avoir pu réapprovisionner et/ou retirer ces deux brigades du front à temps. C'est la même chose qui est arrivé à Vuhledar, avec la 72e brigade qui, après avoir offert  l'Ukraine une de ses plus belles victoires défensives, a petit à petit été affaiblie, laissée sans renforts et incapable de tenir la ville face à des Russes aux effectifs toujours renouvelés. Cette mauvaise "gestion des ressources humaines" est un problème ancien de l'armée ukrainienne, qui s'est hélas aggravé au fil du temps. Le colonel Goya avait d'ailleurs écrit un billet à propos de ce problème en janvier 2025. C'est ce qui détruit petit à petit l'armée ukrainienne, et peut lui faire perdre la guerre, si rien n'est fait pour le corriger.

Un autre exemple de cette mauvaise gestion est ce qui arrive à Huliaipole, avec la 102e brigade de défense territoriale. Contrairement aux unités précédentes, celle-ci n'a jamais été une bonne unité. Mais, jusqu'à peu, le secteur où elle était positionnée était relativement calme, et elle avait alors la force nécessaire pour se défendre. L'activité russe a augmenté (puisque ce secteur devenait un axe de progression des russes), et la 102e ne recevant pas de renfort alors que les pertes s'accumulaient, et un imbroglio administratif suite à une réforme absurde de sa structure (un de ses bataillons étant formellement transféré à la 106e brigade, tout en restant dans les faits au même endroit, dans le secteur de la 102e), tout cela explique le désastre récent dans cette ville.

Tous ces exemples montrent qu'une réforme structurelle du haut-commandement ukrainien est urgente, et que cela ne pourra se fait qu'avec un signal fort, venu d'en haut: limogeage du général-en-chef Sirsky et de tous les autres responsables de ces échecs, mise en place de procédures qui pour rendre les généraux (notamment ceux en charge de la logistique) responsables de leurs échecs et une réflexion sur les causes profondes de ses erreurs doit être menée, plutôt que de se contenter de changer les noms des commandants sans changer la structure.


Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre), 902 (décembre)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre), 34 (décembre)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre), 13 (décembre)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre), 25 (décembre)
C'est une remontée spectaculaire des chiffres concernant l'artillerie ( ~ +50%), qui va à l'encontre de la baisse tendancielle des trois mois précédents. Plus généralement, comparé au mois de novembre, il y a une remontée des pertes matérielles  (4 839) et des pertes humaines (35 050), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

Il est difficile d'interpréter ces variations. On pourrait bien sûr croire que (comme cela n'est que du déclaratif) que les Ukrainiens exagèrent les pertes russes, surtout en ce qui concerne l'artillerie. Mais de nombreux signes indiquent que les combats ont été encore plus violents en décembre, les Russes faisant tout pour concrétiser leur avantage et pour gagner du terrain.

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en décembre 280 pertes russes et 319 pertes ukrainiennes. Comme en novembre, les pertes russes sont à leur niveau anormalement bas (à moins que ce soit la nouvelle normale) tandis que les pertes ukrainiennes, sont aussi importantes qu'au mois d'octobre et de novembre. Le ratio mensuel de pertes visuellement confirmées est s'est un peu amélioré, mais reste terriblement mauvais pour l'Ukraine. 


Attaques russes à longue distance

En décembre, la Russie a lancé environ 5300 drones et 180 missiles, des chiffres légèrement en baisse par rapport à ceux de septembre, octobre et novembre. Principales attaques, selon les Ukrainiens:
  • 6 décembre: 653 drones, 51 missiles
  • 14 décembre: 465 drones, 30 missiles
  • 23 décembre: 635 drones, 38 missiles
  • 27 décembre: 519 drones, 40 missiles
Et, une fois de plus, je constate qu'il n'y a toujours aucune réaction des Occidentaux. La pétition Skyshield atteint tout juste les 60 000 signatures. On n'a aucune parade contre des centaines de drones lancés chaque nuit, et les Européens semblent se dire "tant que ce sont les Ukrainiens qui subissent ça, tout va bien" sans réaliser qu'ils sont les suivants sur la liste de Poutine. Cette cécité va leur coûter très cher dans les prochaines années.


