De tous les territoires ukrainiens occupés par les Russes, la Crimée a une place à part. C'est le premier territoire attaqué et envahi par la Russie. Le premier à être annexé illégalement par la Russie, et ce dès 2014 (annexion non reconnue à l'international, même par des alliés de la Russie). C'est aussi le territoire qui n'avait voté qu'à une faible majorité pour l'indépendance ukrainienne en 1991. Et si on remonte plus loin dans le temps, Staline a déporté les tatars originaires de la Crimée, remplacés par des Russes ethniques ce qui explique pourquoi ceux-ci sont si nombreux en Crimée comparé au reste de l'Ukraine. C'est un territoire touristique important pour les Russes (on dit souvent que c'est leur équivalent de la côte d'azur) et Sébastopol est ce fameux "port dans une mer chaude" tant désiré par les Tsars russes au XIXe siècle.
Après l'annexion illégale de 2014, Poutine a fait construire le pont de Kertch pour la relier physiquement au territoire russe. Il a aussi accordé le statut de "métropole" à Sébastopol, un statut qui n'existe que pour deux autres villes: Moscou et Saint-Petersbourg. Tout cela souligne l'importance politique de la Crimée aux yeux de Poutine. La Crimée est aussi importante militairement. Dans cette guerre à grande échelle, elle sert de base logistique et c'est également de Crimée que sont parties les troupes russes ayant eu le plus de succès, prenant rapidement Kherson et poussant même jusqu'à Mikholaiv, avant d'être repoussés sur la rive sud du Dnipro à l'automne 2022. Avec sa position centrale sur la Mer Noire, la Crimée semblait être un atout pour Poutine dans sa guerre contre l'Ukraine.
Et pourtant, c'est loin d'être le cas. C'est même, pour des raisons que nous allons voir, une de ses principales faiblesses.
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| Explosions sur la base aérienne de Saki, août 2022, vue de la plage (c)AFP |
Géographie et démographie
La Crimée est une péninsule relativement grande (27 000 km2, soit la taille de la Bretagne), habitée par 2,4 millions d'habitants, les deux-tiers étant ethniquement russes. Il faut d'ailleurs noter que la population a légèrement augmenté depuis 2014, le régime de Poutine encourageant les Russes ethniques à s'établir dans la région dans une forme de nouvelle colonisation.
C'est une région plate (avec quelques montagnes sur la côte sud) et dont le climat est comparable à celui de la Méditerranée. Ce qui signifie que la Crimée n'est alimentée par aucun cours d'eau externe, ce qui, combiné au climat assez chaud, peut engendrer de graves sécheresses. C'est pourquoi l'URSS avait construit un canal détournant une partie de l'eau du Dniepro pour alimenter la péninsule. Or ce canal partait de la retenue d'eau du barrage de Nova Kakhovka, que les Russes ont fait sauté en juin 2023, rendant le canal inopérant. Si la Crimée a suffisamment d'eau pour ses habitants, en revanche, pour l'agriculture, c'est plus problématique. La production agricole est en déclin et la région est loin d'être auto-suffisante pour la nourriture.
La région est quasiment une île, seul un étroit isthme de 4km de large (et une poignées de ponts routiers et ferroviaires) la reliant au continent. Trois routes majeures seulement permettent la circulation routière, dont deux passant par des ponts. Géographiquement, c'est donc un territoire qui n'a qu'un nombre très restreints de points d'accès et qui doit importer une grande partie de sa nourriture et la totalité de son carburant.
La Crimée est aussi une région touristique, ce qui fait que son économie dépend fortement de l'afflux de touristes venus de Russie, les autres nationalités désertant la Crimée comme destination de vacances depuis 2022, ce qui avait déjà porté un coup à l'économie de la région.
La bataille de la Mer Noire
Souvenons-nous, au tout début de la guerre, la question n'était pas de savoir si la Mer Noire allait être disputée (l'Ukraine n'ayant aucun navire de guerre opérationnel), c'était de savoir si les Russes allaient débarquer à Odessa, après avoir pris possession de "L'île au serpent". Deux mois plus tard, le navire amiral Moskva était coulé par les Ukrainiens grâce à leurs missiles Neptune. En juin 2022, les Russes étaient chassés de l’île aux serpents, après y avoir des pertes assez importantes pour une si petite île. Les Russes n'osaient plus s'aventurer dans l'ouest de la Mer Noire.
