lundi 31 août 2026

Estimations des pertes russes et ukrainiennes, fin août 2026

Tous les 6 mois depuis la création de ce blog, je fais une estimation des pertes russes et ukrainiennes en utilisant la même méthodologie. Estimations précédentes:

Une fois de plus, je vais suivre la même méthodologie, en commençant par les pertes matérielles puis les pertes humaines. Toutes les estimations que je donne portent sur la période du 24/02/2022 au 25/08/2026, sauf si une autre période est précisée.

A la mémoire des enfants ukrainiens tués par cette guerre 



Les pertes matérielles

Comme précédemment, je m'appuie sur toutes les pertes confirmées par le désormais célèbre site Oryx. Ils ont continué leur travail de titan, et il y a actuellement plus de 35 000 pièces d'équipement considérées comme perdues (détruites, endommagées ou capturées) par les belligérants: 24 035 pour les Russes, 12 018 pour les Ukrainiens au 25/08/2026.
 
Si on regarde l'évolution de ces chiffres depuis le début de la guerre,  on voit que le déséquilibre est surtout durant la 1ere année et que ces 18 derniers mois, le rapport de perte tend à être de moins en moins favorable à l'Ukraine, au point qu'on en est maintenant à un rapport favorable aux Russes en ce qui concerne les pertes matérielles visuellement confirmées:
  • février 2022 - février 2023: 9400 pour les Russes, 3000 pour les Ukrainiens
  • février 2022 - août 2023: +2450 pour les Russes, +1250 pour les Ukrainiens 
  • août 2023 - février 2024: +2700 pour les Russes, +1000 pour les Ukrainiens 
  • février 2024 - août 2024: +2950 pour les Russes, +1100 pour les Ukrainiens 
  • août 2024 - février 2025: +2980 pour les Russes, +1550 pour les Ukrainiens  
  • février 2025 - août 2025: +2080 pour les Russes, +1725 pour les Ukrainiens
  • août 2025 - février 2026: +1550 pour les Russes, +1800 pour les Ukrainiens
  • février 2026 - août 2026: -100 pour les Russes, +575 pour les Ukrainiens
NB: il y a eu en mai-juin 2026 du ménage dans la base de donnée d'Oryx, avec un grand nombre d'entrées supprimées tant pour les Russes que pour les Ukrainiens (notamment quasiment tous les drones, sauf les plus lourds). Ce qui explique le chiffre négatif pour les Russes et le chiffre bien plus faible que d'habitude pour les Ukrainiens

Au total, on en est à un rapport de 2:1 en faveur des Ukrainiens en ce qui concerne les pertes matérielles prouvées, conséquence de la nette dégradation du ratio ces 24 derniers mois. Avant, on était à 2,1:1 en février 2026, 2,3:1 en août 2025, 2,6:1 en février 2025, à 2,8:1 d'août 2023 à  août 2024, et la baisse est encore plus marquée comparé à ce qu'il était en février 2023 (3,1:1). Mais pour estimer le rapport réel, il faut bien entendu estimer quelles sont les pertes réelles (dont les pertes documentées ne sont qu'un sous-total) des deux camps. Comme précédemment, je m'appuie sur l'avis des analystes militaires (par exemple le Colonel Michel Goya) qui pensent qu'il faut multiplier les chiffres des pertes documentées par un facteur compris entre 1,3 et 2 pour obtenir les pertes réelles. Cela donne une fourchette de 31 250 à 48 100 équipements lourds perdus par les Russes, et une fourchette de 15 600 à 24 050 pour les Ukrainiens.

Il y a donc probablement un rapport de 1,3:1 à 3,1:1 en faveur des Ukrainiens en ce qui concerne les pertes matérielles réelles. Le Colonel Goya estimait (en juillet 2022) que les pertes russes étaient plus documentées que les pertes ukrainiennes (et donc qu'on serait plutôt dans le bas de la fourchette), mais j'ai du mal à croire que c'est encore le cas actuellement, chaque camp publiant un grand nombre de photos/videos. De fait, les Ukrainiens ayant plutôt une bonne OPSEC comparé aux Russes, il est fort possible que le rapport soit désormais plutôt dans le haut de cette fourchette.

Pour finir, je rappelle que ce rapport est aussi une première indication en ce qui concerne les pertes humaines; en effet, pour deux armées équipées sensiblement au même niveau, les pertes humaines et matérielles sont peu ou prou proportionnelles, avec quelques écarts possibles. NB: il est possible que, désormais, l'armée ukrainienne soit bien mieux équipée que l'armée russes (notamment en véhicules blindés légers), et que cela se reflète dans les taux de pertes matérielles.



Les pertes humaines

Je vais surtout me concentrer sur les estimations du nombre de morts, en utilisant les mêmes méthodes que précédemment (où ces méthodes étaient expliquées).



Première méthode: estimation à partir du nombre d'équipement perdus

En suivant cette méthode (où chaque équipement perdu équivaut à 8 morts), et en utilisant mon estimation des pertes matérielles, j'obtiens:

Pour les Russes: de 250 000 à 384 600 morts
Pour les Ukrainiens: de 125 000 à 192 300 morts



Deuxième méthode: en corrigeant les chiffres donnés par les Ukrainiens

Le ministère de la défense ukrainien publie chaque jour un tableau des pertes russes (matérielles et humaines): 1 479 300 Russes éliminés (au 25/08/2026). 

Comme on peut comparer ce qui est déclaré à ce qui est confirmé par Oryx (pour les pertes matérielles), cela donne une estimation de la fiabilité de ces chiffres. Oryx confirme actuellement environ 10% des pertes russes déclarées par le ministère de la défense ukrainien. Il y a 6 mois, ce pourcentage était de 14,5%, et précédemment, on était à 16,5%; 20%, 20% 27%, 35% et 45% (chiffres tous les 6 mois). 

L'écart continue de se creuser donc entre les deux chiffres, au point que ça en devient ridicule.Oryx confirme par mois environ 100 équipements touchés par mois quand les ukrainiens en revendiquent plus de 15 000 sur la même période.

Ce taux de confirmation qui est maintenant quasi-nul montre les limites de la 2eme méthode.

Je pense donc que c'est d'avantage un manque de documentation qu'une baisse de fiabilité des chiffres ukrainiens qui explique cet écart. Mais comme je ne peux pas le prouver formellement, je vais faire les calculs en utilisant ce taux de 14,5%, même si cela conduit à une petite sous-estimation des pertes russes.

L'inverse de 10%, c'est 10; autrement dit, les pertes annoncées par les ukrainiens sont, en moyenne, 10 fois plus élevées que les chiffres Oryx.  Donc, comme les pertes matérielles réelles (équipement) sont de 1,3 à 2 fois celles observées, il suffit de multiplier les chiffres donnés par le ministère ukrainien par 1,3/10 et 2/10 pour avoir les bornes inférieures et supérieures des pertes réelles. En supposant que le même facteur correctif peut être appliqué aux pertes humaines, on obtient:


Pour les Russes: de 192 000 à 300 000 morts
Pour les Ukrainiens: cette méthode ne peut pas être employée.

NB: ces chiffres sont encore inférieurs à ceux des deux estimations précédentes, ce qui montre les limites de la méthode comme précisé plus haut.  Cela ne signifie pas qu'il n'y a eu aucune perte russes en 12 mois, mais que la dégradation du taux de pertes confirmées, principalement du à tout ces véhicules civils qui sont comptés par les Ukrainiens mais pas par oryx, compense l'augmentation des chiffres annoncés par les Ukrainiens. 

En fait, le taux de confirmation est maintenant si bas que cette méthode devient absurde. Comme je l'annonçais il y a 6 mois, il vaut mieux a minima exclure les chiffres des transports non blindés, ce qui donne un taux de confirmation de 25%. On obtiendrait alors de 455k à 700k morts. Et si on prend le chiffre de confirmation des blindés seuls (38%), cela donnerait de 690k à 1060k morts. Je garde ces chiffres en tête  pour voir comment évoluent ces chiffres lors des futures estimations.


Méthode 2 bis: on peut aussi choisir un intervalle plus grand en estimant les pertes réelles entre le pourcentage de pertes confirmées (10%) et 100% du total annoncé par les Ukrainiens. Ce qui donne des pertes russes comprises entre 150 000 et  1 480 000 morts (j'arrondis à la dizaine de milliers)


 

Troisième méthode: évaluation à partir du nombre de Russes recrutés pour faire la guerre

Dans mes deux premières estimations, j'avais utilisé les chiffres de la prétendue "république populaire de Donetsk" (DNR), qui publiait jusqu'à début décembre 2022 des tableaux détaillés de ses pertes, et donnait le chiffre de presque 4000 morts. On pouvait en déduire une estimation des pertes russes totales à cette date (environ 80 000 morts). Cependant, comme le décompte s'est arrêté il y a maintenant plus de 3 ans, je ne pense pas que ça a grand sens d'extrapoler pour essayer d'en déduire les pertes actuelle. J'ai donc abandonné cette méthode depuis longtemps. 
 
Je l'ai remplacée par une autre méthode (assez peu fiable), elle aussi basée sur les déclarations russes. A l'heure actuelle, la Russie a envoyé en Ukraine entre 1,85 et 2,2 million d'hommes selon leurs propres déclarations et/ou déclarations des Ukrainiens:
  • invasion initiale février 2022: ~ 180k 
  • renforts printemps/été 2022 (3e corps, BARS): > 30k
  • prisonniers recrutés par Wagner sept/oct 2022: > 50k
  • mobilisation "partielle" septembre 2022: 300k (*)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2023: 340k (**) - 490k (*)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2024: 360k (**) - 410k (*)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2025: 400k - 440k (***)
  • "engagés volontaires" durant l'année 2026: 200k - 280k (****)

(*) selon les chiffres russes, donc sujet à caution.