L'Ukraine s'attaque aux plateformes pétrolières de la mer Caspienne 

De son côté, l'Ukraine poursuit sa stratégie de frappes sur les infrastructures pétrolières russes:

NB: j'ai un peu moins suivi les actualités à partir de mi-décembre, il est probable que cette liste ne soit pas exhaustive.

La nouveauté, ce mois-ci, est qu'au moins 4 plateformes pétrolières russes situées en mer Caspienne ont été attaquées. En revanche, il est difficile d'évaluer les dégâts que ces attaques causent. Les Russes ont toujours du pétrole et  continuent à en exporter, mais les revenus qu'ils en tirent ont considérablement baissé. Rien que ça suffit pour que l'on considère cette campagne ukrainienne comme un succès au moins partiel.


Diplomatie: les média continuent de promettre "un accord de paix" pour bientôt (à tort)

Le mois de décembre a vu les médias s'exciter, encore et toujours sur le "plan de paix", les discussions à Miami, en affirmant (ou en sous-entendant) que la paix est pour bientôt, que l'accord est finalisé à 90%, etc. Il faut dire que les hommes politiques sont les premiers à afficher de soit-disant progrès dans ces "négociations", alors que la vérité est à la fois simple est cruelle:
  1. l'Ukraine propose des concessions, très importantes
  2. la Russie refuse de faire la moindre concession
  3. les USA de Trump sont du côté de la Russie
  4. les Européens ne foutent rien (ou trop peu) et ne se défendent pas face au tandem infernal Trump-Poutine.
Parler de "négociation de paix" comme le font les média, pire, parler de "progrès", c'est tromper délibérément le public. Il n'y a pas de négociation de paix. Il n'y a pas de progrès. Les Russes veulent que l'Ukraine cède à toutes leurs demandes, Trump veut la même chose (mais doit faire semblant de soutenir l'Ukraine), l'Ukraine ne peut l'accepter, et tout le reste n'est qu'un cirque médiatique destiné à masquer le fait que:
  1. Poutine espère qu'il aura tout ce ce qu'il veut sur le long terme, que ce soit militairement ou "diplomatiquement"
  2. l'Ukraine espère quelque chose, mais quoi ?  L'effondrement de l'économie russe ? Que Trump leur viennent finalement en aide ?
  3. les Européens paralysés serrent les fesses en espérant un miracle
Dès lors, il est vain de croire que la guerre va s'arrêter bientôt, malgré ce qu'en disent les média. Le plus probable, c'est qu'il se passera encore des mois, voire des années avant que l'un des camps soit à terre et doive faire le deuil de ses espérances.


Analyses précédentes

2023

2024

2025

mardi 16 décembre 2025

Comment repérer la propagande russe (4)

Cet article Guerre en Ukraine : la Russie affirme avoir pris "le contrôle" de la ville de Koupiansk, un point stratégique pour la suite de conflit paru dans le Midi Libre est un bel exemple de propagande russe sous couvert de fausse neutralité journalistique.

Alors certes, comme le précédent exemple de ma série de billets sur la propagande russe, le journaliste donne la parole à la fois aux Russes et aux Ukrainiens, sans faire d'analyse, ce qui est déjà une forme de mauvais journalisme hélas très présente dans les médias. Mais remarquez comment le journaliste, par sa mise en forme et le choix de ce qu'il met en avant, fait basculer cet article du côté pro-russe:

  1. Seule la parole russe est mentionnée dans le titre et dans le début de l'article. La parole ukrainienne est reléguée au troisième paragraphe. Or, on est sensible à l'effet de primauté (c'est un biais cognitif bien connu), qui est donc utilisé ici pour favoriser les Russes
  2. le journaliste ne mentionne pas que les Russes avaient déjà fait une annonce similaire le 20 novembre, puis début décembre (ce qui décrédibiliserait la nouvelle annonce russe) mais choisit au contraire de mentionner des annonces de prises d'autres villes ukrainiennes (Vovchansk et Pokrovsk) par les Russes (ce qui crédibilise l'annonce de la prise de Kupyansk)
  3. Concernant la visite de Zelensky, elle est présentée ainsi: "Volodymyr Zelensky avait déclaré vendredi 12 décembre avoir rendu visite aux troupes dans la zone de Koupiansk". Notez le "dans la zone de" alors que Zelensky a filmé une vidéo géolocalisée à l'entrée de la ville, ce qui décrédibilise complètement les annonces russes. En effet, cela prouve que la zone est suffisamment contrôlée par les Ukrainiens pour que Zelensky puisse s'approcher aussi près de la ville. Ce n'est pas Poutine qui ferait de même.
  4. Plus généralement, les avancées ukrainiennes sont toujours présentées comme "les Ukrainiens disent que", sans jamais mentionner que des analystes indépendants (comme ceux qui font DeepStateMap et PouletVolant), se basant sur de nombreuses preuves visuelles, valide les avancées ukrainiennes, et que les milbloggers russes les confirment aussi.

Cet article du Midi Libre omet donc (volontairement, ou par erreur) tout ce qui décrédibilise les annonces russes, et au contraire met celles-ci en avant, alors qu'aucune preuve ne vient les étayer (c'est le moins qu'on puisse dire). Cela justifie donc que je le qualifie de propagande russe.

jeudi 4 décembre 2025

Guerre en Ukraine: bilan du mois de novembre 2025

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de novembre 2025, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, et menacent de prendre (ou ont déjà pris) trois villes clefs de la ligne de défense ukrainienne: Kupyansk, Pokrovsk et Kostiantynivka. D'après les cartes OSINT, Pokrovsk est presque entièrement sous contrôle russe, mais il se peut que les choses ne soient pas aussi claires que ça. De violents combats ont toujours lieu à Kupyansk, mais les Russes sont encore loin de contrôler cette ville et ont peut-être reculé par endroits. Kostiantynivka est toujours sous contrôle ukrainien, mais les Russes sont maintenant aux portes de la ville. En outre, les Russes progressent (un peu) sur presque l'ensemble du front, y compris dans des secteurs qui étaient, jusqu'à peu, très stable, comme Vovchansk (au nord-est de Kharkiv). Leur principale progression a eu lieu au sud, dans le secteur d'Houliaïpole, qui est maintenant elle aussi menacée d'être coupée des lignes de ravitaillement.

De plus, les attaques à longue distance ont continué, chaque camp intensifiant encore ses frappes. Mais c'est sur le plan politique que les choses ont le plus bougé ce mois-ci.

Situation aux alentours de Pokrovsk, carte de Donald Hill



La situation à Pokrovsk et Myrnohrad

Je ne vais pas passer en revue l'ensemble du front. Je vais juste me focaliser sur la situation dans Pokrovsk et la ville voisine Myrnohrad. Il y a un mois, j'écrivais:
"Si (comme c'est probable) Pokrovsk et Kupyansk tombent dans les prochaines semaines, et que des unités ukrainiennes y sont piégées, il faudra espérer que Syrsky aura le courage de prendre ses responsabilités et démissionnera."

Qu'en est-il maintenant ? Les Russes ont revendiqué la prise des deux villes (le 20 novembre pour Kupyansk, le 1er décembre pour Pokrovsk). Les cartes comme celle de DeepState confirment qu'ils contrôlent une grande partie de ces deux villes, mais pas la totalité, et les Russes n'ont donc toujours pas refermé les poches pour y piéger les unités ukrainiennes.