Six mois plus tard, les drones maritimes ukrainiens commencèrent à harceler les navires russes, pénétrant même dans le port de Sébastopol. En plus des attaques par drones maritimes, l'Ukraine a aussi pris d'assaut des plateformes pétrolières à l'ouest de la Crimée, qui servaient notamment aux Russes pour y installer des radars. Et surtout, à l'automne 2023, ils ont pu, grâce à des missiles SCALP-EG, pulvériser le QG de la flotte de la Ner Noire, transformant son commandant (Viktor Sokolov) en fantôme. Littéralement: ce criminel de guerre, que les Ukrainiens affirment avoir tué tandis que les Russes disent toujours en vie, n'a plus jamais été vu depuis cette date, et a été remplacé en avril 2024.
grâce à ces missiles, ils ont aussi pu détruire un sous-marins et plusieurs navires à quai ou en cale sèche. Si bien que la Russie a alors retiré ses navires les plus importants de Sébastopol pour les mettre à l'abri à Novorossysk, et ne laissant opérer ces navires que très loin des côtes ukrainienne. Et même ces mesure se révélèrent insuffisantes face aux progrès des Ukrainiens.
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| La flotte de la Mer Noire, enfin ce qu'il en reste |
J'avoue que je me suis demandé, il y a 2 ans, pourquoi les Ukrainiens mettaient tant d'efforts à développer leurs drones maritimes alors qu'ils avaient déjà neutralisé la flotte de la Mer Noire et sécurisé un corridor pour exporter leur blé. Depuis, j'ai compris leur stratégie, et elle est brillante. Car en développant leurs capacités maritimes, avec toute une variété de drones comme ceux capables de lancer des drones FPV, des missiles anti-aériens ou encore les drones sous-marins, ils se sont donnés les moyens pour frapper au delà de la Crimée, pourchassant la flotte russe jusqu'à son port-refuge de Novorossysk et permettant d'établi informellement un "siège de la Crimée".
Ainsi, l'Ukraine a particulièrement visé les "navires de débarquements" (en fait des cargos militaires) qui peuvent servir à la logistique. D'après la page wikipedia, en 2021 la flotte de la Mer Noire comptait 68 navires militaires, dont 13 navires de débarquement. Sur ces 68 navires, Wikipédia considère que 15 de ces navires ont été coulés ou définitivement mis hors-service, soit 22%. Mais parmi les navires de débarquement, ce sont 9 sur 13, soit 70%, qui ont été mis hors service. Je pense que ce n'est pas un hasard: ils ont visés spécifiquement ces navires, leur accordant la priorité par rapport à d'autres comme les corvettes et frégates lance-missiles. NB: il est possible (et même probable) que Wikipedia ne liste pas toutes les pertes russes. Les Ukrainiens ont aussi gravement endommagé le seul navire de renseignements (Le Ivan Kurs) construit après la fin de la guerre froide.
Une autre opération que l'on oublie parfois est l'assaut (ou plutôt les assauts) des forces spéciales ukrainiennes sur les plateformes gazières à l'ouest de la Crimée. Ces assauts, parfois critiqués comme inutiles et/ou coûteux en hommes, ont permis à l'Ukraine de prendre le contrôle, ou du moins de neutraliser ces structures sur lesquelles les Russes avaient posé des radars.
Cette campagne contre la flotte de la Mer Noire a fait bien plus que protéger Odessa: il y a eu un effort systématique pour les aveugler et détruire les navires militaires pouvant aider la logistique. L'importance de cette bataille est souvent passée sous les radars médiatiques car, contrairement aux batailles terrestres, il n'y a pas de "lignes qui bougent sur les cartes". C'est plus difficile à visualiser, une domination des drones sur la mer noire. Mais d'autant plus efficace militairement.
La vulnérabilité de la Crimée face aux attaques aériennes
Cette campagne maritime a en effet accentué la vulnérabilité de la Crimée face aux attaques aériennes.