(**) le ministère de la défense britannique, et les services de renseignement ukrainiens, estiment tous deux que la Russie recrute environ 30 000 hommes/mois dans son armée. Il est possible que ce chiffre soit un peu plus bas fin 2024-début 2025.

(***) le 2 juillet 2025, les Russes annonçaient plus de 210k contrats signés pour les 6 premiers mois de 2025, soit 420k annuels. Poutine annonçait 60k nouvelles recrues mensuelles, Zelensky chiffrait les recrues russes mensuelles entre 45k et 47k. Cependant, aucune des deux déclarations (Poutine comme Zelensky) ne semble très fiable Reuters annonçait plus de 422 000 recrutements pour 2025. Je vais donc partir sur cette dernière estimation +-5%.

(****) Divers chiffres varient sur le nombre de recrutement de l'armée russe, que les Ukrainiens estiment inférieur aux pertes mensuelles. Je pars sur une base de 25 000 à 35 000 recrutements par mois, pour avoir une fourchette assez large.

Or, les déclarations russes et estimations récentes montrent que 700 000 soldats russes (environ) sont en Ukraine (j'étais arrivé au chiffre de 450 à 500 000 en avril 2024). Où sont donc passé les (1 850 000 à 2 200 000) - 700 000 = 1 150 000 à 1 500 000 soldats russes qui ne sont plus en Ukraine ? Probablement morts ou blessés. Si on estime qu'il y a un rapport de 2 à 4 blessés pour 1 mort, cela donnerait une estimation comprise entre 230 000 et 500 000 morts russes. La méthode est relativement peu fiable, mais on retrouve le même ordre de grandeur que les autres estimations. 


Quatrième méthode: évaluation à partir du nombre d'officiers russes tués

Autre méthode employée par Xavier Tytelman. Utiliser le nombre d'officiers russes dont la mort en Ukraine a été confirmée (8700). Doubler ce nombre (pour considérer tous ceux dont la mort n'a pas été confirmée). NB: si en 2022, il n'était pas illogique de doubler le nombre de morts confirmés, après 4 ans de guerres les pertes sont mieux documentées. Je vais légèrement modifier la méthodologie en estimant que le nombre réel d'officiers russes tués est dans une fourchette entre 1,3x et 2x le nombre de morts confirmés (même facteur multiplicatif que pour les pertes matérielles). Multiplier ensuite par 30 (d'après Tytelman, même s'il fait une confusion entre "pertes" et "morts" dans son analyse); on obtient alors de 339 300 à 522 000 morts russes.
 
Petite note sur le nombre d'officiers russes tués:
  • fin février 2023, il y avait 2000 cas documentés, soit 1000 / 6 mois
  • fin août 2023, 2700 (+700)
  • fin février 2024, 3600 (+900)
  • fin août 2024, 4600 (+1000)
  • fin février 2025, 5600 (+1000)
  • fin août 2025, 6750 (+1100)
  • fin février 2026, 7800 (+1050)
  • fin août 2026, 8700 (+900)

Au début de la guerre, il y a eu beaucoup d'officiers tués; d'une part à cause de la confusion et des lignes de ravitaillement trop longues lors de l'offensive sur Kyiv; d'autre part car le ratio officier/non officiers était bien plus élevé dans l'armée russe "de métier" et que ceux-ci étaient plus en avant dans les grandes offensives mécanisées. Avec la mobilisation de septembre 2022, les officiers ont eu tendance à plus laisser les simples soldats combattre en première ligne, et le nombre d'officiers tués a chuté. Puis,  avec l'intensification des combats, le chiffre est reparti à la hausse, a atteint son pic mis 2025 avant de redescendre.

 
 

Cinquième méthode: se fier aux estimations faites par les services de renseignement/media

Les estimations des pertes humaines par les services de renseignement occidentaux se font de plus en plus rares dans les média. Cependant, divers journaux  (et responsables politiques) ont pris le relais. Quand une estimation est donné en nombre de morts et blessés (sans préciser explicitement le nombre de morts), je vais considérer que les morts représentent entre 1/5 et 1/3 de ce total (en me basant sur un ratio morts:blessés de 1:2 à 1:4)

En juin 2026, des responsable de l'OTAN ont estimés les pertes russes entre 1,3 et 1,4 millions, dont environ 500 000 morts.

Le 1er juillet 2026, CSIS arrivait à des chiffres très similaires: 1,45 millions de pertes russes, dont environ 450 000 morts. Le même rapport estime les pertes ukrainiennes entre 525 000 et 625 000, dont de 125 000 à 150 000 morts. 

Fin juillet 2026, Zelensky a annoncé que les Russes avaient subi environ 1,6 million de pertes (dont environ 700 000 morts) et les Ukrainiens 450 000 pertes (dont 50 000 morts). Le chiffre pour les Russes est plus élevé que ceux des autres estimations, mais surtout, le nombre de morts ukrainiens est clairement surestimé. Aussi je n'accorde aucune confiance dans ces déclarations. 

UAlosses.org liste actuellement 103418 morts ukrainiens (dont 6597 avant l'invasion à grande échelle), soit 96821 morts. Si on estime que 75% des morts ukrainiens sont listés (chiffre vérifié par Mediazona, même si cette vérification date un peu), cela donne 129 000 morts ukrainiens.

Mediazona/BBC Russia ont, de leur côté, recensé les noms de 241 000 russes tués dans ce conflit, et estiment le nombre total de morts russes entre 438 000 à 536 000 (jusqu'en août 2026). Ce média est maintenant très souvent cité dans les journaux. A noter que Mediazona / BBC Russia révisent toujours à la hausse leurs estimations, en partie parce que la guerre est plus meurtrière, mais surtout parce que leurs premières estimations étaient très en dessous de la réalité.

  • 1re estimation: 47 000 (jusqu'à mai 2023) soit une moyenne de 3 100 morts/mois
  • 2e estimation: 75 000 (jusqu'à décembre 2023) soit une moyenne de 3 750 morts/mois
  • 3e estimation: 120 000 (jusqu'à juin 2024) soit une moyenne de 4 280 morts/mois
  • 4e estimation: 138 500 à 200 000 (jusqu'en janvier 2025) soit une moyenne de 3900 à 5700 morts/mois
  • 5e estimation: 185 000 à 276 500 (jusqu'en juillet 2025) soit une moyenne de 4500 à 6700 morts/mois
  • 6e estimation: 286 000 à 413 500 (jusqu'en février 2026) soit une moyenne de 6000 à 8600 morts/mois
  • 7e estimation: 438 000 à 536 000 (jusqu'en août 2026) soit une moyenne de 8100 à 9900 morts/mois 



Conclusion: environ 2 millions de morts et blessés

Bien que ne coïncidant qu'imparfaitement entre elles, ces différentes estimations donnent un ordre de grandeur des pertes matérielles et humaines: environ 360 000 morts côté russe, environ 150 000 morts côté ukrainien.


En terme de vraisemblance, je dirais qu'à l'heure actuelle (fin août 2026):

Intervalles probables (indice de confiance > 60%)
- les Russes comptent probablement de 300 000 à 460 000 morts
- les Ukrainiens comptent probablement de 125 000 à 175 000 morts


Intervalles très probables (indice de confiance > 95%)
- les Russes comptent très probablement de 240 000 à 550 000 morts
- les Ukrainiens comptent très probablement de 100 000 à 200 000 morts

NB: on ne parle là que des pertes militaires. Côté ukrainien, il faut aussi rajouter les pertes civiles, très importantes. Par exemple, il pourrait y avoir eu 100 000 morts rien qu'à Marioupol. Xavier Tytelman estime qu'il y a eu plus de 200 000 morts civils (ukrainiens) dans les territoires occupés.


Comme je l'ai dit et répété lors des estimations précédentes,  il faut prendre ces chiffres comme un ordre de grandeur plus qu'un chiffre exact. Il y a une grande incertitude, en particulier sur les pertes russes. Je remarque que, pour la première fois, mon estimation des pertes russes est plus basse que celle de Mediazona/BBC Russia et celles des services de renseignement occidentaux.

De fait, pour les 4 premières méthodes, il y a des problèmes dans mes estimations:

  • pour la méthode 1, le faible nombre des pertes russes visuellement confirmée est sans rapport avec leurs pertes humaines, toujours très importantes
  • pour la méthode 2, les annonces ukrainiennes ont bien considérablement augmentés, mais le taux de confirmation a bien baissé, ce qui fait que l'estimation de croit que lentement, et elle a même baissé ces 12 derniers mois
  • pour la méthode 3, j'ai changé de méthode, aussi je ne peux pas faire le suivi des estimations
  • pour la méthode 4, le nombre d'officier russes confirmés comme morts est assez constant (environ 1000 par semestre) depuis 2024, 
  • pour la  méthode 5, ça dépend des estimations; mediazona/BBC Russia était parti de très bas et ont dû réviser à la hausse leur estimation, comme j'en ai parlé plus haut. Au contraire, les renseignements américains étaient partis de plus haut, puis ont cessé d'augmenter les nombres qu'ils donnaient, comme s'ils avaient peur d'admettre qu'il y a eu plus de 100 000 Russes rués.
Donc ces 5 méthodes montrent quelque chose d'à peu près linéaire. Cela va à l'encontre des nombreux témoignages et données montrant que la guerre s'intensifie, ce qui se reflètent dans les autres estimations. C'est pourquoi j'ai hésité à publier ce billet. Cependant, même si mes méthodes sont imparfaites, elles peuvent servir notamment pour le suivi, sur le temps long, de ces estimations.


