Comme chaque mois, voici un petit bilan du mois de mars 2026, à mettre en perspective avec les constats que j'avais faits précédemment (liens en fin de ce billet).
Sur le front, les Russes avancent de plus en plus lentement, voire même reculent par endroits. Mais l’événement de loin le plus marquant de ce mois de mars 2026, c'est le développement de la guerre d'agression Americano-israélienne contre l'Iran, lancée par une attaque surprise le 28 février mais qui, un mois plus tard, est loin d'être aussi favorable aux assaillants que le traître Trump ne l'espérait initialement.
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| Images FIRMS montrant les terminaux pétroliers et la raffinerie de Kirishi en flamme |
Trump embrase le Moyen-Orient
Qu'espérait Trump en attaquant l'Iran ? Difficile de le savoir. On peut au moins supposer qu'il espérait un résultat semblable à son attaque sur le Venezuela début janvier, à savoir l'élimination du dirigeant du pays et son remplacement par quelqu'un de tout aussi tyrannique et corrompu, mais qui aurait le bon goût de lécher le cul de Trump (et lui verser une part du butin).
Or, si les Américains et Israéliens ont bien réussi à tuer bon nombre de hauts responsables iraniens (ainsi que plus de 100 enfants totalement innocents), le reste du plan (à supposer qu'il y avait bien un plan) ne s'est pas déroulé comme prévu. Le "guide suprême" assassiné, l'Ayatollah Khamenei, a été remplacé par son fils l'Ayatollah Khamenei. Du moins officiellement, car ce dernier, qui est au moins blessé (et peut-être à Moscou pour y être soigné), n'est probablement pas en mesure d'exercer le pouvoir.
Et si les USA et Israël se vantent d'avoir frappé plus de 11 000 cibles en Iran, ce n'est pas ainsi qu'ils vont gagner la guerre car:
- les Iraniens se sont longuement préparés à ce type de guerre, et savent comment déjouer ou du moins protéger leurs site les plus sensibles en les enterrant (les fameuses 27 "villes missiles")
- Au contraire, les USA ne semblent pas avoir anticipé la réponse des iraniens (saturation des défenses anti-aériennes par des missiles et drones bon marché et fermeture du détroit d'Ormuz) et doivent dépêcher d'urgence des renforts
Comme l'analyse très justement le professeur Phillips P. O'Brien, il suffit à l'Iran de réussir une seule frappe pour avoir plus d'effet que les 11 000 américaines: celle sur tout tanker qui essaierai de traverser le détroit d'Ormuz. Tant que les USA ne peuvent pas assurer la sécurité de navigation de ce détroit, c'est toute l'économie mondiale qui est affectée, avec la flambée des prix du pétrole.
A côté de ça, les USA et leurs alliés du Golfe ont dépensé leurs missiles Tomahawks et les anti-missiles des Patriots dans une débauche de moyens qui n'a pas obtenu de résultats. Pire: une série d'équipements précieux ont été endommagé/détruits par les Iraniens, parmi lesquels:
- Deux batteries THAAD hors-service
- Trois F-15 détruits par des "tirs amis"
- un F-35 furtif endommagé par un simple missile à guidage infrarouge
- Un feu qui s'est déclenché à bord de leur plus grand port-avion USS Gerard Ford, forçant celui-ci à se retirer pour réparation
- un AWACS E3-Sentry détruit au sol
Aucune de ces pertes n'est irremplaçable, mais leur accumulation porte un coup sérieux à la réputation de l'armée américaine. Et tout ça pour quoi ? Pour faire plaisir à Trump ? Pour le moment, le seul qui profite de cette crise, c'est Poutine qui a ainsi obtenu, sans effort:
- La fin des sanctions américaines
- Les menaces de Trump contre les pays de l'OTAN
- La flambée des cours du pétrole
- La réduction de l'aide à l'Ukraine (les trumpistes privilégiant leur propres besoins, quitte à détourner l'argent d'armes déjà payées pour l'Ukraine)
Attaques à longue distance
La trahison de Trump, de plus en plus évidente alors qu'il ne fait même plus semblant de prétendre vouloir aider l'Ukraine, aurait eu encore de plus graves conséquences si la levée des sanctions américaines et la flambée des cours du pétrole n'avaient pas été en partie compensées par les "sanctions" ukrainiennes qui ont ravagé les ports d'exportation pétrolière tant en mer Noire qu'en mer Baltique, ainsi que plusieurs raffineries. Principales frappes ukrainiennes:
- 01/03: port pétrolier de Novorossiysk Cette attaque a aussi endommagé plusieurs navires de guerre russes
- 02/03: raffinerie d'Ukhta
- 03/03: un tanker russe près de Malte
- 08/03: dépôt pétrolier d'Armvir
- 11/03: la deuxième plus grande usine de micro-électronique russe à Bryansk 7 SCALP/Storm Shadows utilisés pour cette attaque
- 12/03: dépôt pétrolier de Tikhoretsk
- 14/03: raffinerie d'Afipsky
- 16/03: dépôt pétrolier de Labinsk
- 17/03: un hangar qui contiendrait un A-50U en réparation
- 25/03: raffinerie d'Ufa
- 28/03: raffinerie de Yaroslavl
Mais les frappes les plus spectaculaires et qui ont eu le plus d'effet sont celles qui ont visé la région de Saint-Petersbourg. Une série de frappes, répétées sur plusieurs jours à partir du 26 mars, ont visé et gravement endommagé les deux principaux ports d'exportations du pétrole russe, en mer Baltique: Primosk et Ust-Luga. En plus d'endommager un brise-glace dans le port de Viborg et de toucher, une fois de plus, une des plus grosse raffineries russes, celle de Kirishi. Le résultat de ces frappes: des incendies massifs, durant plusieurs jours. La Russie à perdu environ 40% de ses capacités d'export, l'empêchant de profiter pleinement de la hausse des cours du pétrole, du moins à court terme.
