mardi 3 février 2026

Guerre en Ukraine: bilan du mois de janvier 2026

Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de janvier 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet). 

Une fois de plus, les Russes ont continué leur grignotage des défenses ukrainiennes, mais à un rythme moins soutenu que les mois précédents, peut-être à cause d'une météo particulièrement froide. Ce mois-ci, ce sont surtout les frappes aériennes à longue portée et la situation internationale qui ont connu des évolutions majeures.

Comparaison de la rapidité de plusieurs offensives, par le CSIS



Pertes russes et ukrainiennes

Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024) et la troisième année (mars 2024 à février 2025) puis les chiffres de mars, avril, mai, juin, juillet, août, septembre, octobre, novembre et décembre 2025.

  • Artillerie 
    • moyenne 1ere année: 190/mois
    • moyenne 2e année: 650/mois
    • moyenne 3e année: 1150/mois
    • 1690 (mars), 1554 (avril), 1384 (mai), 1243 (juin), 1193 (juillet), 1288 (août), 1112 (septembre), 817 (octobre), 612 (novembre), 902 (décembre), 1126 (janvier)
  • MLRS
    • moyenne 1ere année: 40/mois
    • moyenne 2e année: 43/mois
    • moyenne 3e année: 25/mois
    • 44 (mars), 27 (avril), 26 (mai), 27 (juin), 24 (juillet), 25 (août), 29 (septembre), 28 (octobre), 19 (novembre), 34 (décembre), 46 (janvier)
  • DCA
    • moyenne 1ere année: 21/mois
    • moyenne 2e année: 37/mois
    • moyenne 3e année: 30/mois
    • 37 (mars), 23 (avril), 27 (mai), 17 (juin), 13 (juillet), 10 (août), 11 (septembre), 9 (octobre), 20 (novembre), 13 (décembre), 24 (janvier)
  • Équipements spéciaux
    • moyenne 1ere année: 19/mois
    • moyenne 2e année: 114/mois
    • moyenne 3e année: 181/mois
    • 24 (mars), 82 (avril), 33 (mai), 19 (juin), 14 (juillet), 17 (août), 27 (septembre), 7 (octobre), 24 (novembre), 25 (décembre), 19 (janvier) 
La remontée des chiffres annoncés se poursuit dans trois des quatre catégories. Les chiffres concernant l'artillerie reviennent au niveau du mois de septembre, avant leur baisse spectaculaire et leur remontée tout autant spectaculaire. Plus généralement, comparé au mois de novembre, il y a une remontée des pertes matérielles  (5 615) et baisse des pertes humaines (31 680), selon le comptage réalisé par l'analyste Ragnar Bjartur Gudmundsson

Il est difficile d'interpréter ces variations. Je croyais avoir identifié une tendance significative en ce qui concerne les chiffres sur l'artillerie, mais la tendance s'est complètement inversée et on se retrouve au point de départ (avec des chiffres supérieurs à 1100 pertes / mois, dont 99% ne sont pas confirmées visuellement). Il y avait eu la même chose fin 2024, avec les chiffre MLRS qui avaient baissé au point d'être quasiment nuls, avant de remonter quelques mois plus tard sans explication.

En ce qui concerne les pertes visuellement confirmées, selon Oryx il y a eu en décembre 221 pertes russes et 291 pertes ukrainiennes. C'est donc, de nouveau, un ratios terriblement mauvais pour l'Ukraine, comme toujours à cause d'un nombre de perte russe très bas (qui contraste fortement avec les chiffres annoncés par les Ukrainiens). Cela fait maintenant près d'un an que c'est ainsi. 


L'Ukraine perd la bataille de l'énergie

En décembre, la Russie a lancé environ 4600 drones et 130 missiles, des chiffres en baisse par rapport à décembre mais cette baisse ne signifie pas que l'Ukraine a été moins touchée par les attaques russes, bien au contraire. Déjà parce que le taux d'interception des missiles à baissé, ce qui fait que le nombre de missiles non-interceptés est à peu près le même (une soixantaine ont atteint leur but en décembre comme en janvier). Mais surtout, parce que les conséquences de ces frappes sur le réseau électrique ukrainien ont été dévastatrices. Tout au long du mois de janvier, il y a eu de très nombreuses coupure d'électricité en Ukraine, culminant par un "black out" complet