En fait, les choses ne sont pas claires, surtout à Kupyansk où la carte de DeepState n'a pas bougé  tout le mois de novembre (et même depuis le 19 octobre). Si à Pokrovsk, les Russes ont un peu progressé d'après ces cartes, un bon quart de la ville est toujours en zone grise. Et de fait, on a observé ce mois-ci plusieurs actions ukrainiennes à la fois à Pokrovsk et à Myrnohrad, à laquelle RFU a consacré plusieurs de ses vidéos.

Même s'il faut toujours prendre ce qu'affirme RFU avec un peu de recul (car c'est une chaîne de propagande ukrainienne), il est indéniable que les Ukrainiens ont contesté (avec plus ou moins de succès) le contrôle russe de Pokrovsk tout au long du mois de novembre, plutôt que de retirer leurs unités comme la logique le commandait. En fait, l'état major Ukrainien prétend qu'il contrôle toujours Pokrovsk et nettoie la ville des groupes de russes infiltrés. D'autres (comme Tom Cooper) affirment que Zelensky et/ou Sirsky envoient des unités qui se font détruire pour essayer de tenir un bout de Pokrovsk. Qu'en est-il réellement ?

Commençons par rappeler que "la carte n'est pas le territoire". Autrement dit: les cartes comme celles de DeepState sont imparfaites et ne reflètent qu'une partie de la réalité, et l'OSINT ne fait que lever une partie du brouillard de guerre. Certains sont tentés croire qu'une photo ou vidéo géolocalisée est la preuve que le point est tenu par l'un ou l'autre camp, mais, du fait de l'omniprésence des drones, de l’extension de la "zone grise" et de la très faible densité des troupes, cette présence ne signifie pas un contrôle de la zone. Et si certains, comme Olivier Kempf, affirment que les Russes sont bien au delà de ce que les cartes montrent, ils ne se basent sur rien d'autre que leurs préjugés et/ou leur désir que cela se réalise.

Aussi je pense qu'il faut rester prudent, et garder à l'esprit que le contrôle des Russes sur les zones (même celles marquées en rouge) n'est peut-être pas aussi solide que ce que les cartes montrent: de part et d'autre de la "zone de front" (ce n'est plus une ligne depuis bien longtemps),  la logistique est attaquée par les drones FPV, et si les Ukrainiens ont bien du mal à entrer ou sortir de Pokrovsk, c'est aussi le cas des Russes. Peut-être que Pokrovsk, comme Toretsk avant elle, restera contestée pendant encore quelques mois. 

J'espère juste que l'attrition est favorable aux Ukrainiens, mais les données OSINT laissent penser que ce n'est pas le cas: sur les routes menant à Pokrovsk, on compte une centaine de véhicules détruits. A titre de comparaison, c'est deux à trois fois plus que les véhicules détruits sur la route menant à Bakhmut, en 2023, et presque autant que les véhicules détruits lors de la retraite de Soudja, en février-mars 2025. Toutes les données dont nous disposons en OSINT vont dans le même sens: Pokrovsk est, ces deux derniers mois, un calvaire pour l'armée Ukrainienne qui aurait dû se retirer depuis bien longtemps. Et les communiqués de Sirsky semblent complètement déconnectés de la réalité du terrain, pour ce qu'on peut en juger. Quelle que soit ses compétences et qualités personnelles (ou plutôt leur absence), le haut commandement ukrainien accumule les erreurs depuis que Sirsky en a pris les commandes, et ce dernier aurait donc dû être viré en mars dernier après l'échec de l'opération à Soudja. 


Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre  et novembre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre)
C'est une nouvelle baisse sensible des chiffres concernant l'artillerie. En deux mois, le chiffre a été diminué de moitié, tandis que les autres chiffres fluctuent mais, compte tenu de leur faible ampleur, cela n'est peut-être pas très significatif.