Le 10 août 2022, de fortes explosions retentissent sur la base aérienne de Saki, surprenant les touristes qui se baignaient non loin de là (cf photo d'illustration en début de ce billet). Ce jour là, les Ukrainiens ont lancé des missiles, détruisant ou endommageant au sol 10 avions, et faisant de la Crimée une zone de guerre. Et cette attaque n'était que la première d'une très longue série.
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| lignes de défenses anti-aériennes (c) Donald Hill |
Cette vulnérabilité vient d'abord de sa géographie: elle est entourée d'eau. Le fait que les Russes ne peuvent pas détecter ce qui vient de la mer, et/ou que des drones maritimes peuvent s'approcher des côtes et lancer des drones FPV capables de frapper à 5-10 km des côtes pour chasser les radars et SAM russes est un gros problème pour leur défense anti-aérienne, et les Ukrainiens en profitent pleinement. En fait, c'est comme si la côte ouest était une "ligne de front", et qu'il faut donc calculer la distance à jusqu'où les drones peuvent passer par rapport à la distance à la côté (du moins sur la partie ouest et sud de la Crimée). Quand à la partie au nord de la Crimée (Oblast de Kherson), c'est suffisamment proche de la ligne de front pour que les Ukrainiens puissent détruire à coup de HIMARs ou de drones à moyenne portée toute cible russe "intéressante". Comme le montre la carte ci-dessus, le fait que les drones Bayraktar opèene de nouveau près de Kherson signifie que les Russes n'ont plus de défense aérienne efficace dans le secteur. Du point de vue de la guerre aérienne, la Crimée est assiégée, et sans profondeur pour voir venir (et intercepter) les drones et missiles ukrainiens.
Ce problème est d'autant plus grave pour les Russes que la Crimée est justement un des territoires que les Occidentaux peuvent le mieux surveiller avec leurs AWACS et drones Reapers MQ-9 qui patrouillent au dessus de la Mer Noire. Bien entendu, on ne sait pas s'ils partagent ces renseignements avec les Ukrainiens, mais c'est dans le domaine du possible. Voire même du probable. Et quand les Russes ont essayé de faire de même, ils ont perdu coup sur coup deux de leurs avions-radars A-50U début 2024. Depuis, ils ne risquent plus les rares exemplaires qui leur restent.
C'est pourquoi les Ukrainiens publient régulièrement des vidéos montrant des destructions des de systèmes anti-aériens russes en Crimée. C'est même de plus en plus fréquent ces derniers mois. Ce qui accroît la vulnérabilité de la presqu'île (et de la Russie) face aux drones Ukrainiens. Car une fois que les Ukrainiens ont détruit ou du moins neutralisé la défense aérienne russe, ils peuvent détruire les lignes logistiques menant à la Crimée. Et c'est ce qu'il font, depuis maintenant près de 4 ans.
Attaques sur le pont de Kertch
En théorie, le ravitaillement de la Crimée ne devrait pas poser de problème. En effet, les Russes avaient construit, de 2016 à 2019, le "Pont de Crimée" reliant la Crimée à la Russie. Long de 18 km, ce pont est à la fois un pont autoroutier (2x2 voies) et un pont ferroviaire (2 voies), largement suffisant pour faire transiter toutes les marchandises dont la Crimée (et surtout l'armée russe en Crimée) a besoin. Et ce pont est hors de portée des Ukrainiens. Du moins c'est ce que les Russes pensaient.
Le 8 octobre 2022, les Ukrainiens réussissent un coup de maître. Ils font exploser un camion bourré d'explosif à proximité d'un train (transportant de l'essence) qui était arrêté sur le pont à ce moment-là. Résultat: une partie du tablier du pont autoroutier saute, et le train s'enflamme et brûle pendant des heures. Les Russes assurent que tout va bien, et rouvrent le pont à la circulation pour quelques photos de propagande. Mais en faisant bien attention de rouler très lentement, et avec une charge bien moindre que ce qui circulait habituellement. De fait, la structure du pont ferroviaire a probablement eu du mal à supporter l'incendie. Les métaux s'échauffent, perdent de leur rigidité, et les déformations fragilisent la structure de manière permanente. Et ce ne sont pas les réparations Potemkine, faites à la va-vite pour donner l'illusion de la normalité, qui vont résoudre les problèmes de structure.