Et si, de son côté, l'Ukraine a continué de frapper les installations pétrolières russes, ces attaques ont été bien moins nombreuses que les mois précédents:

01/01 Raffinerie d'Ilsky

06/01 dépôts pétroliers de Usman et de Stary Oskol

07/01 un pétrolier en mer noire (origine de l'attaque incertaine)

10/01 dépôt pétrolier de Zhutovskaya

22/01 terminal pétrolier de Taman

23/01 dépôt pétrolier de Penza

Alors certes, les exportations russes en janvier ont atteint un niveau très bas, mais c'est plus l'effet des frappes des mois précédents que celles de janvier. Pourquoi l'Ukraine a-t-elle interrompu ces frappes ? Comme d'habitude, on n'a pas de certitudes, mais au moins deux hypothèses très plausibles.

La première est que les Ukrainiens n'ont pas les missiles/drones pour continuer ces frappes. En particulier, les missiles FP-5 Flamingo, qui avait été annoncés avec fracas en août 2025, n'ont toujours pas tenu leurs promesses et sont les grands absents de cette campagne aérienne. 

La seconde est que, une fois de plus, les Occidentaux (probablement le traître Trump) ont fait pression sur les Ukrainiens pour que ceux-ci interrompent leur campagne pour privilégier les "négociations" avec la Russie qui ne mènent à rien. Si c'est le cas, alors c'est complètement lamentable de la part des Occidentaux qui offrent à la Russie un répit inespéré.

Quoi qu'il en soit, le fait est que l'Ukraine a perdu la bataille de l'énergie: la Russie a réussi à détruire (ou du moins fortement endommager) son approvisionnement énergétique tandis que l'Ukraine n'a pas réussi à détruire (ou du moins fortement endommager) l'industrie pétrolière russe. 

Alors, face à ce résultat, certains se diront que l'Ukraine aurait mieux fait de ne pas se lancer dans cette bataille, selon le "raisonnement" que les frappes russes sur le réseau ukrainien sont une "riposte" face aux attaques ukrainiennes contre les raffineries russes. C'est du moins le narratif russe, et comme toujours, il est mensonger. Que l'Ukraine frappe ou non les raffineries russes, ça ne change rien aux plans russes, qui ont toujours été de détruire le réseau énergétique ukrainien cet hiver (comme les hivers précédents). Donc, c'est une bonne chose que les Ukrainiens aient lancé cette campagne aérienne, et ça ne sert à rien de tenter de négocier une trêve avec les Russes, ceux ci ne la respecteront pas.



Les guerres de Trump

L'autre grande "nouvelle", si l'on peut dire, de ce mois de janvier 2026 est que Trump a officiellement enterré l'ordre international, qui était déjà malade depuis bien longtemps. Désormais, Trump s'estime en droit d'attaquer qui il veut (y compris les alliés des USA), quand il veut, comme il veut. Et c'est très exactement le genre de chaos qui profite à la Russie.

Certains ont dit que son raid  au Venezuela a été un coup dur pour la Russie, Maduro étant officiellement un allié russe. C'est oublier qu'en 2019, Poutine proposait déjà un "deal" à Trump sur la base de "à moi l'Ukraine, à toi le Vénézuela". Que Trump agisse selon ce principe en 2026 est tout bénéfice pour Poutine.

D'autant plus que Trump ne s'est pas arrêté là. En menaçant tour à tour le Groenland, le Canada et d'autres pays de l'OTAN, Trump détruit cette alliance et affaiblit l'aide à l'Ukraine bien plus efficacement que tout ce que Poutine pourrait faire. Et quand on voit Mark Rutte (et d'autres dirigeants européens) l’appeler "papa" et s’aplatir devant lui, c'est à la fois pathétique et ignoble. Cette servilité les empêchent de comprendre qui est Trump (ils devraient pourtant l'avoir compris, depuis le temps ...) et c'est bien là le plus grand danger pour l'Ukraine: que plus personne n'ose tenir tête à Poutine et à son agent Krasnov. 

Et les médias, dans ce monde en chaos, continuent à parler de "négociations de paix" et du "Bored of peace" voulu par l'agent orange. Ils n'osent pas écrire que les premières ne mènent nulle part, et le second est une immense entreprise de corruption. L'année 2026 commence très mal.



Analyses précédentes

2023

2024

2025

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