Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de mai 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet).
Sur le front, les Russes avancent toujours aussi lentement. Les Ukrainiens ont légèrement progressé à certains endroits, mais tous ces mouvements sont faibles comparés à l'étendue de la "zone grise". La guerre israelo-américaine d'agression contre l'Iran, quant à elle, est toujours dans une impasse et le détroit d'Ormuz toujours bloqué, alors que les réserves de pétrole des différents pays diminuent à grande vitesse, mais curieusement presque personne ne panique pour le moment. En attendant la prochaine guerre (Cuba ? Taiwan ?), le monde s'enfonce de plus en plus dans le chaos.
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| Frappes ukrainiennes sur les raffineries russes au mois de mai |
La paix est proche...
Du moins, c'est une idée qui circulait dans les média vers le 9 mai, quand la Russie et l'Ukraine avaient convenu d'un cessez-le-feu (pas vraiment respecté) de 3 jours et que Trump disait qu'il voulait l'étendre (raté). Surtout, quand les journalistes ont vu le pitoyable défilé du 9 mai, ils en ont probablement conclu que la Russie n'avait plus les moyens d'avancer (ou se demandaient si l'Ukraine a maintenant l'avantage) et donc que la guerre allait se figer.
Ce raisonnement était faux pour deux raisons. Tout d'abord, comme l'a très justement remarqué Perun, ce basculement médiatique d'un narratif à l'autre est bien plus rapide que l'évolution du rapport de force entre l'Ukraine et la Russie, qui lui est très progressif. L'Ukraine a, en ce moment, un certain avantage dans la guerre des drones. Mais elle l'avait avant le 9 mai, et le perdra peut-être dans quelques mois. Il faut donc analyser les choses sur le long terme (ce que j'essaie de faire) plutôt que se concentrer sur un événement ponctuel, aussi symbolique soit-il.
En parlant d'événement ponctuel très symbolique, le fait que, le 9 mai, le défilé russe a été assez ridicule et sans matériel présenté ne signifie pas forcément que la Russie est totalement à court de matériel militaire. En 2023, la parade de Moscou n'avait compté aucun char (à part l'habituel T-34 ouvrant le défilé), ce qui avait été abondamment commenté à l'époque. Pourtant, ça ne signifiait pas que la Russie n'avait alors plus de char, mais c'était un message destiné à la population russe et qui disait en gros: "finies les grandes manœuvres mécanisées, on va maintenant gagner cette guerre avec l'infanterie et l'artillerie." Quel est donc le message véhiculé par le "défilé sans véhicules" du 9 mai 2026 ?
Selon ce qui a été perçu en Occident, ce défilé semblait montrer la faiblesse de Poutine, ce serait surprenant qu'il ait montré volontairement sa faiblesse (faiblesse exacerbée par le trollage de Zelensky "autorisant" le défilé), mais une telle faiblesse perçue peut avoir deux avantages. D'abord, les Occidentaux ont tendance à moins aider l'Ukraine s'ils perçoivent la Russie comme faible. C'est une de leur erreurs stratégiques majeures: à chaque fois que ça semble aller un peu mieux pour l'Ukraine, plutôt que d’accroître l'aider pour porter un coup fatal à l'armée russe, ils la diminuent selon le raisonnement comptable "on n'a pas besoin de dépenser plus". Ensuite, cette faiblesse pourrait être un moyen de préparer la population russe à une future mobilisation, sur le thème "la patrie est en danger".
Pourtant, cette faiblesse perçue contrastait avec l'optimisme de Poutine, qui lui ne parle que de victoire. Aussi il est possible que Poutine a voulu (mais a échoué ?) faire passer un autre message, annonçant un autre pivot militaire après celui de 2023. Car les véhicules étaient là ... sur des écrans. Ces séquences filmées se concentraient sur les drones et les armes nucléaires. Est-ce que le message, ce n'était pas que la Russie préparait une guerre d'un type nouveau, dans laquelle ces armes seraient prépondérantes ? Ce serait cohérent avec ce qui s'est passé ensuite: accroissement des attaques de drones et de missiles, des menaces de recours au nucléaire, et avec les annonces d'augmentation considérable du nombre d'unités de dronistes.
Donc, pour que les choses soient claires, je ne crois absolument pas que la paix est proche. J'ai expliqué, à la fin de mon point sur la situation russe, pourquoi et comment Poutine va prolonger cette guerre. Quelques jours plus tard, Anders Puck Nielsen a publié une analyse qui va à peu près dans le même sens (mais est bien plus pédagogique) Sauf grosse surprise (genre effondrement de l'économie russe qui masque ses difficultés actuelles, ou mort de Poutine), je vois mal cette guerre se terminer avant l'été 2027.
La guerre des drone s'intensifie, et l'OTAN fait l'autruche
Une des raisons pour lesquelles je ne crois pas à une paix proche est parce que tout indique au contraire qu'elles s'intensifie: plus d'assauts russes sur le front, plus d'attaques aériennes, et surtout plus de drones. beaucoup plus de drones.
Que ce soit du côté russe que du côté ukrainien, les drones sont produits en plus grande quantité, leurs capacités comme leur portée augmentent, la technologie comme la doctrine d'emploie évolue et se perfectionne. Et les résultats sont là.
Les Ukrainiens ont intensifié leurs frappes contre les raffineries et autres installations pétrolières russes. Comme le montre le bingo au début de ce billet, on est à plus d'une raffinerie touchée tous les deux jours pour le mois de mais), y compris celle de Moscou, qui était la dernière grande raffinerie russe de ce côté de l'Oural a être intacte. Ils ont en plus considérablement accru leurs frappes de drones à moyenne portée, attaquant la logistique russe notamment sur tout le "pont terrestre", c'est-à-dire les territoires ukrainiens occupés reliant la Russie à la Crimée. Chaque jour ou presque, les Ukrainiens postent des vidéos montrant la destruction d'un ou plusieurs systèmes de défense anti-aérien russe.