En 2025, les Ukrainiens réussissent une fois de plus une attaque contre le pont de Crimée, en faisant sauter 1 tonne de TNT (selon les chiffres donnés par les Ukrainiens) à la base d'un des piliers du pont. Les dégâts ne sont peut-être pas spectaculaire, visuellement parlant, mais ils sont structurels et difficile à réparer. Depuis, le trafic autoroutier est interdit aux véhicules de plus de 1,5 tonne. De plus, le pont ferrovaire est toujours restreint, du moins pour les trains transportant des matières inflammables (les Russes n'ont pas envie de donner aux ukrainiens une possibilité de réitérer leur exploit de 2022)
Comme le souligne Perun, les Ukrainiens sont sans doute satisfaits de la situation actuelle. Certes,le pont de Kertch est toujours debout, mais il ne sert plus guère à la logistique, et immobilise des moyens de défense anti-aérienne qui seraient bien utiles ailleurs.
Cependant, le pont n'était pas le seul moyen de passer le détroit de Kertch. Il y avait aussi quatre ferries ferroviaires, pouvant transporter entre 30 et 45 wagons à chaque trajet. C'étaient un moyen bien plus lent que le pont, mais ils permettait néamoins d'amener des wagons directement sur les ferry et donc d'avoir une liaison ferrovière à cet endroit. Logiquement, les Ukrainiens ont coulé ces 4 ferries:
- Le Novocherkassk a été détruit fin décembre 2023 dans le port de Féodossia.
- Le Conro Trader et l’Avanguard on été détruits par des frappes de missiles, fin mai 2024
- Le Slavyanin a été détruit en avril 2026
Le verrouillage logistique
Le "pont terrestre" est large (les Russes contrôlent une bande de terre de 100 km de large) et les Ukrainiens ont échoué, en 2023, quand ils ont essayé de progresser dans cette direction. Une ligne de chemin de fer et une autoroute (la M14), que les Russes ont d'ailleurs entrepris de doubler, suffisent à faire transiter toute la logistique. Du moins, c'était le cas jusqu'en 2025.
Depuis plus d'un an, les Ukrainiens visent, avec un succès, les trains passant sur l'unique ligne de chemin de fer passant par ce "pont terrestre". Quelques exemples:
Ces trains sont gros, lents, et ne peuvent passer que par un seul chemin. Une fois repérés, un simple drone suffit à les transformer en brasier. Vu l'accroissement du nombre de drones et leur portée, il est de plus en plus difficile, pour les Russes, de risquer de transporter le pétrole et autre matières inflammable par cette ligne de chemin de fer, qui est donc en grande partie bloquée.
Restaient alors le transport par camions, plus petits, plus nombreux mais économiquement moins efficaces que les trains.
Or, depuis quelques mois, les Ukrainiens ont très fortement augmenté le nombre de leurs frappes sur la logistique russe, avec des nouveau drones "à moyenne portée" (en gros de 20 à 200 km). Ces drones semblent dirigé (ou du moins assisté) par de l'IA pour limiter le brouillage russe. Ces dernières semaines, les Ukrainiens ont publié des compilations de ces frappes, et leur nombre comme leur précision impressionnent. Les Ukrainiens visent tous les camions susceptible de transporter du matériel militaire, et cela inclut les camions-citernes qui circulent sur la M14 (reliant la Crimée à la Russie par les territoires occupés). Pour accroître la pression logistique, certains ponts sont visés (et endommagés) par les Ukrainiens.
C'est pourquoi il y a maintenant en Crimée une énorme pénurie d'essence. Et pas seulement d'essence: tout manque en Crimée, d'autant plus que les gens paniquent et aggravent les pénuries. En effet, et comme le souligne souvent Jean-Marc Jancovici, toute notre société repose sur le fait que l'on dispose de carburant pour faire fonctionner nos véhicules. Si l'essence disparaît du jour au lendemain, si plus aucun véhicule ne pourra circuler faute de carburant, alors les grandes villes ont seulement quelques jours d'autonomie en nourriture et la société s'effondre. La Crimée vit, en ce moment, quelque chose de semblable (même si le blocage n'est que partiel).