Il y a deux ans, j'avais indiqué qu'il y avait probablement 1 million de morts et blessés, un chiffre double de ce qu'indiquait Wikipedia à l'époque. Or, il semble malheureusement que j'étais en dessous de la réalité, notamment pour les pertes civiles. A l'heure actuelle, il y a probablement environ  de 2 millions de morts et blessés (voire plus), tous camps confondus (civils + militaires), pour cette guerre inutile qui pourrait s'arrêter à tout moment, dès que la Russie renonce à envahir l'Ukraine et retire ses troupes. Chaque jour qui passe, chaque mort et blessé supplémentaire est une tragédie dont la responsabilité incombe totalement à Vladimir Poutine et à tous ceux qui, en Russie comme ailleurs, le soutiennent et lui permettent de continuer à commettre ses crimes.


mercredi 19 août 2026

Critique de "Ukraine, l'Europe contre la paix?"

Il y a un mois, le Monde Diplomatique ("le Diplo") a publié un article signé par Anatol Lieven, et intitulé "Ukraine, l'Europe contre la paix ?" Cet article (et son titre) reflètent une tendance pro-russe hélas bien présente parmi beaucoup de responsables politiques, journalistes et prétendus experts, et d'autant plus pernicieuse qu'elle se présente comme "neutre", "pour la paix" et autres choses a priori très positives et auxquelles on a envie d'adhérer mais qui sont ici tordues (volontairement ou non) pour servir les intérêts de Poutine.

Les passages en italique sont des citations de l'article.

Qui est vraiment contre la paix ?



L'enlisement du front

L'article part d'un constat qui n'est pas complètement faux d'un certain enlisement du conflit:

L’utilisation combinée de drones, de mines et du renseignement satellitaire a empêché l’armée russe de procéder aux concentrations de forces nécessaires à une percée. En conséquence, le conflit au sol s’est enlisé dans une guerre d’usure où de petits groupes de combattants des deux camps se disputent le contrôle — souvent éphémère — de portions infimes de territoire. Toutefois, les facteurs qui ont enrayé l’avancée russe limitent tout autant la capacité des Ukrainiens à mener une contre-offensive d’envergure.


Ce constat, s'il est en grande partie vrai en ce qui concerne la ligne de front, néglige trois facteurs importants:

  1. en ce qui concerne les frappes à longues distances, il n'y a pas enlisement mais escalade, les deux pays ayant grandement multiplié leurs capacités dans ce domaine ces dernières années.
  2. une guerre à cette échelle, même avec un front figé, représente un fardeau considérable pour les deux pays; l'usure peut faire s'effondrer une des deux armées, il peut en être de même pour l'économie ou le moral. Ou les soutiens extérieurs.
  3. la technologie des drones est en constante évolution, et rien ne dit que que l'un des camps ne va pas finir par prendre l'ascendant (technologique ou industriel) sur l'autre. C'est une situation similaire à la première guerre mondiale, où le front (du moins à l'ouest) était statique du fait de l'inéquation des moyens techniques et des tactiques militaires qui rendaient la défense bien plus facile que l'attaque, mais qui avait fini (en 1918) par déboucher sur une nouvelle guerre de mouvement, rendue possible par l'utilisation de nouvelles armes (blindés, aviations, etc) et de nouvelles tactiques d'assaut

Ces trois points expliquent pourquoi chacun des deux belligérants espère encore obtenir une victoire militaire et que l'autre "craquera" en premier. Mais partons dans l'idée qu'on veuille faire une paix en considérant que l'enlisement actuel peut encore durer longtemps, et demandons-nous, comme le fait l'article du Diplo, comment obtenir une paix durable.



Sophisme de la solution parfaite

L'article commence par affirmer que:

Les Occidentaux qui attendent d’un accord de paix des garanties absolues et permanentes contre toute future agression russe révèlent leur incompréhension des réalités stratégiques. L’histoire ne connaît aucune garantie permanente et, en l’espèce, elle ne pourrait être obtenue qu’au prix de l’anéantissement de l’État russe. Or c’est précisément pour se prémunir contre cette éventualité que Moscou s’est doté d’un immense arsenal nucléaire.

Ce paragraphe est un exemple de sophisme de la solution parfaite: certes, il n'y aura pas de garanties "absolues" et "permanentes", mais ce constat n'est fait que pour rejeter a priori toute demande de garanties pour l'Ukraine, alors que l'enjeu des négociations est justement de lui donner des garanties solides et durables. C'est un intérêt vital pour l'Ukraine, et voir le Diplo s'en contrebalancer d'emblée montre bien qu'ils ne cherchent pas à comprendre les intérêts des uns et des autres. Juste ceux de la Russie. D'ailleurs, dès le chapeau de l'article, ils écrivent: "Retrouver le chemin d’une coexistence en sécurité suppose de comprendre les intérêts de ses ennemis et d’en tenir compte." Les intérêts de ses ennemis (donc des Russes); pas ceux de ses amis, visiblement.

Outre qu'il révèle l'hypocrisie flagrante de l'article, ce paragraphe contient aussi un aveu involontaire car il affirme que cette garantie "ne pourrait être obtenue qu’au prix de l’anéantissement de l’État russe". Il avoue ainsi que le problème, la raison pour laquelle il ne peut y avoir de garantie absolue de non-agression, c'est l'existence même de l’État russe. NB: aucune justification n'est fournie pour étayer cette affirmation, qui mérite d'être nuancée, mais on en reparlera plus tard.



L'Ukraine traitée comme ayant capitulé

L'article affirme ensuite que "la Russie a considérablement revu à la baisse les exigences qu'elle formulait en juin 2024. En matière d'armements, la restriction qui subsisteraient concerneraient les missiles à longues portée capables de frapper son territoire. La Russie n'exige plus non plus, comme préalable à tout accord de paix, le retrait ukrainien des régions de Zaporijia et de Kherson - dont elle revendique l'annexion alors qu'elle ne les occupe que partiellement. Enfin, elle reconnait le droit de l'Ukraine à adhérer à l'Union Européenne."

Notons que la Russie ne fait que revoir à la baisse certaines de ses exigences. Mais l'article ne questionne jamais le bien-fondé de ces exigences, qui sont toutes de nouvelles atteintes à la souveraineté de l'Ukraine.

D'un point de vue du droit et de la morale, la Russie a envahi l'Ukraine, commis une multitude de crime de guerre, et exige encore plus que ce qu'elle occupe illégalement, et le Diplo présente ça comme un signe de bonne volonté ? La Russie n'a aucun droit à la moindre exigence, c'est à elle de faire des concessions. Pas à l'Ukraine. Or, depuis le départ, la Russie n'a jamais proposé la moindre concession. Tant qu'elle n'en proposera pas, cela signifie qu'elle n'est pas prête à négocier sérieusement.

On pourrait rétorquer que ce ne sont pas toujours le droit et la morale qui régissent les guerres et les relations internationales, et qu'il n'est pas rare que le vainqueurs impose ses conditions au vaincu: "Vae Victis" comme disaient les Romains. Et donc que les exigences de la Russie seraient "justifiées", si l'on peut dire, par sa victoire militaire. Mais, le présupposé de l'article, c'est justement que les deux belligérants sont enlisés dans ce conflit que personne ne peut gagner, et donc la Russie ne peut pas être considérée comme le vainqueur. Pire, et même si c'est juste un effet rhétorique, l'article commence par parler d'une victoire ukrainienne: "Kiev a remporté une victoire qui pourrait ouvrir la voie à un accord de paix durable : contre toute attente, le pays est parvenu à contenir l’offensive russe, à conserver le contrôle de 80 % de son territoire, à renforcer son identité nationale et son ancrage occidental, tout en créant les conditions d’une éventuelle adhésion à l’Union européenne" Raison de plus de ne pas laisser la Russie exiger quoi que ce soit.



L'Europe contre la paix ?

L'article déroule ensuite sa thèse centrale, en accusant l'Europe de ne pas vouloir la paix et en présentant toutes ses exigences comme inacceptables: "Une telle concession [un cessez-le-feu préalable aux négociations] reviendrait en effet à sacrifier son [=la Russie] unique moyen de pression dans les négociations." Ceci est factuellement faux: la Russie disposerait objectivement d'un énorme moyen de pression: le territoire qu'elle occupe actuellement en Ukraine et dont elle pourrait chèrement monnayer la libération. C'est juste que Poutine n'entend pas faire la moindre concession dans ce domaine. En passant sous silence ce levier dont dispose la Russie, le Diplo ne fait qu'épouser le point de vue de Poutine.

"un aveu de défaite [pour la Russie]: le déploiement de troupes occidentales en Ukraine et la perspective d'une adhésion ukrainienne à l'Alliance": ni l'un ni l'autre ne seraient un aveu de défaite pour la Russie, mais plutôt un signe de sa puissance militaire. En revanche, ce sont des choses dont Poutine ne veut pas. Sur ce sujet-là aussi, le Diplo épouse les vues de Poutine.