Les Russes, de leur côté, ont encore intensifié le nombre de leurs attaques aériennes, si on en croit les chiffres publiés par les Ukrainiens. Beaucoup de leurs drones sont interceptés, mais il y en a quand même des dizaines par jour qui passent entre les mailles du filet. Sans compter les missiles balistiques, de plus en plus nombreux, et de plus en plus difficiles à intercepter faute de missiles intercepteurs Patriot. Comme toujours, la majorité de ces missiles et drones touchent des bâtiments civils, et il y a même eu un drone russe qui s'est écrasé sur un immeuble en Roumanie.
Bien entendu, la réaction de l'OTAN a été en dessous de tout. Une vague protestation formelle, mais zéro action face à ce qui peut constituer un casus belli. L'OTAN aurait pu, par exemple, décréter l'opération Skyshield, déployer des avions sur une partie du territoire ukrainien et abattre tous les drones s'approchant à 100km d'une frontière d'un pays de l'OTAN. Ce serait totalement justifiable en tant que simple mesure de protection des pays de l'OTAN. Je signale au passage que la pétition skyshield stagne depuis des mois, à mois de 65 000 signatures.
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| Rien ne courbe l'espace-temps autant que les "profondes inquiétudes" de l'OTAN |
Mais rien n'est fait. Pourquoi ? La principale raison est politique: aucun dirigeant politique européen ne veut prendre cette responsabilité. Mais il y a aussi une raison matérielle: nos armées sont tout simplement incapables d'arrêter des vagues de drones de types Shaheds. On l'a vu face à l'Iran, où la première puissance militaire mondiale s'est révélée incapable de protéger ses bases militaires et ses alliés régionaux. Et le pire, est que pendant que l'Ukraine et la Russie font des progrès dans la guerre des drones, nous stagnons et sommes de plus en plus vulnérables face à ce type de guerre. Les exercices de l'OTAN, durant lesquelles les dronistes ukrainiens démolissent les forces des autres pays est très parlant. En fait, il ne s'agit plus tant d'aider l'Ukraine, que d'apprendre d'elle pour faire face aux Russes. Et si les armées occidentales expérimentent timidement avec l'usage de drones, ce sont souvent des drones chers, peu nombreux, bref tout le contraire de ce qui servirait à résister aux Russes.
Cela devrait alarmer les états-majors et les décideurs politiques. Pourtant, on se contenante pour le moment d'augmenter légèrement les budgets de la défense, mais sans se presser, comme si la guerre allait attendre que nous soyons prêts. Malgré les déclarations des responsables politiques, l'Europe ne se prépare pas à la guerre. Or plus l'Ukraine et la Russie feront des progrès, plus la Russie sera tentée de profiter de cet avantage temporaire dans l'usage des drones contre un ou des pays européens (pays baltes, Finlande, etc), et ce quelque soit l'issue de la guerre en Ukraine, voire même AVANT la fin de la guerre en Ukraine, vu les signaux de faiblesse et/ou de traîtrise envoyés par les USA.
Donc, que devraient faire les Européens ? La réponse est simple: envoyer des unités de défense anti-aériennes en Ukraine, pour aider l'Ukraine mais surtout apprendre d'eux et utiliser les intercepteurs qui marchent actuellement.
Pertes russes et ukrainiennes
Je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars et avril 2026.
- Artillerie
- moyenne 1ere année: 190/mois
- moyenne 2e année: 650/mois
- moyenne 3e année: 1150/mois
- moyenne 4e année 1150/mois
- 1447 (mars), 1837 (avril), 2040 (mai)
- MLRS
- moyenne 1ere année: 40/mois
- moyenne 2e année: 43/mois
- moyenne 3e année: 25/mois
- moyenne 4e année: 27/mois
- 48 (mars), 47 (avril), 63 (mai)
- DCA
- moyenne 1ere année: 21/mois
- moyenne 2e année: 37/mois
- moyenne 3e année: 30/mois
- moyenne 4e année: 18/mois
- 33 (mars), 18 (avril), 43 (mai)
- Équipements spéciaux
- moyenne 1ere année: 19/mois
- moyenne 2e année: 114/mois
- moyenne 3e année: 181/mois
- moyenne 4e année: 26/mois
- 30 (mars), 43 (avril), 86 (mai)
Analyses précédentes
2023
- La prise de Bakhmut
- En attendant la contre-offensive
- Contre-offensive ukrainienne: un bilan mitigé partie 1, partie 2, partie 3
- Bilan fin juillet
- Bilan fin août
- Bilan fin septembre
- Bilan fin octobre
- Bilan fin novembre
- Bilan fin décembre
2024
- Bilan fin janvier
- La chute d'Avdiivka
- Bilan fin février
- Bilan fin mars
- Bilan fin avril
- Bilan fin mai
- Bilan fin juin
- Bilan fin juillet
- Bilan fin août
- Bilan fin septembre
- Bilan fin octobre
- Bilan fin novembre
- Bilan fin décembre
2025
- Bilan fin janvier
- Bilan fin février
- Bilan fin mars
- Bilan fin avril
- Bilan fin mai
- Bilan fin juin
- Bilan fin juillet
- Bilan fin août
- Bilan fin septembre
- Bilan fin octobre
- Bilan fin novembre
- Bilan fin décembre

