Depuis 2022 (en fait, depuis 2014), l'armée russe a commis de très nombreux crimes de guerre durant son invasion de l'Ukraine, tellement nombreux qu'une liste exhaustive serait une longue rébarbative. Plus de 183 000 crimes de guerre, selon un comptage effectué par les Ukrainiens en 2025. L'article de wikipedia, qui est loin de les lister tous, est déjà bien assez long. Aussi, que puis-je dire qui n'a pas déjà été dit ?
J'ai envie d'en parler maintenant pour plusieurs raisons. D'abord, si j'ai déjà évoqué ces crimes dans mes points mensuels ou dans les "liens en vrac", je n'ai jamais consacré de billet pleinement à ce sujet depuis plus de 3 ans d'existence de ce blogs. Ensuite, parce que je prépare un billet "Où en est la Russie?" sur la situation actuelle de la Russie, et que je voulais alors lister ces crimes. Enfin, parce que récemment Léa Salamé a interviewé Serge Lavrov et l'a laissé déroulé sa propagande, sans guère évoquer ces crimes.
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| Enterrement au village de Hroza, où la Russie a envoyé un missile qui a tué 59 des 330 habitants, le 5 octobre 2023 (Photo Guillaume Herbaut/Le Monde) |
L'interview de Lavrov
Si Léa Salamé était une vraie journaliste ayant préparé son interview, voici quelques sujets sur lesquels elle aurait pu coincer Lavrov
- La déportation des enfants ukrainiens, reconnue comme crime contre l'Humanité par l'ONU, et qui vaut à Vladimir Poutine d'être personnellement poursuivi par la CPI. Et si Lavrov essaie de se défendre, Salamé aurait pu lui lire (ou mieux, lui faire lire) les articles du Traité de Rome et de la Convention de Genève, qui sont extrêmement clairs sur la question. Et tant qu'on y est, je rappelle que la Russie militarise les enfants ukrainiens des territoires occupés, sans compter la "rééducation" massive de ces enfants déportés, avec une organisation qui n'a rien à envier à la Hitlerjunge
- Le bombardement du théâtre de Mariupol, devant lequel les habitants réfugiés avaient écrit, en lettres bien visible depuis le ciel, "ENFANTS" (en russe). Ce crime de guerre résulte, selon Amnesty international, d'une frappe aérienne russe réalisée « très probablement avec deux bombes de 500 kilogrammes ». Là encore, montrer à Lavrov les photos du crime, citer le rapport etc. D'après les photos satellite, il y a eu 100 000 personnes tuées à Mariupol lors de la prise de la ville par les Russes
- L'exécution de nombreux prisonniers de guerre ukrainiens. Ces exécutions ont été constatées par la mission de surveillance des droits de l'Homme des Nations unies en Ukraine, qui dispose pourtant de peu de moyens. Certains de ces crimes de guerre ont été particulièrement barbares, puisque les Russes ont procédé par décapitation.
- La torture systématique des prisonniers de guerre ukrainiens. Ce crime de guerre a fait l'objet d'un rapport du Haut-Commissaire aux Droits de l'Homme. Son caractère systématique a été constaté par Human Right Watch. Et il existe de nombreux témoignage de prisonniers ukrainiens torturés, qui ont ensuite été échangés.
- Les safari humains de Kherson. Depuis 2024, les Russes utilisent délibérément des drones FPV (donc ils voient directement qui ils tuent) pour assassiner les habitants de la ville de Kherson, ville pourtant déclarée "russe pour toujours" en septembre 2022 par la propagande de Poutine. Ce sont les Russes eux-mêmes qui diffusent les vidéos de ces crimes, souvent avec des commentaires injurieux envers les ukrainiens. Un film documentaire est sorti en 2025 sur ces ignobles chasses à l'homme.
Le point commun entre tous ces crimes ? Ils sont abondamment documentés, souvent par les Russes eux-même et ont fait l'objet de constats par l'ONU ou autres organisations neutres. Il est donc possible de poser une question à Lavrov (qui niera toute implication des Russes) puis lui mettre les preuves sous le nez.