"Si ces conditions [les cinq conditions pour une paix juste et durable, énoncées en juin 2026] sont maintenues, aucun accord de paix ne pourra voir le jour": là encore, le Diplo disqualifie a priori (et sans argument) les conditions, pourtant très minimales, demandées par l'Europe, et fait sienne, une fois de plus, la position de Moscou.

Donc toute cette accusation du Diplo ne repose pas sur une analyse objective, mais simplement sur une escroquerie intellectuelle: celle qui consiste à tenir le point de vue russe pour vérité objective. Mais comme tout cela est enrobé dans une prose pseudo-intellectuelle, ça passe mieux aux yeux d'un lecteur peu averti et qui peut donc être trompé par la rhétorique du journal. Cette rhétorique impose pernicieusement un cadre, celui du point de vue russe, qu'il est interdit de questionné ou simplement d'énoncer comme tel. Et ce cadre limite bien entendu ce qui peut être négocier. Car après avoir posé ces bases (aussi biaisées soit-elles), l'article esquisse ensuite ce que pourrait être un accord de paix "acceptable".



Accorder la victoire à Poutine

L'article donne le ton de l'objectif d'un tel accord de paix: "Il appartient désormais aux dirigeants européens de concevoir des mesures susceptibles de permettre à M. Vladimir Poutine de revendiquer une forme de victoire - aussi illusoire soit-elle - afin de mettre un terme à cette guerre et d'empêcher sa reprise."

Au moins, c'est clair. Et la "forme de victoire" qu'ils proposent n'a rien d'illusoire. Selon le Diplo: "Pour qu'un accord de paix puisse être conclu, la Russie devra renoncer à exiger le retrait des forces ukrainiennes des zones du Donbass encore sous le contrôle de Kiev, car aucun dirigeant ukrainien ne saurait assumer une telle concession. Bruxelles et Kiev devront pour leur part abandonner toute perspective d'adhésion de l'Ukraine à l'OTAN, ainsi que tout déploiement de troupes occidentales sur le sol ukrainien; aucun gouvernement russe ne pourrait y consentir."

Une fois de plus, l'article demande à Poutine de simplement renoncer à certaines de ses exigences, autrement dit de ne pas exiger des choses qu'il ne possède pas et sur lesquelles il n'a aucun droit. L'article ne lui demande pas de concéder quelque chose qu'il possède déjà. En revanche, Bruxelles et Kiev doivent concéder quelque chose qu'ils possèdent déjà : leur faculté de conclure des alliances militaires, donc une partie de leur souveraineté. Excusez du peu. Mais ce "deal", déjà très inéquitable et très favorable aux Russes, n'est pas suffisant pour le Diplo, qui ajoute:

"Pour amener la Russie à renoncer à ses revendications sur l'ensemble du Donbass, l'E3 devrait s'inspirer de la proposition du premier ministre belge Bart De Wever (l'Echo 14 mars 2026) et offrir à Moscou un "deal" prévoyant la normalisation des relations, la reprise des achats d'énergie russe et la levée complète des sanctions économiques, associée d'une clause de réactivation automatique en cas de nouvelle offensive."

Donc le Diplo veut tout concéder à Poutine pour revenir à la situation avant-guerre, tout ça en échange de ... rien du tout en fait . Pas de libération des territoires occupés, pas de paiement d'indemnités de guerre, pas de justice pour les Ukrainiens. Rien. Même pas une promesse de ne pas attaquer à l'avenir. Dans ces conditions, qu'est-ce qui empêchera la Russie de recommencer à attaquer quand bon lui semblera ? La menace de remettre les sanctions actuelles (et qui sont de fait insuffisantes pour empêcher la guerre) ? Poutine va trembler. Et c'est ça que le Diplo considère comme une paix durable ?



Où réside l'intérêt des Ukrainiens et des Européens ?

Car si l'article du Diplo passe beaucoup de temps à insister sur l'importance de considérer les intérêts russes, il n'évoque qu'à peine ce que pourrait être l'intérêt des Ukrainiens, et celui des Européens. Tout juste affirme-t-il: "Un cessez-le-feu durable sans accord de paix serait profondément contraire aux intérêts de l'Ukraine, comme à ceux du continent européen [...] A plus long terme, si M. Donald Trump ou un futur président républicain américain décidait d'annexer le Groenland, l'Europe se retrouverait dans une position extrêmement périlleuse, en étau entre une Amérique ouvertement hostile et la Russie." Notez que c'est l'Amérique qui est décrite ici comme "ouvertement hostile", et non la Russie.

Il faut noter deux choses:

  1. ce n'est pas "à plus long terme": l'Europe est déjà prise en étau entre une Amérique hostile et une Russie belliqueuse
  2. signer un traiter de paix ne changera rien à ce fait. Un traité de paix ne rendra pas la Russie moins dangereuse pour l'Europe ou moins belliqueuse

Et surtout, en quoi tout céder à Poutine protégerait l'Europe des ambitions territoriales de Donald Trump ? Au contraire, si l'Europe cède face à la Russie, elle sera perçue comme faible et cela ne fera que rendre plus probable une invasion du Groenland. Une fois de plus, l'article du Diplo contredit sa propre logique.

Puisque l'article ne décrit pas quel est l'intérêt de l'Europe, je vais tenter de le faire. L'Europe a en effet tout intérêt à rendre sinon impossible, du moins improbable, toute nouvelle attaque russe, que ce soit contre l'Ukraine ou un autre pays. Autrement dit: la question essentielle est celle de la dissuasion. Le Diplo mentionne la dissuasion, et la possibilité que la Russie attaque un pas de l'OTAN, mais c'est pour mieux affirmer qu'il n'y a rien besoin de faire et que les craintes sont injustifiées: "selon les services de renseignement militaire américains, Moscou n'avait ni l'intention ni les moyens de mener une telle offensive"

Naturellement, le Diplo fait du cherry picking, en "oubliant" de mentionner également les très nombreux rapports de divers services de renseignement européens qui montrent au contraire que la Russie a l'intention (et se donne les moyens) de préparer des attaques contre l'Europe. Et le Diplo n'envisage même pas que les Américains (sous Trump) pourraient faire de fausses déclarations pour couvrir les Russes, malgré tous les signes qui montrent que Trump se comporte comme un agent russe.

Poutine militarise les jeunes russes, se prépare à un conflit très long, augmente la production de ses usines d'armement (notamment les missiles et les drones) et veut avoir 200 000 dronistes dans son armée. Sachant que, durant divers exercices avec l'OTAN, de petites unités de dronistes ukrainiens ont suffit pour mettre "hors combat" des brigades mécanisées entières de l'OTAN, on se rend compte que l'OTAN est en ce moment extrêmement vulnérable (car elle n'a pas encore intégré les drones). De même, la capacité d'attaque à longue distance russe est largement supérieure aux défenses anti-aériennes occidentales, trop peu nombreuses et non adaptées pour lutter contre les drones.

Il faut donc prendre la menace russe très au sérieux, et donc veiller à ce que tout traité de paix (et les mesures d'aide à l'Ukraine après ce traité) dissuadent la Russie de continuer ses agressions répétées.




La question de la dissuasion

Pour le Diplo, cette question est déjà réglée, en particulier car ils minimisent la menace russe: "Les éléments de dissuasion contre une future agression russe sont déjà largement en place."

C'est comme on l'a vu, complètement faux. En cas de cessez-le-feu ou de paix en Ukraine, la Russie a tout intérêt à profiter de son avantage (temporaire) en matière de drones et du fait que le traître Trump est à la Maison Blanche pour attaquer les pays baltes ou la Finlande. D'ailleurs, si Poutine n'est pas puni pour son invasion en Ukraine, pourquoi hésiterait-il à recommencer ? Parce qu'il aurait signé un traité de paix ? C'est mal le connaître.

Non, seule la force dissuadera Poutine d'attaquer de nouveau. C'est pour ça que les Européens renforcent leur défense, en particulier la Pologne a fait un effort important. Mais ce ne sera pas suffisant, car leurs équipements sont rendus en grande partie obsolètes par les drones. Et ce n'est pas seulement le matériel: il s'agit aussi des tactiques, de la culture militaire, de ce qu'il est possible de faire ou non; tout a été chamboulé par les drones. Et plus les technologies évoluent (évolution accélérée pour cause de guerre à grande échelle), plus l'écart se creuse entre les armées "dronisées" (Ukraine et Russie) et celles qui ne le son pas.

Pour  combler notre retard, il faudrait envoyer dès à présent des troupes en Ukraine combattre les Russes pour qu'elles puissent acquérir l'expérience nécessaire face à ce nouveau type de guerre. Mais ce n'est pas sûr que ça plaise au Diplo, ni aux opinions publiques, de devoir verser le prix du sang pour acquérir l'expérience nécessaire.

La seconde option ne va pas plaire non plus au Diplo: c'est celle de l'intégration de l'Ukraine à l'OTAN (ou à l'alliance qui succédera à l'OTAN, vu que les USA de Trump semblent vouloir tuer l'OTAN). L'Europe a besoin de l'Ukraine autant (voire plus) que l'Ukraine n'a besoin de l'Europe.

La troisième option est de nucléariser tous les états frontaliers de la Russie. Le Diplo hurlerait aussitôt au scandale.

En tous cas, une chose est sure: ce que propose le Diplo dans son article (pas de troupes occidentales en Ukraine, pas de réarmement, pas d'alliance avec l'Ukraine) est tout le contraire de la dissuasion. Pourtant, ils ont bien identifié le problème. Ils veulent juste surtout ne pas le résoudre.


L’État russe, une menace pour la paix ?