Plus généralement, comparé au mois d'octobre, il y a à la fois une baisse des pertes matérielles  (3 305) et une stagnation des pertes humaines (31 030), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en novembre 225 pertes russes et 339 pertes ukrainiennes. Les pertes russes sont retombées à leur niveau anormalement bas (à moins que ce soit la nouvelle normale). Les pertes ukrainiennes, en revanche, sont aussi importantes qu'au mois d'octobre (notamment à cause de la situation à Pokrovsk) et le ratio mensuel de pertes visuellement confirmées est un des pires pour l'Ukraine. 


Attaques russes à longue distance

En novembre, la Russie a lancé environ 5600 drones et 210 missiles, des chiffres sensiblement égaux à ceux de septembre et octobre. Principales attaques, selon les Ukrainiens:
  • 08 novembre: 458 drones, 45 missiles
  • 14 novembre: 430 drones, 19 missiles
  • 19 novembre: 479 drones, 43 missiles
  • 25 novembre: 464 drones, 22 missiles
  • 30 novembre: 596 drones, 36 missiles
Et toujours aucune réaction des Occidentaux. La pétition Skyshield stagne à moins de 60 000 signatures. Quand vont-ils enfin réaliser que le fait que la Russie produise des milliers de ces drones par mois représente une menace sérieuse pour la sécurité de tous les Européens ? Si un cessez-le-feu est conclu dans les prochains mois, combien de temps faudra-t-il à la Russie pour produire et stocker 50 000 shaheds (largement de quoi saturer toutes les défenses européennes et causer des dégâts considérables, sans pour autant franchir le seuil atomique) ?


L'Ukraine continue à faire des dégâts pour le pétrole russe 

De son côté, l'Ukraine poursuit sa stratégie de frappes sur les infrastructures pétrolières russes:
On observe donc quelques changements dans le choix des cibles: si les raffineries sont toujours frappées, les stations de pompage des pipeline ne l'ont pas été ce mois-ci. Est-ce parce que ces attaques étaient inefficaces ou trop difficiles? En revanche, l'Ukraine a intensifié ses attaques contre les infrastructures de la Mer Noire, et même contre les pétroliers de la flotte fantôme russe. 

Ces dernières cibles, en particulier, interrogent (cf la vidéo d'Anders Puck Nielsen): pourquoi maintenant, alors que ces pétroliers sont des cibles faciles pour les drones maritime ukrainiens depuis au moins 2023? Est-ce un message politique à destination d'alliés vacillants, leur rappelant les enjeux de cette guerre ? Ou une mesure de désespoir, les frappes contre les raffineries n'ayant pas l'effet escompté ?

Quoi qu'il en soit, ces attaques ont un effet notable sans être décisif: une baisse de 70% des profits de Rosnef, d'une année sur l'autre. Mais aussi les protestations du Kazakhstan: les infrastructures détruites ne servent pas qu'à la Russie. Espérons que les Ukrainiens savent ce qu'ils font. Car sur le plan diplomatique, ce n'est pas la joie.


Diplomatie: la traîtrise de Trump et Witcoff exposée au grand jour

Depuis le temps que je dis que Trump n'est pas pour l'Ukraine, le mois de novembre a montré cela de manière éclatante. Tump et Witcoff ont présenté un "plan de paix" qui n'est rien d'autre qu'une capitulation à peine déguisée de l'Ukraine.

Beaucoup de choses ont déjà été dites sur ce "plan de paix", aussi pour éviter des redites, je vais aller à l'essentiel. Comme le résume DarthPutin, ce plan se résume en 3 points:
  • la Russie gagne des territoires
  • Trump gagne un pot-de-vin
  • l'Ukraine gagne des promesses en l'air
Le plan établi par Dimitriev et Witcoff (Dim-Wit Plan en anglais) est tellement pro-russe qu'il a en fait été repris directement du russe et traduit en anglais. C'est un plan qui ne cache même pas son but: donner aux Russes tout ce qu'ils veulent, et permettre à Trump de s'enrichir, le tout au détriment des Européens et des Ukrainiens.