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| Résultats des frappes ukrainiennes contre Primosk et Ust-Luga |
De leurs côté, les Russes n'ont pas été en reste, et ont comme d'habitude frappé les villes ukrainiennes, alternant les raids à plus de 400 drones/missiles et des nuits plus "calmes" à 100-200. La nouveauté a été l'attaque du 24 mars, durant laquelle les Russes ont attaqué de nuit et, pour la première fois, ont aussi attaqué massivement de jour. Selon les chiffres ukrainiens, ils ont lancé ce jour-là 948 drones et 34 missiles, dont 931 interceptés selon Kyiv. De loin les chiffres quotidiens les plus importants.
Ce changement de tactique, même s'il n'a pour le moment pas eu d'effet notable, souligne que ce qui limite peut-être les lancements russes (dont le nombre mensuel stagne quelque peu depuis l'été 2025), c'est peut-être la capacité de lancement plus que la capacité de production. Mais à ce stade, c'est encore très spéculatif, même s'il faut surveiller cette évolution.
Pertes russes et ukrainiennes
Pour finir, je rappelle les pertes russes telles qu'annoncées par les officiels ukrainiens dans les 4 catégories à surveiller: artillerie, MLRS, DCA et équipements spéciaux. Pour chacune, je vais donner les moyennes pour la première année (mars 2022 à février 2023), la deuxième année (mars 2023 à février 2024), la troisième année (mars 2024 à février 2025) et la quatrième année (de mars 2025 à février 2026) puis les chiffres de mars 2026.
- Artillerie
- moyenne 1ere année: 190/mois
- moyenne 2e année: 650/mois
- moyenne 3e année: 1150/mois
- moyenne 4e année 1150/mois
- 1447 (mars 2026)
- MLRS
- moyenne 1ere année: 40/mois
- moyenne 2e année: 43/mois
- moyenne 3e année: 25/mois
- moyenne 4e année: 27/mois
- 48 (mars 2026)
- DCA
- moyenne 1ere année: 21/mois
- moyenne 2e année: 37/mois
- moyenne 3e année: 30/mois
- moyenne 4e année: 18/mois
- 33 (mars 2026)
- Équipements spéciaux
- moyenne 1ere année: 19/mois
- moyenne 2e année: 114/mois
- moyenne 3e année: 181/mois
- moyenne 3e année: 26/mois
- 30 (mars 2026)
Analyses précédentes
2023
- La prise de Bakhmut
- En attendant la contre-offensive
- Contre-offensive ukrainienne: un bilan mitigé partie 1, partie 2, partie 3
- Bilan fin juillet
- Bilan fin août
- Bilan fin septembre
- Bilan fin octobre
- Bilan fin novembre
- Bilan fin décembre
2024
- Bilan fin janvier
- La chute d'Avdiivka
- Bilan fin février
- Bilan fin mars
- Bilan fin avril
- Bilan fin mai
- Bilan fin juin
- Bilan fin juillet
- Bilan fin août
- Bilan fin septembre
- Bilan fin octobre
- Bilan fin novembre
- Bilan fin décembre
2025
- Bilan fin janvier
- Bilan fin février
- Bilan fin mars
- Bilan fin avril
- Bilan fin mai
- Bilan fin juin
- Bilan fin juillet
- Bilan fin août
- Bilan fin septembre
- Bilan fin octobre
- Bilan fin novembre
- Bilan fin décembre