Le moment où ils sont les plus lucides, c'est paradoxalement dans ce paragraphe: "Certains soutiennent qu'il est inutile de rechercher un accord de paix, qu'on ne peut pas faire confiance à la Russie et qu'elle finira, tôt ou tard, par revenir à l'offensive. Mais, là encore, cela revient à dire que la sécurité de l'Ukraine passe uniquement par la destruction de l’État russe."

Effectivement, la sécurité de l'Ukraine (et plus généralement, de toute l'Europe) passe uniquement par la destruction non pas de l’État russe mais de l'impérialisme russe. Tant que le gouvernement russe pensera qu'il a le "droit" et qu'il a les moyens de déstabiliser ses voisins par des actions clandestines et/ou de les envahir militairement, il n'y aura pas de paix durable.

Certes, certains soutiennent que l'impérialisme est consubstantiel à l’État russe, mais je doute que cette thèse soit celle défendue par Anatol Lieven (l'auteur de l'article). Non, lui cherche juste à faire peur avec le nucléaire russe. En faisant croire que la condition minimale pour une paix durable est la destruction de l’État russe (destruction qui, comme le sous-entend l'article, est impossible sans une guerre nucléaire), il écarte ces conditions pourtant très raisonnables. Personne ne cherche à détruire l’État russe. On veut juste que la Russie arrête d'envahir ses voisins et retire ses troupes des pays qu'elle occupe actuellement (et dont elle a reconnu les frontières à plusieurs reprises, avant de violer les traités signés).


Conclusion

Sans surprise, l'analyse de l'article du Diplo révèle:

  • un fort biais pro-russe, qui impose un cadre favorable à Poutine, écartant a priori toutes les solutions qui ne plaisent pas au maître du Kremlin
  • des erreurs de raisonnement grossières, où l'Ukraine est à la fois présentée comme invaincue mais traité dans le "plan de paix" comme ayant capitulé 
  • un plaidoyer pathétique autant qu'illogique sur le thème "il faut laisser Poutine gagner sinon c'est la 3e guerre mondiale", alors même que cela va à l'encontre des intérêts de l'Europe

Il est typique de tous ces "idiots utiles" qui souhaitent (secrètement ou non) une victoire russe, sans plus de raison que de voir une "défaite de l'occident", et accusent l'Europe et l'Ukraine de "ne pas vouloir la paix" quand ils refusent la soumission à la Russie, plutôt que de blâmer l'agresseur.

mardi 4 août 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de juillet 2026

Ce mois-ci, la principale nouvelle est la libération de Kostiantynivka par la vaillante armée russe qui a fait s'effondrer le front ukrainien... Non, je plaisante. Ça, c'est ce que racontent les poutinistes les plus délirants. En vérité, l'annonce de la prise de la ville, faite par les Russes le 3 juillet, est prématurée. Il est vrai que les Russes contrôlent une partie de la ville (le reste étant dans une large "zone grise") et que Kostiantynivka finira par tomber, mais la vitesse de progression des Russes est tellement lente que cela n'aura au final aucune importance quand les Russes finiront par contrôler cette ville désormais réduite à un tas de ruines. Tout comme les captures de Bakhmut, Avdiivka ou même Pokrovsk n'avaient guère changé à la situation stratégique.

Donc le résumé  de ce mois de juillet 2026 est que le front a très peu bougé (une fois de plus) et que c'est ailleurs que se sont déroulés les principaux événements.

Au menu ce mois-ci: baies sauvages grillées, accompagnées de leur sauce aux larmes russes



Pertes russes et ukrainiennes

Pour commencer, je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin et juillet 2026.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • moyenne 4e année 1150/mois
    • 1447 (mars), 1837 (avril), 2040 (mai), 2053 (juin), 2005 (juillet)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • moyenne 4e année: 27/mois
    • 48 (mars), 47 (avril), 63 (mai), 83 (juin), 75 (juillet)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • moyenne 4e année: 18/mois
    • 33 (mars), 18 (avril), 43 (mai), 56 (juin), 70 (juillet)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • moyenne 4e année: 26/mois
    • 30 (mars), 43 (avril), 86 (mai), 143 (juin), 115 (juillet)
Ces chiffres sont stables par rapport au mois de juin (qui lui avait vu une forte hausse). Un peu plus de matériel anti-aérien, par contre les trois autres catégories sont légèrement en baisse. Cela indique probablement que les frappes ukrainiennes, notamment celles du "verrou logistique") restent très nombreuses et efficaces.

Ce mois de juillet 2026 est, une fois de plus le mois record pour les pertes matérielles  (16 868), et même si cette fois-ci la hausse est bien plus légère, on en est donc à 5 mois de hausses consécutives et de records à chaque fois battus. Le mois de juillet a vu aussi une légère hausse des pertes humaines (42 600) par rapport au mois précédent, selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

Selon Oryx, les Russes ont perdu 213 pièces d'équipement et les Ukrainiens 197. Un ratio et un volume somme toute habituels depuis maintenant plus d'un an, et qui ne favorise pas les Ukrainiens. La question (comme je le dis depuis 1 an) est de savoir si ce ratio reflète les pertes réelles, où si les Ukrainiens restreignent volontairement (OPSEC) la plupart des vidéos de destruction du matériel russe (en particulier l'artillerie, que les Ukrainiens disent détruire en masse mais ne prouvent que très rarement ces destructions). 

Parmi les pertes russes notables, notons la destruction de colonnes blindées utilisant le tout nouveau T72B3A (la protection anti-drone n'a pas bien marché). Les forces aériennes russes ont également subies des pertes, avec un Su-35 abattu par un F16,  le crash d'un Su-57 et la destruction au sol d'un Tu-95M.



Campagne d'attaques aériennes

Ce mois-ci, les Russes ont lancé plus de 4000 drones et 370 missiles. Il faut noter que les "grosses attaques" (plus de 300 drones et missiles / nuit) sont moins nombreuses, avec seulement 3 attaques de ce type au mois de juillet. Le nombre d'attaque par drones Shahed est en baisse pour le second mois consécutif. Difficile d'interpréter cette baisse. Est-ce un problème de production côté russe ? Ou bien ils les accumulent pour frapper l'Ukraine ou une autre cible comme un pays de l'OTAN ?

Parmi les nombreuses cibles frappées par les Russes, en plus des classiques quartiers résidentiels, il y a aussi, régulièrement, des entrepôts Nova Posta qui sont touchés. Et ce mois-ci, les Ukrainiens ont répliqué, et ça a fait mal.


Entrepôt  Wildberries en flamme, à Moscou

Les attaques ukrainiennes contre les entrepôts Wilberries (entreprise considérée comme le "Amazon russe") ont non seulement produit des images spectaculaires, généré des dizaines de vidéos d'influenceurs russes pleurant sur la mort de leur commerce, mais surtout visent une entreprise qui soutient la logistique de l'armée russe, vend des articles militaires et qui compte pour 3% du PIB russe. Ce dernier chiffre ne signifie pas que Wildberries, a elle seule, représente 3% du PIB russe, mais que le commerce qui passe par ses entrepôts (Wildberries, tout comme Amazon, est aussi une plateforme permettant à un grand nombre de petites entreprises de vendre en ligne) représente 3% de ce PIB.

En seulement 15 jours, les Ukrainiens ont réussi à brûler (totalement ou partiellement) la plupart des 20 plus grands dépôts Wildberries, et plusieurs entrepôts de taille plus modeste. Ce qui a donné l'idée à certains de créer un nouveau loto pour ces Wildberrries. L'entreprise essaie des solutions d'urgence, comme demander une aide de l'état russe et la relocalisation de ses entrepôts au Khazakstan. Et tout indique que ces attaques vont se poursuivre, car elles réussissent. Ces attaques sont efficaces pour trois raisons:

1) ces entrepôts géants crament vraiment bien, encore mieux que les raffineries et dépôts pétroliers, il suffit de quelques drones pour transformer un entrepôt géant en un immense brasier. Ce sont des cibles faciles et vulnérables

2) ce qui brûle vaut cher. Les Russes estiment la valeur des marchandises détruites à  500 milliards de roubles (5 milliards d'euros) jusqu'à présent. Sans compter le coût de reconstruction des sites.

3) Wildberries est une entreprise très endettée (830 milliards de roubles / 9 milliards d'euros), qui fonctionnait sur un principe de gros volumes / faibles marges; elle ne peut donc pas encaisser de telles pertes et va devoir faire faillite, sauf intervention directe de l'état russe. Et cela affaiblit donc le système bancaire et l'état russe, comme l'espère le directeur de Firepoint.

L'Ukraine a donc trouvé un autre point faible de l'économie russe et et appuie là où ça fait mal. Mais je doute qu'en soit, cette campagne contre Wildberries suffise. Il faut qu'ils continuent aussi leurs attaques sur les usines, et surtout la logistique russe. Et heureusement, c'est ce qu'ils font.

En particulier, les Ukrainiens ont trouvé de nouvelles cibles ce mois-ci: les bateaux russes en mer d'Azov et en Mer Noire. En particulier les pétroliers, mais d'autres types de bateaux ont été attaqués aussi. Plus de 200, selon les chiffres ukrainiens. NB: ces bateaux ne sont pas coulés, juste rendus HS, généralement en frappant leur passerelle.