Bien sûr, le dispositif avait été choisi par Lavrov justement pour éviter ce genre de problème. Anna Collin Lebedev a très bien analysé ce dispositif biaisé. et il est naïf de croire que Lavrov aurait accepté une interview un tant soit peu honnête. Mais il faut noter que Salamé n'a même pas essayé: elle a préféré faire une interview qui fait un buzz, plutôt que de faire un travail de journaliste. Elle illustre à merveille la déliquescence des média français, qui n'ont plus aucune rigueur et bien souvent, désinforment plutôt qu'informent. Et quand ils ne désinforment pas eux-même, ils laissent les Russes désinformer sans jamais les contredire, ou si peu.
L'inversion accusatoire relayée dans les média
Il y a un schéma qui se répète régulièrement:
- Les Russes commettent un crime de guerre
- L'Ukraine dénonce ce crime; la Russie accuse l'Ukraine d'avoir commis ce crime. Les média occidentaux se contentent de relayer les deux paroles, généralement sans prendre partie
- Des mois voire des années plus tard, une enquête sérieuse prouve que, effectivement, ce sont bien les Russes qui ont commis ce crime
- Bien entendu, cette enquête n'est pas (ou trop peu) reprise par les média, ce qui fait que le public reste sur sa première impression
- Le 8 avril 2022, les Russes (et/ou les "séparatistes") lancent un missile Tochka-U sur la gare de Kramatorsk, tuant au minimum 50 personnes. Les Russes accusent les Ukrainiens, mais Bellingcat démontent rapidement tous leurs "arguments" mensongers, et identifient d'où vient l'attaque: des territoires contrôlés par les Russes.
- Dans la nuit du 28 au 29 juillet 2022, la prison d'Olenivka prend feu, tuant des prisonniers de guerre ukrainiens qui s'y trouvaient. La Russie accuse l'Ukraine d'avoir utilisé des roquettes HIMARS contre cette prison. Un an après le massacre, l'ONU publiera un rapport rejetant les accusations russes.
- La centrale nucléaire de Zaporijja a fait l'objet de nombreuses attaques (à l'artillerie, avec des drones et des roquettes) que chaque camp accuse l'autre d'avoir commis. Lors d'une inspection de la centrale, les Russes ont tenté de convaincre Rossi qu'une roquette avait tourné à 180° pour expliquer pourquoi tout indiquait que cette roquette, tombée sur la centrale, venait du territoire contrôlé par les Russes.
- Le 6 juin 2023, alors que la "contre-offensive ukrainienne" venait tout juste de débuter, les Russes ont fait exploser de l'intérieur barrage de Nova Kakhovka, provoquant un désastre environnemental. Les Russes ont accusé l'Ukraine de cette destruction avec des roquettes HIMARS. Dans mon billet publié une semaine après les faits, je montrais pourquoi c'était très probablement les Russes qui étaient à l'origine de cette destruction. Une enquête très complète, publiée un an plus tard, arrivait aux mêmes conclusions
Le pire est de s'habituer au pire
Liens en vrac
Je met aussi les divers liens sur les crimes de guerre russes que j'ai collecté dans mes billets "liens en vrac"
Rééducation forcée, par les Russes, d'enfants ukrainiens
La Russie militarise les enfants ukrainiens des territoires occupés
Témoignage: 9 mois dans les prisons russes
Crossing a line - Timothy Snyder
Comment les Russes fêtent le nouvel an
La Russie a commis au moins 183 000 crimes de guerre
100 000 personnes tuées à Mariupol
Le chirurgien le plus courageux
L'histoire de Vladyzlav Zadorin, 22 mois aux mains des Russes
Homme torturé dans les territoires occupés simplement parce qu'il parlait ukrainien
Le missile qui a frappé l’hôpital pour enfant à Kyiv
La cruauté des Russes, par Mick Ryan
Une petite fille ukrainienne après une attaque de missiles
Pavel Kushnir, un pianiste russe opposé à la guerre, meurt en prison
Une fille de 17 ans déportée en Russie, s'échappe et retourne en Ukraine
Alexander Demidenko, russe aidant les déportés ukrainiens, arrêté, torturé puis tué
"Maman, pourquoi tous les enfants ont deux jambes, sauf moi ?"
La Russie commet un génocide culturel
A la recherche des enfants ukrainiens déportés
Crime de guerre dans un petit village
Les victimes retrouvées dans les charniers d'Izium

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