Le plan amendé par les Européens est un peu plus équilibré, mais favorise toujours largement les Russes. Si le but était d'introduire des clauses inacceptables pour les Russes tout en restant proche de ce que proposait Trump, je comprends la démarche. Mais ce faisant, les Européens adoptent, eux aussi, le narratif russe (toujours ce fameux contrôle réflexif) et s'interdisent de proposer quelque chose de plus ambitieux - et surtout de préparer une stratégie pour accomplir ce but plus ambitieux. C'est à mon avis une erreur des Européens: ils auraient du refuser le plan par principe et proposer quelque chose qui défend leurs intérêts, plutôt que de chercher à aller dans le sens de Trump.

Surtout, ce qu'il faut retenir de cette séquence, c'est la duplicité du gouvernement Trump. Ils ont publiquement laissé entendre qu'ils pourraient augmenter les sanctions contre la Russie (et les journalistes se sont engouffrés dans ce tunnel informationnel)... tout en conspirant avec les Russes pour trahir leurs alliés. Il faut arrêter de croire qu'on peut retourner ou amadouer Trump; ce dernier est pro-Poutine, il faut faire avec, et le traiter en ennemi. Il faut que l'Europe ose défendre ses intérêts, et ceux-ci sont clairs. En effet, une victoire russe serait bien plus coûteuse, pour l'Europe, qu'une victoire ukrainienne. Lire aussi la tribune publiée par RUSI


Corruption  au sommet en Ukraine

Le 10 novembre, les unités anti-corruption révèle un scandale de corruption au plus haut niveau: avec la complicité de l'ancien ministre de l'Energie, Tymour Minditch - un ancien associé de Zelensky- aurait détourné des sommes très importantes (75 à 100 millions d'euros) en exigeant des pots-de-vins de la part de sous-traitants d'Energoatom, l'entreprise publique gérant les centrales nucléaires. Autant d'argent qui n'ira pas dans les efforts visant à préserver le réseau électrique ukrainien mis à mal par les multiples attaques aériennes russes.

Alors que les services anti-corruption allaient arrêter Minditch, celui-ci a pu fuir en Israël, avec la probable complicité de gens hauts placé. L'enquête est en cours, mais plusieurs personnes du gouvernement ukrainien ont déjà dû démissionner:
  • German Galushchenko, Ministre de la Justice et ancien ministre de l'Energie
  • Svitlana Gryntchouk, Ministre de l'Energie
  • Andriy Yermak, chef de l'Office présidentiel et officieusement bras-droit de Zelensky.
Il est probable que ce ne seront pas les seuls. C'est tout le pouvoir ukrainien qui vacille au pire moment, alors qu'aidé par le traître Trump (et par l'inaction des Européens) les Russes font monter la pression.

Le problème de la corruption en Ukraine n'est hélas pas nouveau. Si, début 2022, il semble qu'il y a eu un sursaut momentané, les mauvaises habitudes ont vite repris le dessus. Et pourtant, les Ukrainiens luttent contre ce fléau. Mais la corruption est tellement systémique (comme elle l'est en Russie)  qu'il est difficile de la combattre, malgré les efforts des Ukrainiens. Au contraire des Américains, par exemple, qui ont élu un traître tellement corrompu qu'il ne cache même plus qu'il demande des cadeaux en l'échange de faveurs diverses.

Pour essayer de finir sur une note légèrement plus positive, la démission de Yermak affaiblit incontestablement Zelensky, mais Yermak était tellement impopulaire (et représentatif des pires travers du Système Zelensky) qu'un changement n'est peut-être pas mauvais pour l'Ukraine, du moins à moyen ou long terme. Espérons que ce ne sera pas le seul changement et qu'une nouvelle équipe mettra en oeuvre les réformes structurelles dont l'Ukraine a besoin.

Car s'il n'y a pas très rapidement des changements (pas qu'en Ukraine, mais en Europe aussi), l'Ukraine ne pourra pas gagner cette guerre et l'Europe sera foutue à moyen/long terme. 


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