Face à ces succès ukrainiens, la Russie a répondu à la manière russe: pas en protégeant ses navires (elle en est incapable) mais en suspendant leur trafic maritime et en attaquant ceux qui vont à Odessa. Elle a employé plusieurs missiles de croisière pour attaquer des navires allant vers (ou venant de) l'Ukraine, dont un attaqué dans les eaux territoriales roumaines. Quelle a été la réaction de l'OTAN ? Comme d'habitude, l'OTAN a fait l'autruche. Le 31 juillet, un missile russe Kh-101 est même arrivé jusqu'en Pologne, parcourant près de 100km et explosant dans un champ vide. Et quelle a été la réaction des Européens face à ce test russe ? Une vague déclaration. La Russie a toutes les raisons de continuer l'escalade, tant que les Européens ne réagissent pas.



Changements à la tête de l'armée Ukrainienne

L'autre grand événement du mois de juillet a été les changements qui ont eu lieu a sein du gouvernement et du haut-commandement ukrainien. Ces événements ont été largment couverts par les médias, donc je n'en ferai qu'un résumé très succinct. Le 12 juillet, à la surprise générale, Zelensky annonce un remaniement du gouvernement. La première ministre dégagée ne semblaient pas être au courant. Mais c'est surtout le surlendemain que les choses ont pris un mauvais tournant, avec Zelensky qui vire le ministre de la défense Fedorov. Fedorov, un jeune ministre très porté sur la technologie et qui misait beaucoup sur les drones, ne se laisse pas faire, et accuse Sirsky, le général-en-chef de l'armée ukrainienne. Des manifestations de soutien à Fedorov, et hostiles à Sirsky ont eu lieu dans de nombreuses villes ukrainiennes. Quelques jours plus tard, Zelensky vire Sirsky mais ne propose pas à Fedorov de redevenir ministre de la défense (et Fedorov n'accepte aucun autre poste proposé). Ce que va devenir Fedorov est incertain. Depuis, de plus en plus de personnes parlent des problèmes causés par le "style de commandement" de Sirsky et de ce qui se passaient dans les "régiments d'assaut" que Sirsky privilégiait et contrôlait tout particulièrement.

En avril 2025, j'avais écrit:

Je pense qu'à plus ou moins long terme, Sirsky devra être remplacé. Quelles que soient ses qualités et ses défauts personnels, trop d'erreurs ont été commises sous sa responsabilité directe. Plusieurs personnes, dont Bohdan Krotevych, réclament déjà sa démission.

Il a donc fallu plus d'un an pour que cela se réalise. Je suis partagé entre la satisfaction que Sirsky a enfin été viré, et l'amertume que cette décision a pris si longtemps. Les problèmes du haut-commandement ukrainien ne vont pas être tous réglés du jour au lendemain, mais il y a de grandes chances pour que le nouveau général en chef, Mikhaelo Drapaty, prenne de bonnes décisions, si on en croit ses résultats précédents et ses premières décisions

Quelques remarques sur cette séquence politico-militaire, qui n'est pas tout à fait finie:
  • Les généraux Mikhaelo Drapaty (commandant-en-chef), Ihor Skybyuk (chef d'état-major) et Ievheni Khmara (ministre de la défense par intérim) qui sont maintenant aux commandes, sont tous les trois des hommes qui ont fait leur preuves (et l'essentiel de leur carrière militaire) en commandant directement des troupes et en menant des opérations depuis l'invasion russe de 2014. Ils n'ont pas, contrairement à la génération précédente, atteint un grade d'officier supérieur en temps de paix. 
  • L'an dernier, il y a eu une séquence similaire (quoique plus longue) concernant la lutte anti-corruption: Zelensky avait tenté de restreindre l'indépendance des organismes anti-corruption, le peuple ukrainien avait manifesté et au final Zelensky avait fait marche arrière et Yermak, son puissant chef de cabinet, avait dû démissionner pour être remplacé par Boudanov, plus jeune et surtout plus compétent

Au final, les décisions de Zelensky objectivement mauvaises sont annulées et quelqu'un de néfaste perd de son pouvoir de nuisance: l'Ukraine bénéficie grandement du résultat. De là à imaginer que c'était le résultat voulu par Zelensky depuis le départ... En plus d'être l'héritier de Churchill, Zelensky serait-il aussi celui de Machiavel ? On ne le saura qu'une fois la guerre terminée.



Pendant ce temps, sur la terre plate...

Le mois dernier, j'avais expliqué en quoi le "Memorendum of Understanding" représentait une défaite pour Trump et une victoire pour l'Iran. J'étais loin d'être le seul à partager cet avis et, même l'agent orange a fini par s'en rendre compte. C'est pourquoi il a déclaré l'accord caduque, puis a bombardé de nouveau l'Iran (et a menacé sur les réseaux sociaux de commettre pétaure de crimes de guerre). L'Iran a répliqué et, 13 jours plus tard, les USA ont de nouveau déclaré une "pause" (faute de munition). 

Conséquences: remontée des prix du pétrole, gaspillage de missiles Patriots (qui commencent à se faire très rares) pour au final revenir au même blocage qu'il y a deux mois. Poutine peut se frotter les mains face à ce suicide de la puissance américaine (ou à ce sabotage délibéré par l'agent Krasnov). Car comme l'analyse Phillips P. O'Brien, cette reprise des hostilités n'a fait qu'affaiblir encore plus la position américaine, avec Trump qui est piégé et la guerre qui menace de s'étendre. De fait, l'Iran joue avec Trump qui, telle une mouche prise dans une toile d'araignée, se condamne un peu plus à chaque mouvement qu'il fait.

Concernant la guerre en Ukraine, Lindsay Graham, qui se disait ami de l'Ukraine mais soutenait uniquement Trump, est mort. Les sénateurs américains ont alors voté une loi de soutien à l'Ukraine (défendue par Graham de son vivant). Mais comme cette loi ne fait que donner à Trump le pouvoir de sanctionner la Russie, sans aucune obligation de le faire, ça ne changera rien. Car Trump déteste toujours l'Ukraine et adore Poutine.

Bien entendu, les journaux disent au contraire que Trump adore maintenant l'Ukraine et Zelensky, car:

  • il leur a promis une license pour construire des Patriots (en fait non)
  • Laura Loomer et Tim Pool, deux influenceurs MAGA qui pendant des années ont abreuvé l'Ukraine d'injures, ont admis leur "erreur" et dénoncent maintenant la propagande russe

Mais loin des déclarations et des média, Trump et ses sbires s'affairent pour ne surtout rien donner à l'Ukraine. Ainsi, on a appris que l'aide de 400 millions votée par le parlement américain en 2025 ne sera pas totalement utilisée avant 2029. Quand Biden donnait 400 millions par mois, c'était juste pour couvrir le consommable. Quand Trump donne 400 millions, c'est tout ce dont les Ukrainiens doivent se contenter pendant 4 ans.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

mardi 21 juillet 2026

Liens en vrac, 21/07/2026

Nouvelle fournée des liens intéressants que j'ai pu trouver depuis la dernière fois.



Analyses

Un tournant dans la guerre ? - Perun

Le verrouillage logistique - Analyse Technyi.info

Le verrouillage logistique - ChrisOWiki

Le verrouillage logistique - Perun

Recrutement et pertes russes au 3e trimestre 2025

La structure de Rubicon

Opération Spiderweb, un an après

Le Talon d'achile des Oreshnik

Ce que pensent les élites russes

Crise pétrolière en Russie: peuvent-ils s'en sortir ?

Pourquoi l'économie russe ne s'est pas effondrée ?



Témoignages et tribunes

La médecine de guerre sur un smartphone

"Nous ne sommes pas un régiment de viande" (Régiment d'assaut Skelia)

La Russie rafle des anciens détenus, des endettés etc pour les envoyer au front

Oui, la Russie est en train de perdre

Des officiers compétents quittent l'armée à cause du style de commandement de Syrsky

Ses grands parents (polonais et ukrainiens) ont combattu ensemble dans l'UPA

Si l'Europe veut la paix, elle doit rendre l'idée d'un conflit gelé dégoutante



Crimes de guerre

Sous l'occupation russe, "les gens ne meurent pas, ils disparaissent"

Plus de 1500 civils torturés durant l'occupation de Kherson

Un adolescent de 16 ans torturé et tué par les "militants DPR" en 2014



Divers

La guerre en Ukraine pour les Nuls

Carte des frappes ukrainiennes sur les infrastructures pétrolières

Marta Havryshko - Vatniksoup

Cyrille Amoursky montre que LFI est pro-russe



vendredi 10 juillet 2026

Chasse aux bots sur Mastodon (2)

Il semble que, sur le réseau Mastodon, les Russes ont lancé une nouvelle campagne de propagande relayée par des bots. Cette fois-ci, ils sont plus subtiles que ceux que j'avais identifiés en novembre. Mais il y a quelques motifs récurrents qui permettent de les identifier.


Deux comptes: même instance, même date de création, même message



Une nouvelle génération de bots

Ces bots essaient de se faire passer pour des humains (même si le déguisement reste assez grossier). En particulier, ils ont toujours un avatar, souvent quelques lignes de biographie, avec parfois même un lien vers un compte instagram ou autre réseau social. Cette bio contient parfois une ligne sur le modèle "[Hobby ou métier] in [nom de ville /pays, souvent aux USA]". Par exemple:

"Loan Officer with a Jefferson State College degree and a habit of clap week in Tampa."

"Recognized in Virgin Islands (U.S.) for a Gold aesthetic and work as Real Estate Agent."