Les Russes semblent, pour le moment, incapables de contrer ces attaques. Ils trouveront sans doute une parade, ou du moins un moyen de limiter les dégâts, mais cela peut prendre des semaines ou des mois. Ils ont déjà commencé, en peignant leurs camions pour essayer de tromper la reconnaissance automatique des drones. Ils peuvent aussi utiliser des véhicules plus petits pour la logistique; essayer d'utiliser des routes moins surveillées, ou tout simplement déplacer beaucoup de moyens anti-aériens. Mais toutes ces "solutions" comportent des inconvénients et dégraderont les capacités militaires russes. Aussi, je pense que leur principale adaptation à cette supériorité ukrainienne sur les frappes à moyennes portée sera d'encaisser les pertes et de faire pareil. C'est pourquoi ils ont commandé 1,1 million de drones Molyna, selon les dires des Ukrainiens. Mais ce n'est pas ça qui aidera les habitants de la Crimée. Qui pourront tout juste diffuser des vidéo implorant Poutine de résoudre la situation. Bref, tout ce qu'il y a de plus normal en Russie.
Conclusion
Les pénuries actuelles (carburant, nourriture) en Crimée sont le résultat d'une succession d'actions des Ukrainiens, chaque action facilitant les actions suivantes:
- neutralisation de la flotte de la Mer Noire, en particulier les navires de ravitaillement
- destruction systématiques des radars et défenses anti-aériennes
- attaques des bases aériennes
- attaques sur le pont de Kertch et des ferry
- attaques sur la ligne ferroviaire
- attaques sur les camions circulant sur la M14
Les articles qui, a raison, parlent du "verrouillage logistique", c'est-à-dire la dernière étape, rappellent rarement les étapes précédentes. Certains vont jusqu'à se poser la question d'une attaque directe contre la Crimée. Comme le dit Anders Puck Nielsen, c'est très improbable. D'une part, parce que le verrouillage logistique n'est pas complet: les Ukrainiens ont réussi à réduire le trafic routier de 70%, selon les dires de Robert Brodi. Reste donc 30%. Insuffisant pour les civils, mais suffisant pour les militaires. D'autre part, parce que des Ukrainiens qui débarqueraient en Crimée seraient confronté au même problème de ravitaillement.
En août 2022, Volodymyr Zelensky déclarait: "La guerre a commencé en Crimée, et elle se terminera en Crimée". Depuis, les Ukrainiens ont méticuleusement mis en place tous les éléments pour rendre vulnérable la Crimée. Ce n'est pas seulement une campagne militaire, c'est aussi un effort d’ingénierie pour inventer les armes (drones maritimes et aériens) nécessaires à la mise en place de cette stratégie. Toutes les pièces du puzzle se sont mises en place, petit à petit, et ce n'est que maintenant que le piège s'est refermé.
Je ne sais pas si tout était prévu depuis le départ, ou si les Ukrainiens agissent par opportunisme, mais le résultat est là: la Crimée est à la merci des frappes ukrainiennes, la Russie va peiner à ravitailler les 2,4 millions d'habitants en plus de ses soldats dans la région. Bien sûr, d'un point de vue logistique, les Russes devraient évacuer la Crimée. Mais c'est politiquement impensable. Rappelons-le: Sébastopol est, politiquement, la 3e ville de Russie. La Crimée est LA "prise de guerre" de Poutine dont les Russes se soucient, la seule chose qu'ils ne peuvent pas se permettre de perdre et en même temps leur point le plus vulnérable. Ben Hodges a, depuis des années, souligné cette faiblesse et indiqué la Crimée comme la zone que les Ukrainiens doivent attaquer (même s'il s'est montré un peu trop optimiste sur leur capacités à le faire). Le déroulement de cette guère lui a donné raison, une fois de plus. Voir une de ses récentes interviews.
Même si les Russes arrivent à ravitailler de nouveau la Crimée, les contraintes géographiques, démographiques et logistiques font que le coût de ce ravitaillement sera très élevé. C'est là le châtiment de Poutine, puni à l'endroit même du "péché originel" de l'invasion russe contre l'Ukraine.



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