Je l'ai déjà dit plusieurs fois sur ce blog: le résultat des prochaines élections américaines seront bien plus déterminantes que n'importe quelle bataille en ce qui concerne la guerre en Ukraine. En effet, Trump cache à peine son intention de donner la victoire à Poutine, sans aucune compensation (aucune autre que celle de l'avoir aidé à être élu). A l'inverse, si les Démocrates gagnent la présidentielle et les élections parlementaires, et que Harris peut accroître le soutien américain à l'Ukraine, c'est la Russie qui finira par épuiser ses réserves matérielles et financières et devra concéder sa défaite.
Or, pour le moment le résultat de cette élection semble très incertain; selon les sondages c'est quasiment du 50/50 entre Harris et Trump. Je ne suis pas analyste politique, je ne peux pas dire qui va gagner le mois prochain. En revanche, cette incertitude en dit long sur les USA en ce moment.
Sondages: "too close to call"
Depuis que Kamala Harris a remplacé Joe Biden comme candidate démocrate à l'élection présidentielle, les sondages décrivent une course proche de l'équilibre. Certes, Harris a une légère avance au niveau national, mais dans les 7 swing states (Wisconsin, Michigan, Pennsylvanie, Caroline du nord, Georgie, Arizona et Nevada), les moyennes des sondages sont tellement proches qu'on ne pas prédire qui sera le vainqueur. Comme d'habitude, les média commentent ça comme une course de chevaux et font leurs gros titres quand un sondage favorise l'un ou l'autre des candidats, mais ceux qui ont fait un peu de science savent ce qu'est le bruit statistique et savent bien que des variations se situant dans les marges d'erreur des sondages (autour de 4%) sont insignifiantes. Tout au plus, on peut dire que l’écart se ressert, même si c'est peut-être une illusion renforcée par les très nombreux sondages pro-Tump publiés ces derniers temps.
Il existe bien des modèles qui essaient de prédire le résultat, mais honnêtement, je ne sais pas quoi en penser. Et de toute façon, la plupart d'entre eux décrivent également une bataille serrée même s'ils prédisent tel ou tel vainqueur. Quoi qu'il en soit, cette quasi-égalité dans les sondages peut être interprétée de différentes manières.
Les Trumpistes rappellent que en 2016 comme en 2020, les sondages donnaient les Démocrates largement gagnants, et au final Trump a gagné en 2016 et n'est pas passé loin de la réélection en 2020. Ils estiment donc que cette égalité, en 2024, signifie que Trump va gagner.
A l'inverse, les Démocrates soulignent qu'en 2022, c'était les Républicains qui étaient surestimés dans les sondages; que depuis que la Cour Suprême a annulé "Roe vs Wade", les Démocrates font mieux que les Républicains dans les élections partielles, y compris dans des endroits acquis aux Républicains. Les électeurs démocrates sont également plus mobilisés, Harris récolte plus de dons, et le fait qu'il y aura un referendum sur l'avortement dans plusieurs états-clefs laissent penser que les Démocrates feront peut-être bien mieux que ce que prédisent les sondages. D'ailleurs, en 2012, les sondages prédisaient en octobre une élection très serrée qui fut au final largement emportée par Obama. De plus, certaines personnes (Allan Lichtman, Michael Moore) qui avaient prédit (contre l'opinion alors dominante) une victoire de Trump en 2016 prévoient cette année une victoire de Harris.
De la démocratie en Amérique, et de son avenir
Quoi qu'il en soit, il est certain que près de 50% des Américains vont voter pour Trump, et ça en dit long sur l'avenir de la démocratie aux USA. Car Trump n'est pas un candidat ordinaire. C'est un extrémiste qui ne cache guère ses velléités de détruire la démocratie, purement et simplement. Au contraire de Harris qui a une campagne très centriste, Trump multiplie les outrances, les mensonges, et se prépare une fois de plus a se déclarer vainqueur de l'élection (sans attendre le résultat du dépouillement) puis à répéter, à plus grande échelle, ses tricheries de 2020. Ce ne devrait pas être du 50/50 mais du 80/20 en faveur de Kamala Harris. Pourtant, la grande majorité des électeurs républicains (et une partie des indépendants) compte toujours voter pour Trump. Pourquoi ?
Une partie de la réponse tient en deux mots, deux travers de la presse: le bothsidesism et le sanewashing. Le bothsidesism, ou faux équilibre en bon français, consiste à présenter de manière équilibrée une situation qui ne l'est pas. Le sanewashing, qui découle du faux équilibre, c'est quand les média aseptisent les propos de Donald Trump et compagnie. Les média répugnent à décrire objectivement Trump (un criminel narcissique plus proche de Vito Corleone que d'Abraham Lincoln) et ses propositions politiques (ouvertement extrémistes, voire fascistes) pour ce qu'elles sont, de peur "d’apparaître comme partisans". Trump dit ouvertement qu'il veut être un dictateur "juste le premier jour", mais on sait bien que tous les dictateurs prolongent ensuite la période "exceptionnelle" pendant laquelle ils peuvent exercer leurs pleins pouvoirs. Il dit que s'il est élu, il n'y aura ensuite "plus besoin de voter". Toutes ces remarques, tous les scandales que traîne Trump auraient dû avoir mis fin à sa carrière politique, mais "Teflon Don" s'en sort toujours.
Et je crois que c'est parce qu'une grande partie de la droite américaine est OK pour mettre fin à la démocratie américaine... du moment que c'est leur camp qui obtient le pouvoir. Ils veulent que leurs idées triomphent, peu importe le moyen anti-démocratique. Leur devise n'est pas "E Pluribus Unum", ni même "In God we Trust", c'est "le pouvoir à tout prix". C'est pour ça que, après le 6 janvier 2021, ils n'ont pas voté l'impeachment contre Donald Trump. Ce sont des gens qui lisent La servante écarlate et se disent "ce n'est pas si mal, ce qu'ont fait les Fils de Jacob pour prendre le pouvoir".
Le problème n'est donc pas juste Trump, c'est tout le mouvement néofasciste qui a transformé le parti républicain, qui radicalise une grande partie de la population et pourrit toute la société américaine de l'intérieur. Même si Harris gagne la présidentielle et obtient une majorité à la Chambre des représentants et au Sénat, l'Amérique n'en aura pas fini avec ses démons. Pour son malheur, et celui de l'Ukraine et du reste du monde.
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