"Sommelier with a taste for 8-bit culture in Boise"

En revanche, malgré leur supposé hobby ou métier qu'ils/elles sont censées faire dans telle ville, ils ne parlent jamais de ce hobby/métier ou de cette ville. La quasi-totalité de leurs messages sont des reprises d'annonces de presse russe ou de fausses nouvelles russes sur la guerre en Ukraine, sur la guerre au moyen-orient ou sur les relations internationales. Ces messages peuvent être anodins, parfois même factuels, mais c'est leur sujet et leur ton tellement générique qui suggèrent que c'est soit du copier/coller, soit généré par un LLM.

Principales caractéristiques:

  • tous ces comptes ont été créés en juin 2026 (juillet pour les plus récents)
  • certains écrivent beaucoup, d'autres quasiment pas, mais uniquement des messages (pas de repouets ni de réponses à d'autres utilisateurs) 
  • ces messages finissent parfois par une séquence du genre "🔘Subscribe now! Chat"
  • ils sont souvent sur les mêmes instances Mastodon: burma.social, library.love, social.ludepress.commas.corq.coetc
  • bien entendu, ils n'ont pas de tag "bot" ni de mention de contenu généré automatiquement
  • leur pseudos sont souvent une suite aléatoire de lettres 


Voici une liste de quelques-un de ces comptes que j'ai pu identifier:

@evedxuz@burma.social

@rdevil@burma.social

@mabelberlincioni_zs@burma.social

@dorothyholmesxbn@burma.social

@zilib_pyla@burma.social

@iwohulo@burma.social

@jen@burma.social

@fapiwe@burma.social

@EstelleGreen@burma.social

@franklinrogerspnlk@burma.social


@casjuho@social.sengeis.priv.at

@Caza_Wij@social.sengeis.priv.at

@fahtij@social.sengeis.priv.at

@GasNytuz@social.sengeis.priv.at


@ykulyq@social.ludepress.com

@syporodi@social.ludepress.com

@Ukodiv@social.ludepress.com

@xexlezy@social.ludepress.com

@botmut@social.ludepress.com

@KiwiYpipo@social.ludepress.com


@Sally_Warren@library.love

@conradthomas@library.love

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@AdiGuk@network.seqular.net

@Xyha_Awu@flipboard.social

@mashaexp@tech.lgbt

@fredmorton_va@mstdn.at

@marge_wade@mast.lt

@ibavym@hunters.zone

@fywawu@uri.life

@claudieraynor@flipboard.social

@qujyfizas@mastoturk.org

@ufy_tyci@piaille.fr


@HizByqud@m.pupu.moe

@ozoku@mesmerized.online

@lubakvash@mastodon.london/

@ides_vox@mastodon.london

@Wake@mastoturk.org

@koufax@mastoturk.org

@Baped@mastoturk.org



Variant italien

Il y a également un "variant italien" de ces bots, avec les spécificités suivantes:

  • leur compte a été créé en mai 2026
  • ils écrivent en anglais sur l'Ukraine et la Russie, et en italien sur Gaza et Israel
  • tous les exemples que j'ai trouvés sont sur l'instance @sigmoid.social

Je n'en ai identifié que 3 actifs:

@vurykfel@sigmoid.social

@hibehruti@sigmoid.social

@imumewus@sigmoid.social


Du fait de leur antériorité, je pense qu'il s'agit d'un prototype. Il est possible d'ailleurs qu'il y a eu d'abord une opération de bots concernant Gaza qui visait l'Italie et que, celle-ci ayant été un succès, les Russes ont généralisé cette approche pour l'Ukraine (et réutilisé les comptes créés lors de la première opération).



Comment peut-on être sur que ce sont des bots ?

Contrairement aux bots précédents qui répétaient toujours les mêmes messages sans aucune subtilité, ces bots sont à mon avis pensés pour se fondre dans la masse et ont un comportement qui cherche à imiter celui d'utilisateurs légitimes. Je soupçonne d'ailleurs qu'ils utilisent un LLM pour générer des messages semblables mais pas identiques. De fait, si on les prend individuellement, il est difficile de conclure que ce sont des bots simplement parce qu'ils ont posté quelques messages plus ou moins pro-russe. Chaque compte parait bien anodin si on le prend séparément. Ce n'est que collectivement que le pattern apparaît. Comme le dit le personnage de Lino Ventura dans le film Les Barbouzes: "un barbu c'est un barbu. Trois barbus, c'est des barbouzes !"

Et c'est ce qui rend cette propagande plus insidieuse, et donc plus dangereuse. Il est plus difficile de les repérer de les identifier, et de les bloquer. On pourrait même se demander: "pourquoi bloquer ce compte qui n'a écrit que 10 messages?" Ma réponse est: il s'agit de lutter contre une action coordonnée (par une "ferme à troll" ou équivalent) qui profite à l'état russe qui mène une guerre d'agression et utilise sciemment ce type d'opération pour diminuer le soutien à l'Ukraine, et facilite donc des crimes de guerre. Et, si on veut être procédurier, puisque ce sont des bots qui n'affichent pas le tag, ils enfreignent les règles du serveur et doivent donc être bloqués.


Pour finir, je liste ici des "cas limites": des comptes clairement pro-russes, créés en juin/juillet 2026, mais qui ne partagent pas nécessairement les autres caractéristiques listées plus haut. Dans le doute je ne les considère pas comme des bots (mais ça peut être utile de garder un oeil sur eux).

@gordonhaas_q@social.roadfm.fr

@celiastone@piaille.fr

@EstellaHart@mastodon.acm.org

@AwusoMyz@mastodon.au

@JulietZimmerman@zirk.us

@uzonaike@m.pupu.moe

@evunare@mastodon.de

@zoozaa@m.pupu.moe

@lonnymarks@sigmoid.social

@howifuhe@mastoturk.org


vendredi 3 juillet 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de juin 2026

La ligne de front n'a quasiment pas bougé, et pourtant beaucoup de choses se sont passées au mois de juin 2026. Au point que de plus en plus de média parlent de "tournant" même si je ne partage pas vraiment cette opinion.

Carte des régions russes où il y a pénurie ou rationnement d'essence, au 30 juin (par Dronebomber)



Le traître Trump jette l'éponge

L'événement qui aura le plus d'influence sur le cours de la guerre ne s'est pas passé en Ukraine, ni en Russie, mais à Versailles. Les Américains et les Iraniens ont signé un "Memorandum of Understanding" qui, s'il est essentiellement un accord pour négocier un accord (voir l'analyse de Perun à ce sujet), a cependant des conséquences très importantes sur la guerre en Ukraine. 

Tout d'abord, les prix du pétrole baissent, revenant au niveau de février dernier. Donc les revenus de la Russie baissent. C'est extrêmement important car cela fragilise encore plus l'économie russe,  qui ne peut plus compter sur la bouffée d'air financière que lui avait procuré Trump quand il a déclenché sa guerre contre l'Iran fin février. Deuxième effet Kiss Cool: cela évitera une pénurie mondiale sur l'essence (du moins dans l'immédiat) avec toutes les conséquences économiques que ça aurait, notamment pour les pays qui soutiennent l'Ukraine.

Ensuite, même si Trump essaie de faire croire qu'il a "gagné" cette guerre, il est clair que ce sont les Iraniens (enfin, les Gardiens de la Révolution qui tiennent le pays) qui sont les grands vainqueurs. Comme le souligne le professeur Phillips P. O'Brien: "Les États-Unis ont souscrit à un accord qui les place dans une position stratégique bien pire que celle qu'ils occupaient le 27 février 2026 (la veille du début des bombardements). Il ne s'agit pas d'un retour au *status quo ante* : ils instaurent un *statu quo* entièrement nouveau — et bien plus défavorable (pour les États-Unis)."

L'Iran a gagné cette guerre. Contre un état nucléarisé, disposant de bien plus de ressources que lui, et sans pour autant marcher sur Washington. Il leur a suffit de faire en sorte que la guerre soit insupportable pour les USA et leurs alliés. Cet exemple invalide toute la rhétorique des Russes et de leurs collabos qui affirment, à tort, qu'une puissance nucléaire ne peut pas perdre une guerre. Même s'il en a peut-être caressé l'idée, et a publiquement menacé de le faire, Trump n'a pas osé employer l'arme nucléaire contre l'Iran et a préféré la défaite (qu'il présente comme une victoire avec la complicité des médias acquis à sa cause) à l'usage de la bombe H.

Alors certes, on ne peut pas formellement garantir que Poutine fera le même choix. Mais je pense que ce sera le cas:

  • car l'usage de la bombe H présente beaucoup d'inconvénients, et guère d'avantages, comme l'expliquait Michel Goya il y a maintenant près de 4 ans
  • car quel que soit le résultat objectif de la guerre, la propagande russe le présentera comme une grande victoire russe. Utiliser la bombe est probablement plus risqué pour Poutine que de ne pas l'utiliser
  • car après chaque "gros coup" des Ukrainiens (contre-offensives de 2022, attaques du pont de Kertch, opération spiderweb ou plus récemment les attaques aériennes contre Saint-Petersbourg et Moscou), la première réaction de Poutine est de se terrer dans un coin pendant des jours. Puis ses média s'empressent de broder sur le thème "Circulez, il n'y a rien à voir, ce qui vient de se passer ne change rien à nos plans". D'ailleurs, c'est très exactement ce qui se passe en ce moment, malgré les pénuries d'essence en Russie



Les frappes aériennes ukrainiennes déstabilisent la Russie

Le second fait marquant de ce mois de juin a été les très nombreuses attaques aériennes, avec toujours plus de drones.

Selon les autorités ukrainiennes, la Russie a lancé environ 5000 drones  et 200 missiles sur l'Ukraine au mois de juin. Un chiffre impressionnant, mais en forte baisse comparé à celui du mois dernier (8000 drones). En fait, les Russes sont retombés au niveau des mois de janvier-février 2026, tandis que les Ukrainiens battent des records (selon les chiffres russes, qui annoncent 10 000 drones ukrainiens "interceptés" ce mois-ci). Et si les bombardements russes ont fait parlé d'eux, c'est pour l'attaque contre la cathédrale de la la Dormition à Kyiv. Une attaque barbare, sans aucun but militaire, mais qui s'attaque au patrimoine culturel ukrainien. Et les pro-poutine prétendent que Poutine défend les Chrétiens, quels imbéciles.

A  l'inverse des Russes qui ont escaladés dans l'horreur, les Ukrainiens ont escaladé par leurs nouvelles capacités à frapper encore mieux sur les arrières russes. Ce furent d'abord, début juin, une série d'attaque contre les environs de Saint Peterbourg, détruisant la raffinerie et les dépôts pétroliers des ports pétroliers de la mer Baltique.

Au delà des dégats matériels, ces frappes ont aussi eu un effet symbolique très fort. Ils ont ruiné le "davos russe" de Poutine, les invités internationaux ont pu faire leurs photos avec en arrière plan la fumée noire des dépôts en feu. Les Ukrainiens ont attaqué Kronstadt, la base historique de la flotte russe, et y ont détruit un navire de guerre en cale sèche. Ils ont ensuite attaqué Moscou à plusieurs reprises, en détruisant la raffinerie de Moscou, démontrant ainsi l'inefficacité de la défense aérienne russe.

Et ce ne sont pas que les raffineries de Moscou et Saint Petersbourg qui ont été attaquées. Le "bingo des raffineries russes" est de plus en plus chargé, avec de très nombreuses raffineries russes endommagées ou mises hors service.

40 % des capacités de raffinage russe sont HS (infographie yrouille)

Ces attaques sur les raffineries ont produit un résultat très visible: les files d'attente interminables aux stations-essence. La montée des prix à la pompe. Ce n'est pas la première fois qu'il y a des pénuries d'essence en Russie, mais c'est la plus grosse depuis très, très longtemps. Quand on voit les Russes manquant d'essence alors que la propagande russe dit depuis des années que c'est l'Europe qui sera à court d’énergie, c'est un renversement assez humiliant pour la Russie. Et au delà de l'humiliation, il faut noter que le manque d'essence paralyse toute l'économie russe. Agriculture, transports, tout devient plus difficile en Russie dès lors que l'essence vient à manquer. Les habitants de la Crimée en savent quelque chose.

En effet, les Ukrainiens frappent bien plus que les seules raffineries: usines d'armement, équipement de communication avec les satellites, chaines d'approvisionnement et surtout ponts, camions-citernes et bateaux qui peuvent servir à ravitailler la Crimée. Comme je l'ai expliqué, c'est une stratégie de long date des Ukrainiens qui visent à faire de la Crimée un gros caillou dans la chaussure de Poutine. Et il n'y a pas que la Crimée qui est la cible de ce "verouillage logistique": tous les territoires occupés le sont. Je conseille d'ailleurs les articles de Donald Hill:



L'Ukraine reprend confiance

L'idée que c'est maintenant la Russie qui est en train de perdre la guerre est de plus en plus présente dans les grands média (alors que, jusqu'à peu, ceux-ci disaient majoritairement que c'était l'Ukraine qui perdait). Certains analystes, comme Mike Ryan, donnent des arguments convaincants (voir son analyse en deux parties) et je suis plutôt d'accord avec lui: l'Ukraine a, en ce moment, l'avantage, mais la Russie peut encore réagir et la guerre n'est pas encore gagné pour l'Ukraine.

En revanche, c'est jouissif de constater à quel point tous les pro-russes plus ou moins assumés (Olivier Kempf, Delwin, etc) s'empressent d'expliquer que c'est toujours la Russie qui gagne, que les attaques aériennes  ukrainiennes n'ont guère d'effet, que la Crimée n'est pas isolée, que Kostentinivka va bientôt tomber, etc. On dirait du Peskov. S'ils ont besoin de se "rassurer", ce n'est pas sans raison: le narratif russe a besoin de maintenir l'illusion d'une Russie qui "finira forcément par gagner".  Or, plus le temps passe, plus les choses semblent compliquées pour Poutine et ses sbires. Les Ukrainiens l'ont bien compris, et en particulier Zelensky. Le président ukrainien est bien conscient de l'évolution du rapport de force, et cela se traduit dans sa communication vis-à-vis de Poutine et Loukachenko.

Il y a eu tout d'abord la lettre ouverte à Poutine, le 4 juin. Un petit bijou savamment écrit pour à la fois dire la vérité, jouer sur les insécurités de Poutine et le menacer à demi-mots, tout en étant formellement une offre de paix censée satisfaire les "pacifistes" et autres idiots utiles qui, à l'Ouest, pensent encore qu'on peut négocier avec Poutine sans l'avoir d'abord vaincu militairement. Comme l'a justement fait remarquer Phillips O'Brien: "La lettre n'a pas été envoyée pour négocier, mais pour humilier. C'était une démonstration de force. Zelensky signifiait par là que les Ukrainiens sont capables de mener eux-mêmes les négociations sans dépendre des États-Unis et que, de surcroît, leurs armes et leur stratégie leur permettent de ravir l'initiative aux Russes." 

Puis, le 23 juin, l'ultimatum à Loukachenko. Depuis des mois, l'Ukraine et l'opposition biélorusse envisageait l'hypothèse que la Biélorussie lance une attaque contre l'Ukraine. Certains analystes avaient eux aussi envisagé ce scénario, qui était jugé peu probable. Néanmoins, l'Ukraine notait que la Biélorussie aidait les Russes à lancer leurs attaques de drones contre l'Ukraine. D'où l'ultimatum de Zelensky: "désactivez ces tours de guidages, ou nous le ferons nous-même". Quelques jours plus tard, Loukachenko a cédé. A noter que l'ultimatum était une réponse à des "excuses" exprimées par Loukachenko, qui visiblement craint Zelensky. Il faut dire que l'Ukraine a maintenant une armée bien plus importante que celle de la Biélorussie, et que Loukachenko a peut-être des doutes sur la loyauté de ses troupes. Est-ce que les Ukrainiens ont les moyens de "prendre Minsk en 3 jours" ? Je n'en sais rien. En revanche, je sais que Loukachenko n'a visiblement pas envie de tenter l'expérience. 



Pertes russes et ukrainiennes

Pour finir, je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars, avril et mai 2026.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • moyenne 4e année 1150/mois
    • 1447 (mars), 1837 (avril), 2040 (mai), 2053 (juin)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • moyenne 4e année: 27/mois
    • 48 (mars), 47 (avril), 63 (mai), 83 (juin)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • moyenne 4e année: 18/mois
    • 33 (mars), 18 (avril), 43 (mai), 56 (juin)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • moyenne 4e année: 26/mois
    • 30 (mars), 43 (avril), 86 (mai), 143 (juin)
Ces chiffres sont en forte hausse par rapport au mois de mai. Le record du mois dernier pour l'artillerie a été légèrement battu, et les trois autres catégories sont en hausse également. Cela reflète l'accroissement des frappes ukrainiennes à courte et moyenne portée, le fameux "verrou logistique".

 Ce mois de juin 2026 est, une fois de plus le mois record pour les pertes matérielles  (15 792), on en est donc à 4 mois de hausses consécutives et de records à chaque fois battus. Le mois de juin a vu aussi une forte hausse des pertes humaines (39 490) par rapport au mois précédent, selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

En ce qui concerne les pertes matérielles visuellement confirmées, Oryx, a enregistré 147 pertes russes et 232 pertes ukrainiennes. Je renvoie à mes analyses précédentes sur l'évolution de ce ratio et les raisons pour lesquelles si peu de pertes russes sont confirmées.



Conclusion

Le mois de juin 2026 a été un très bon mois pour l'Ukraine. Et très mauvais pour la Russie, ce que cherchent à cacher (ou du moins à minimiser) tous les propagandistes russes plus ou moins avoués. Comme je l'ai dit en introduction, les média occidentaux parlent ouvertement de "tournant" mais je ne partage pas cette opinion pour deux raisons.

Tout d'abord, parce que l'Ukraine n'a jamais été aussi mal que ce qu'en disaient les média, et que la stratégie qui apparaît aujourd'hui comme "gagnante" a été mise en place il y a déjà des mois, voire des années. C'est plus un changement progressif, une montée en puissance de l'Ukraine lente mais que les Russes ont maintenant bien du mal à contenir.

Ensuite, parce que les Russes ont des problèmes sérieux, mais ils peuvent (ou non) les résoudre d'ici quelques semaines à quelques mois. Et même s'ils n'arrivent pas à résoudre leurs problèmes, il est à craindre qu'ils chercheront à créer le même genre de problèmes en Ukraine. La guerre est encore loin d'être finie, et le vainqueur pas encore déterminé. Il nous faut donc intensifier notre soutien à l'Ukraine, jusqu'à la victoire,  plutôt que de déblatérer sur un prétendu "tournant" dès que les choses s'améliorent pour les Ukrainiens.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

Estimations des pertes russes et ukrainiennes, fin août 2026

Tous les 6 mois depuis la création de ce blog, je fais une estimation des pertes russes et ukrainiennes en utilisant la même méthodologie. E...